CHAPITRE VU
des sacrifices pour solenniser les anniversaires de ses victoires, que les magistrats prêteraient, en entrant en charge, le serment d'observer ses lois; qu'en mémoire de sa naissance, le mois Quintilis s’appellerait Julius; qu'enfin on lui élèverait des temples, et un entre autres où sa statue aurait la main dans celle de la Clémence. Eh bien ! c’est lorsqu'il méritait tous ces honneurs , et quand son habileté , son génie et son courage promettaient à Rome une ère de prospérité inouïe , qu'une poignée de misérables complota la mort de celui qui n'avait fait périr personne, et que les conspirateurs eux-mêmes avaient entendu à Pharsale criant à scs légionnaires : Parce civibue ! Épargnez le sang romain !
Mais l'oligarchie ne lui pardonnait ni sa gloire, ni sa supériorité d'intelligence, ni l’amour du peuple, dont elle était abhorrée. Comptant pour rien l'ordre rétabli, la paix de la République assurée , le bonheur de la patrie et sa grandeur, qui allaient se développer magnifiquement sous la main du grand homme, elle frémissait de rage d'avoir perdu le pouvoir et ce vieux privilège d’opprimer le peuple , de rançonner les provinces et de piller le trésor, qu'elle appelait la liberté. Déterminée à le ressaisir à tout prix, elle ourdit un complot : un transfuge du camp de Pompée, Décimus Brutus, neveu de Caton et fils de cette Scrvilia dont César recevait les messages secrets avant qu'il fût né, et Caîus Cnssius, autre traître qui avait livré les trirèmes pompéiennes, en étaient les chefs. Comblés des faveurs de César, et le premier surtout, qu'il traitait en fils adoré , ils s'associent quatorze sénateurs dont le moins ingrat était Ligarius qui venait d'être rappelé de l'exil , et décident qu'ils recommenceront dans le sénat la scène sanglante jouée par leurs pères, du temps de Romnlus, au bord du marais de la Chèvre.
Sx mort. — Le jour des ides de mars 46, en effet, le sénat étant réuni dans le portique de Pompée, César arrive en litière. Avant d'entrer dans la Curie, il était d'usage de consulter les entrailles des victimes : l'aruspice qui les tenait dans sa main dit à César qu'elles renfermaient un signe de mort. « Bon ! répondit-il en souriant, on m'annonça la même chose en Ibéric, quand je livrai bataille au fils de Pompée», et il suivit Brutus qui , lui serrant affectueusement la main , le pressait d'entrer dans le temple. Ses assassins avaient eu la précaution de. laisser un des leurs à la porte, pour retenir Antoine, le plus brave lieutenant de César, en l’amusant par quelques discours ; tous les autres étaient à leur poste. César ne fut pas plus têt assis, qu'ils l’entourèrent comme de coutume, d’un air respectueux et empressé; et Tullius Cimber, qui s'était chargé de donner le signal , se plaça devant lui. Après avoir fait semblant, pendant quelques instants, de lui demander le rappel d'un exilé, saisissant tout à coup sa robe de pourpre, il la tira violemment en criant ; a Qu'attendezvous, amis I... » A ces mots, Casca, placé derrière le dictateur, le frappa le premier d’un coup de poignard à l'épaule. César, arrachunt sa robe des mains de Cimber, s'élança de son siège, prit avec force le bras de l'assassin et le fit ployer. Mais tous les autres, tirant les glaives cachés sous leurs toges, l'attaquèrent à la fois. Cassius le frappa au visage , un autre au flanc qu'il découvrait en s'efforçant