CHAPITRE XXXVI
arrivai! dans les coffres du trésorier général , elle suffirai! amplement à couvrir les dépenses. Mais, oulre qu'il n’existe aucun ordre dans l’administralion des finances, les ressources du présent sont dévorées par les charges du passé, el l'avenir aliéné sans espoir. Le déficit absorbe tout. Dans le but de combler le vide qui se fit après la Réformation dans le trésor pontifical, en anticipant au moyen d’un emprunt sur les recettes, Clément VU en ouvrit le premier le gouffre en 1SÎ3 par l’établissement des luoghi di monte , et depuis il va toujours s'élargissant. Ces luaghi di monte ou monts consistait dans telle ou telle partie des revenus publics hypothéquée d’avance à ceux qui prêtaient au saint-siège moyennant un intérêt fixé dans l'origine à 16 fr. par action. Cet énorme intérêt, bien que successivement rédnit par Innocent X et Pie VIII, ajouta, jusqu'en 1660, cinquante-deux millions d’écus par an il la masse de la dette. En 1811 , l’administration française la remboursa avec le produit des biens du clergé; mais à son retour l’administration papale rouvrit l'abîme : des emprunts écrasants, il 68 pourcent, furent contractés avec Rothschild, les meilleures sources de l'impôt engagées à Torlonia. Les trésoriers-cardinaux en vinrent bientôt à ne plus pouvoir rendre aucun compte; et aujourd'hui , entre un papier sans valeur, car il ne représente que la banqueroute, et un déficit que chaque année accroît de cinq ou six cent mille écus, le pape se trouve contraint de se courber comme un prodigue sons le joug de l’usure, ou d'essayer de reculer une catastrophe inévitable en vendant Bologne à l’Autriche et Bénévent au roi de Naples '.
Cokséqceiices du oouvp.RXEUEST TEMPOREL. — Ainsi , u ne dette de trente-huit millions d'écus, un déficit annuel effrayant , le commerce pauvre et timide, l’industrie morte, la contrebande mieux organisée et pins forte que le fisc, des impôts exorbitants et mal répartis, l'instruction étouffée, la presse soumise à une double censure, l'arbitraire à la place des lois, deux mille exilés, proscrits ou condamnés politiques, une multitude de suspects {ammoniti) transformés en parias, les progrès de la civilisation dédaignés ou foulés aux pieds, la haute noblesse dévouée au pape, mais ennemie secrète du pouvoir sacerdotal , la bourgeoisie ouvertement hostile, et en dehors de cette tourbe de clients parasites qui vit des abus aux genoux des prélats et des cardinaux, un peuple enfin rude de mœurs, demi-sauvage, et qui n’a recueilli de l'héritage do ses pères que l’orgueil du nom romain , tels sont les fruits du gouvernement temporel des papes *.
« Nous voulons , disaient en 1843 les rédacteurs du manifeste de Rimini, nous voulons seulement que les rois et les peuples de l'Europe se demandent dans leur justice et leur conscience de chrétiens si cette condition est supportable, et si au moment où le monde se renouvelle par la science et l'industrie, un peuple placé
f. UlKOrso det dnmlnlo temporale e Spiritual* del S. Pootelce Rontano, 4604, mss. Almaden ou Relaiione ddio atalo di Rmna prêtante. Les monii vacabili ou renies viagères assises sur ceriaius produits de la Paierie, entrant d.na le trésor du pape, rapportaient <0 4/2 pour cent et grevaient le trésor pontifical, eu 1797, d'one somme annuelle de 400 mille «os L’ècu romain vaut 5 fr. et 7 baioqocs ou 35 centimes.
S. Farini, lo S lato Romtrito del aitno 4813 al 1830, tome IV, p, 447.
TABLEAU DE ROME PAPALE
entre des États qui marchent au progrès d'un pas plus ou moins rapide, doit rester parqué comme un vil troupeau dans les claies gothiques de ce pouvoir arriéré de dix siècles? » Pour tout homme de bonne foi la réponse n'est pas douteuse. Quand une forme de gouvernement a fait son temps, on a beau s'efforcer de la mainlenir, il faut qu’elle périsse. Il y a aujourd'hui deux pouvoirs en Europe entièrement minés par la base , chancelants de vétusté et qui s'écrouleront bientôt , malgré les étais dont on les entoure, le gouvernement musulman de Constantinople et le gouvernement papal de Rome. L'un est une anomalie dans la civilisation chrétienne, l'autre une violation de la morale évangélique. Nous accordons que Jésus ait dit à Pierre que ses successeurs seraient pasteurs spirituels de l'Église, mais il ne leur a jamais dit qu'ils seraient rois. La seule couronne qu'il porta lui-méme fut une couronne d’épines. Qu'on montre un trirègne éblouissant de pierreries plus grand et plus glorieux !
Tous les malheurs de la papauté viennent du gouvernement temporel. On no peut servir Christ et Mammon, être à la fois César et vicaire de Dieu. A chaque page de l'histoire de Rome nous avons vu éclater en insurrections, en combats, eu crises violentes, les effets de cette dualité funeste. Par l’expcrience éclairée, il est temps que la papauté y renonce. Ce qu’elle perdra n’est rien au prix de ce qu’elle «•oit reconquérir. En laissant Rome se gouverner elle-même sous la protection des puissances européennes, les papes se trouveraient replacés sur la chaire apostolique uu sommet de la chrétienté. Ils seraient véritablement alors les souverains du monde, car la souveraineté ne consiste pas dans la domination de la matière, mais dans celle des esprits et des coeurs; et comme il n'y a qu’une voix dans ce siècle pour laisser Rome capitale de l’Église universelle et l'héritier de saint Pierie chef suprême de cette Église , le jour où il ne couvrirait plus un seul sujet le manteau ponlitical couvrirait cent millions de fils catholiques.