CHAPITRE XXXV
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en possession des légations de Kavenne , de Bologne et de Ferrare , & l’exception de la partie de Ferrare située sur la rive gauche du Pô. L'Autriche se réservait encore le droit de garnison dans Ferrare. Après la captivité de Savone et de Fontainebleau, la cour romaine aurait dû chanter pour le traité de Vienne son Te Deum le plus solennel. Mais, quoiqu'on lui eût donné pins qu’elle n’avait jamais possédé, elle protesta et se prétendit spoliée. Cette fois, la Sainte-Alliance n'écouta plus Consalvi et le renvoya au Qiiiriual où il était temps qu'il arrivât.
Réaction cléricale. — Une réaction pleine de fanatisme y brandissait déjà le poignard. Pendant un mois, tous ceux qui avaient rempli des emplois sous la domination française furent entre la vie et la mort. Sans l’adresse de quelques gens de bien qui parvinrent par des fêtes et d 'éclatantes réjouissances à détourner l'attention de la classe pauvre placée sous la inain du clergé, le sang eût coulé à (lois. Condamnant et bouleversant tout, cette réaction aveugle entraînait violemment le pape Le cardinal Pacca, son chef à Rome, non content du rétablissement des jésuites qu’il avait obtenu le 7 août 1814 de la faiblesse de Pie VII, rêvait la restauration complète du moyen Age, et allait moins loin encore que Rivarola, qui appelait l'enregistrement et le code civil des œuvres de l'enfer. En arrivant de Vienne, Consalvi fut effrayé. L’Age avait calmé ses fougues d'autrefois. Le secrétaire d'État de 1815 ne ressemblait plus au chef de la coterie Uraschi. Sans être plus libéral, il était plus prudent , et il voyait bien qu'il fallait, sous peine d'être entraîné à l’abîme, élever une digue devant ce torrent roulant avec trop de furie vers le passé. Assez intelligent pour comprendre en outre qu’une longue trêve succéderait aux agitations de la révolution et aux batailles de l'empire, il iuventa un gouvernement de statu quo , sorte de compromis tacite entre le passé et le présent, qui ne satisfaisait personne et n’avait qu’un seul but, celui de laisser mourir en paix deux vieillards, l’un sur le siège pontifical et l’autre à la secrctairerie d'État.
Constitué par le motuproprio de 1816, ce gouvernement, assemblage incohérent desdébris du système administratif français et des vieux abus de l’administration romaine , ne tarda pas à devenir un instrument de tyrannie entre les mains des prêtres qui étaient rentrés dans tous les emplois. Aussi, pendant que Pic VU envoyait des cierges bénits aux princes de la maison de Bourbon ; que Consalvi, ce Mazarin pontifical, signait, le 11 juin 1817 avec Louis XVUI, un concordat abolissant celui qu’il avait signé le 15 juillet 1801 avec Napoléon, et ramenant la France nu concordat de François I" , la réaction cléricale leva la tête avec tant d’audace , que l’esprit public s'indigna, les hommes d'opinion même modérée s'exaltèrent, s'unirent en secret, et deux affiliations rivales se trouvèrent bientôt en présence , le san-fédisme et le carbonarisme.
Le sas -védisme et les carbonaro — De tout temps il a existé des associations mystérieuses ayant pour objet la défense de la religion et du saint-siège. Au parti guelfe succéda le parti des Pacifiques et de la Sainte-Union : de ce dernier naquit
LES TRIUMVIRS MODERNES. 015
le san-fédisme dont les adeples prêtaient serment de défendre la religion catholique , les privilèges de la cour romaine et du pontificat et le pouvoir temporel du pape , et contre les complots des novateurs et contre les entreprises des puissances. Cachée dans l'ombre et formidable, car si elle avait la tête à Rome elle avait des bras dans tous les pays, conduite par les plus habiles cardinaux et les princes romains les plus influents, celte association pesait sur le gouvernement , et en était obéie plutôt qu’elle ne lui obéissait. Poussée par la jalousie de secte , autant que par sa passion politique, elle força, en 1817, le paisible Consalvi à persécuter les carbonari. Ceux-ci étaient issus des francs-maçons, comme les san-fédistes des guelfes et des pacifiques. Le but où ils tendaient, tout le monde le connaît aujourd’hui , mais alors il était couvert d’un voile si épais , que l’oeil des espions du san-fédisme et de la police de Rome ne pouvait l’entrevoir. On savait seulement que les carbonari s’engageaient par serment et sous peine de mort à ne rien révéler de ce qui se passait dans leur secte , et qu’ils conspiraient contre le principat temporel du saint-siège. U n'en fallait pas davantage pour les rendre criminels. Le gouvernement sévit contre eux avec rigueur : ils ripostèrent à l'italienne par des coups de poignard ; et le sang avait déjà coulé plusieurs fois, versé par des mains invisibles, lorsque en 1820 et 1821 la liberté se réveilla tout à coup en Espagne, à Naples et en Piémont. Aussitôt on entendit le pas lourd des Autrichiens sous les murs de Rome. Ils allaient égorger les libéraux républicains et piémontais, et s'arrêtèrent au pied du Monte Mario pour donner le temps au san-fédisme de faire signer au pape une bulle fulminante contre les carbonari.
Homélie te l’évêqi e d’Imola. — Dans cette bulle, donnée auprès de Sainte-Marie- Majeure, le 13 septembre 1821 , Pie VII appelait les carbonari des loups rapaces (iupi rapnei ), les comparait aux priscillianistes, et leur ordonnait de se dissoudre sous peine de mort. Comme les événements changent les hommes ! un quart de siècle auparavant , lorsqu’il n’était que l’humble Chiaramonli, évêque d'Imola, le même pape adressait à ses diocésains cette belle homélie :
a La liberté, chère au ciel et à la terre, est une des facultés de l’homme telle est le pouvoir d’agir ou de n’agir pas, mais dans les limites de la loi divine et humaine. Le but que se propose le plus ardemment le philosophe de Jésus-Christ consiste à mettre de l'ordre dans scs actions et dans scs passions , à mettre en harmonie les forces inférieures avec les forces supérieures, à subordonner la chair à l’esprit, les plaisirs à l’honnêteté , à diriger ses facultés vers la fm ordonnée de Dieu. Le gouvernement démocratique adopté parmi nous, mes très-chers frères, n’est pas en contradiction avec ces maximes et ne répugne point à l’Evangile ; il exige même toutes ces vertus sublimes qu’on n’apprend qu’à l’école de Jésus-Christ, et qui si elles son! pratiquées religieusement, feront votre bonheur, la gloire et la splendeur de la République.
« Si les vertus morales donnèrent tant de lustre à la liberté romaine, combien ne devons-nous pas croire la vertu plus nécessaire dans la démocratie actuelle, nom que
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