‹ Rome ancienne et moderneChapitre 410 sur 428 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

officiers el employés de la trésorerie, la salle des audiences. La porte en était ouverte. Voyant de la lumière, Rade! se dirige de ce côté et se trouve face à face avec le pape assis à son bureau et revêtu de ses habits pontificaux. Durant quelques minutes il y eut un profond silence. Pôle et se soutenant à peine, le général s'avance enfin respectueusement, s'incline et balbutie d’une voix tremblante : qu'autant il en coûtait it son cœur de remplir auprès de Sa Sainteté une mission douloureusement sévère, autant ses serments et des devoirs sacrés lui en imposaient l’obligation. A ces mots le pape se leva et répondit avec émotion : * Pourquoi venez-vous à cette heure troubler ainsi ma demeure et mon repos’... Que vouiez-voust... «Très-saint Père, reprit le général, je viens au nom du gouvernement réitérer à Votre Sainteté la proposition de renoncer officiellement è sa souveraineté temporelle.» Ix> pape leva les yeux en étendant la main : « Je n’ai agi , dit-il, dans tout ce que j'ai fait, qu’après avoir invoqué les lumières de l'Esprit Saint , et vous me taillerez plutôt en pièces ( à pesai) que de m’arracher une rétractation. » Kadet n’avait plus dès lors qu'à exécuter ses ordres : il mit le pape et le cardinal Pacca dans une de ces voitures fermées qu'on nomme baslardelle ( casseroles), sortit de Home par la porte Pia cl conduisit son captif à Savone

lion g or vers em est dela Consulte. — Il n’en fallait pas davantage pour rétablir le calme. A peine Pie VII eut-il quitté Monte-Cavallo, que rien ne gêna plus l’action de la Consulte. Les hommes honorables qui la composaient se mirent donc à l'oeuvre, et travaillèrent avec une sagesse qu’on ne peut trop louer à initier Rome aux idées françaises. C’était une rude tâche; il s’agissait de répandre à Ilots l'air et la lumière de la civilisation dans des esprits aussi obscurs, aussi encombrés des débris du passé qu'une ruelle du Ghetto, pleine de vieilles hardes. Les membres de la Consulte ne reculèrent pas. L'État pontifical proprement dit fut divisé en deux départements. On forma des légions civiques, un corps municipal, des tribunaux jugeant d’après les lois françaises; on supprima les couvents d'hommes et de femmes, à l’exception des Camaldules que sauvèrent leurs mœurs chrétiennes et leurs vertus. Les sciences, les lettres, les arts, l'agriculture, le commerce, attirèrent ensuite l'attention de la consulte. Toutes les branches de la prospérité publique, vivifiées par le soleil de l’empire, se développèrent bientôt avec vigueur. Sous le gouvernement papal , la ville ne possédait ni revenu , ni administration municipale. Un sénatus-consulte acheva de la transformer. Réunie à l’empire et devenue chef-lieu d’un département qui portait son nom avant que l'année 1810 se fût écoulée, Rome n'eut plus rien à envier aux villes françaises *. A ce pouvoir ecclésiastique, fils du chaos et père du désordre, qui ne laissait derrière lui que les traces d’une effroyable dilapidation

I. Le departement de Rome était borné ao nord par le* départements de l’Ombrone et du Traslroéne; h l’est par le département dn Traslmène et le royaume de Naples; an sud par le même roiaantc et la Méditerranée; b l'ouest par la Méditerranée Sa superficie était d'environ 1,300,000 hectares; sa population, de 500,000 individus. Il était divisé en six arrondis ements : Rome. Fiosinooe, Rieli, Tivoli, Vellelri el Vilcrbe.

Le nuire, qoi était en 1813 le baron Brasckl, avait huit adjoints: les princes Buoncompagnl, Gabriclli, Cesarioi, Cnrli Lepri, et MM. Origo, Albaiit, Marconi, Costaruti.

3. Radct, Relation exacte et détaillée de l'enlèvement du pape Pie VH. Paris, septembre 1814.

ROME FRANÇAISE

et le déficit, succéda la régularité, l’économie et la probité sévère de l’administration impériale. Aussi, en quatre ans le préfet de Romo et son conseil firent des prodiges.

lnruLsiou do. sués »rx tiuvai i piblics. — Depuis les Césars et les grands papes on n'avait pas imprimé un pareil essor aux travaux publics. Une commission , composée du baron Daru , intendant des biens de la couronne ; du duc Braschi , neveu de Pie VI et maire de Rome, et du prince Gabrielli, l’un de scs adjoints, s’occupa d’abord de la restauration des monuments antiques. Voici dans quel état l'administration française les trouva : au pied du Capitole, vers le Forum, un amas séculaire d'imtnondiccs formait une terrasse qui , touchant presque A l’astragale des colonnes du temple de Jupiter Tonnant, s’élevait A dix mètres au-dessus du sol antique. Une rampe de difficile accès, construite sur la pente de ce remblai, conduisait sur la place du Capitole. Au-dessous de ce monceau de débris, des maisons occupaient Faire du temple de la Concorde; d'autres maisons et des greniers étaient bâtis entre la colonne dédiée A Phocas cl l’arc de Septime Sévère. Le temple d’Antonin et de Faustine était enterré jusqu'au-dessus des bases des colonnes liées entre elles par la lourde grille d'une église , dont la façade du plus mauvais goftt contraste si péniblement avec l’élégance de ce portique. En face on n’apercevait plus que les chapiteaux des colonnes du temple de Jupiter Stator, et l’immense vasque de granit qui est aujourd’hui au pied de l’obélisque de Monte- Cavallo touchait par ses bords au sol et se dégradait sous les roues des charrettes qu’on y roulait pour les laver' .

Plus loin, les vastes voûtes du temple de la Paix, fermées par des murailles, servaient d'étables A des bestiaux et de remises aux charrons du Campo-Vaccino , et un amas de débris s'élevait jusqu’à la naissance des arcs. Au delà de ce temple , et au point culminant du vallon du Forum , placé A treize mètres au-dessus du niveau du sol pris au pied de l'arc de Septime, une ligne de mauvaises constructions coupait la vue en s’étendant de l'église et du monastère de Santa Francesca Romana A l'arc de Titus. La contre-pente du coteau vers le Colysée, occupée par une vigne, présentait un relief irrégulier formé de débris jusqu'au mur extérieur de ce monument, rempli lui-même de dépôts entassés dans toute son aire sur trois ou quatre mètres de hauteur. Scs voûtes entrouvertes , ses murs lézardés , annonçaient une ruine prochaine , accélérée encore par une active végétation , cl que le contre-fort hardi élevé par Pic Vit ne retardait que sur un seul point. Enfin, sur les bases du Viminal , les salles des Thermes do Titus, explorées A plusieurs reprises, avaient été aussitôt remplies de terre. An fond du Vélabre, de misérables constructions masquaient les temples de Vcsta et de la Fortune virile; l’arc de Janus était obstrué de terre et de débris, et la colonne Trajnne, presque dérobée à la vue par des masses de bâtiments modernes sans intérêt, sortait comme du fond d'un puits

<. Moniteur «Je mai et de juin 1811.

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