CHAPITRE XXXVI
OnoKF-s religieux» — A côté do cette Rome toute de marbre et de travertin , et pleine de tableaux, de statues d’or et d’encens, où vivent à deux pas l’une de l'autre la famille pontificale avec ses soixante-dix cardinaux , ses camériers secrets, scs camerieri de cape et d’épée , ses camériers d’honneur en habit violet , scs familiers, ses nombreux monsignori ou prélats domestiques, et une noblesse qu’on peut appeler papaline, car, fille de l’Église , elle grandit comme Éliacin h l’ombre de l’autel, s’élève la Rome monastique. Celle-ci renferme la garde féodale du catholicisme qui se compose : des chanoines du Saint-Esprit in Sassia et de Latran, des théatins , harnabites, jésuites, clercs mineurs, clercs réguliers de la mère de Dieu et des frères des écoles pies. Viennent ensuite les communautés de l’Oratoire, de san Filippo Neri et de san Girolamo, de la Charité, des doctrinaires, missionnaires, ouvriers pieux , frères des écoles chrétiennes , passionnistes et du saint Rédempteur. Les moines ( monaci ) de Saint-Basile, du mont Cassin, camaldulcs, camaldules ermites, maronites, arméniens ; les frères réformés de Saint-Dominique , du tiers ordre de Saint-François, mineurs conventuels, mineurs capucins, auguslins, nugustins déchaussés, carmes chaussés ( calsati ), carmes déchaussés, serviteurs de Marie, trinitaires de la Rançon (Riscatto), minimes, frères de Saint-Jérôme, de la Pénitence de (ale ben fratetli ( faites le bien, frères), et les religieuses ( monache ) bénédictines, chanoinesses de Latran, camaldules, de Sainte-Claire, franciscaines, augnstines, capucines, de Sainte-Thérèse, carmélites réformées, ursulines, adoratrices perpétuelles du Saint-Sacrement, dominicaines, carmélites déchaussées et servites. Puis au milieu de ces églises, de ces palais et de ces couvents , est parquée plutôt que logée dans cent quarante-quatre places et six cent quatre-vingt-huit rues, grandes ou petites ( >1 rade e vicoli) une population de cent quarante mille âmes.
État piiïsiqub et «orale de la populatiox. — Un tiers de celte population vit de la messe ou de l’aumône, un autre tiers de la propriété ou de l’argent apporté par les étrangers; le reste, ne trouvant de ressources suffisantes, ni dans l’administration qui paie peu et mal, ni dans le travail qu’appellent en vain des milliers de bras, croupit dans cette squalide misère qu'on ne rencontre qu’en Italie. La ville actuelle, enfoncée dans cet entonnoir que forment à gauche les sept collines et à droite les coteaux du Vatican , du Janicule et du monte Verdc , manque des conditions de salubrité essentielles à la vie. Une atmosphère molle et saturée des miasmes les plus délétères plane particulièrement sur les rioni ou quartiers habités par la classe pauvre. 11 serait facile d’assainir ces foyers permanents d’infection et d’épidémie , mais les quatre cavaliers chargés , sous le titre de maestri dette slradr, de remplir l’office des anciens édiles, n’y songent même pas. Aussi, la maladie et la douleur semblent avoir marqué ces malheureux nu front. Au lieu de cette race belle et forte , dont quelques Translévérins au cou de taureau, quelques ouvriers du Monte Caprino, et les dominicains si riches d’embonpoint, reproduisent le type énergique, on n’aperçoit qu'une génération abâtardie, sans beauté, sans vigueur, dont les joues pâles attestent les souffrances , dont les haillons disent la pauvreté.
TABLEAU DE ROME PAPALE
Malins, pètes , le carnaval. — Ne cherchez parmi elle, ni expansion , ni joie, ni bonheur. Scs fêtes sont tristes comme scs journées, son sourire forcé vous glace ; quoi de plus gai que les fêtes d'octobre, si le peuple avait le coeur aux amusements?... En souvenir des dionysiaques tous les lundis et tous les jeudis, de jeunes Romaines couronnées de roses ont coutume de parcourir en voiture la ville et la campagne. A peine si quelques Transtévérines au castor noir orné de panaches et au brillant corset de velours , troublent encore de temps en temps du son rauque et sourd de leur tambour de basque le silence des rues. Pauvres filles aux traits amaigris qui expieront par un mois de privations ces quelques instants de gaieté factice ! Non , ni l’inondation de la place Navone chaque samedi et chaque dimanche d’aofit, ni le bruit aigre et nasillard des musettes des piferrari, musiciens montagnards de l’ancienne Apulie , ni la vue du Bambino de l’Ara Cœli , effigie de cire de l'Enfant Jésus , placée dans nn presepio ou crèche illuminée de cierges , ni la bénédiction à Saint-Pierre de la rose d’or destinée aux reines, dont un bouton est rempli de musc , ni les courses du dimanche à Saint-Paul et au Monte Mario quand le soleil du printemps ou de l’automne brille dans un ciel pur et qu'un air aussi doux que celui d'Albano agite la vaste ceinture de canelli ( roseaux) qui entoure la ville, ni le carnaval dans le Corso, lorsque des voitures aux magasins tendus de rouge comme des loges , pleuvent les maszetti di Jiori et les confetti ou blanches dragées de plâtre, et que des chevaux armés d'un collier de métal aux pointes acérées pour aiguillonner leur ardeur, courent sans guide à travers la foule de la place dcl Popolo au palais de Venise, ni les piquants lazzi de Slenterello, son comique favori du théâtre Capranica, ne chassent l’indifférence triste dont l’ombre de la misère glace partout le peuple. 11 ne redevient lui-même, c’est-à-dire impressionnable, agité et ardent jusqu'à l'enthousiasme, qu’au moment où il assiste au tirage de la loterie *.
Sous le rapport intellectuel, il y a peu de différence entre les diverses classes de la population : élevés par des abbés ou des moines, les princes ne dépassent guère la portée d'esprit de leurs maîtres. La masse du clergé séculier et régulier est trèsloin du clergé de France, mais un fonds réel d’instruction distingue les prélats et les membres du sacré collège, il y a parmi les cardinaux des savants du premier mérite comme Angclo Mat, des hommes d'une haute valeur comme Muzzarelli, Ferretti, Ciacchi, Antonelli: la bourgeoisie et la classe commerçante, grâce à cette promptitude d’intuition, à cette sagacité naturelle qui caractérisent le Romain et à un lion sens solide, ne sont pas moins éclairées que dans les autres villes d’Italie. Quant au peuple , il est livré pieds et poings liés à l'ignorance, par dédain ou par système. Transtévère et Regola, deux rioni qui ont plus de trente mille habitants, ne possèdent que deux écoles •.