‹ Rome ancienne et moderneChapitre 75 sur 428 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

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monts do mains, et le couvrit de fleurs et de couronnes. Sur ces entrefaites, le brait se répandit que César avait passé les Alpes et qu'il marchait sur Rome. Voilà la terreur dans le sénat et la joie au Forum. Le consul Claudius propose de déclarer César ennemi de la patrie et d'envoyer contre lui l'armée de Capoue ; Curion combat vivement cet avis. Les esprits s'échauffent , les récriminations amères s’échangent du banc des tribuns à la chaire curttle. Enfin Claudius, s'élançant lotit à coup de sa place : # Puisqu'on m'empêche de pourvoir avec le sénat à la s il roté de la République, j’y pourvoirai, dit-il, moi-même, en ma qualité de consul. » A ces mots il sortit de la Curie, se rendit avec son collègue auprès de Pompée, qui l’attendait hors des remparts, et, lui présentant une épée nue :

« Nous vous ordonnons , lui dit-il , mon collègue et moi , de marcher contre César pour la défense de la patrie , et nous déclarons votre armée la sauvegarde de la République. » Après avoir ainsi investi Pompée du commandement des troupes d’Italie , on chassa les tribuns, qui s’enfuirent et se réfugièrent dans le camp du proscrit ; on décréta aux calendes de janvier 49, que si ce dernier n'abandonnait pas son gouvernement, il serait traité en ennemi public, et l'on crut avoir tout fait et tout sauvé.

Césab franchit lr Robicoh. — A ce moment, et pendant que le sénat délibérait longuement pour savoir si l'on qualifierait la rébellion présumée de César de sédition ou de tumulte, celui-ci franchissait le llubicon , s'emparait de Rimini par surprise , et bien qu’il n'emmenât qu’une légion , avançait à marches forcées vers Rome. Alors éclata dans tout son jour l’incapacité orgueilleuse de Pompée. Ce glaneur si vain des lauriers d'autrui , n'avait su rien prévoir, rien préparer, et il ne sut que fuir , non pas seulement de Rome , mais de l'Italie, au bruit des pas de sou rival. Un tel adversaire était indigne de César : aussi, un an après, les vétérans de la guerre gauloise avaient ramené par la victoire les légions d'Ibérie, et foulé aux pieds à Pharsale la gtoirc usurpée de l’ancien lieutenant de Sylla.

Triomphe de César. — A partir de ce moment, cl quoiqu'un préteur appelé Coelius, et l’assassin Milon, de retour de son exil de Marseille , eussent essayé de la distraire , en remuant la cendre des discordes civiles toute chaude encore au Forum, Rome n’eut plus d'attention que pour César : l’oreille tournée vers l'orient, elle attendait avec impatience : bientôt , les nouvelles se succédèrent et retentirent dans les palais sénatoriaux comme les sons funèbres des trompettes aux jours des funérailles. Pompée a été battu ! Pompée est mort! Caton s'est poignardé à Utiqne ! Julia et Pétréius se sont égorgés après le festin , pour ne pas survivre à la défaite , Lucius Scipion s’est précipité dans les flots , et l'heureux vainqueur César a conquis l'Égypte! César a détruit en cinq jours le roi du Bosphore! César revient à Rome ! Il y arriva , en effet , vers le milieu des calendes d’aoùt de l’an 4fi , et l'heureux vainqueur reçut à son entrée les honneurs de quatre triomphes pour ses victoires des Gaules, d'Égypte, du Bosphore et d'Afrique. Le Vercingétorix d’Alesia, le plus brave des Gaulois, un enfant, iils du roi africain .luba, et Arsinoé, sœur de

CTS A R DICTATEUR.

Clt'iipfttro . ornaient la pompe glorieuse et marchaient chargés de fers devant les chars qui portaient le butin ; il y avait soixante mille talents en espèces et deux mille huit cents couronnes d'or, pesant deux mille quatre cents livres. Par ua sentiment de convenance qui honore sa mémoire , rien n’y rappelait Pharsale ni Pompée : la seule concession qu’il eût faite à ses légions , c’était un certain nombre de peintures grotesques représentant le double suicide de Juba et de Pétréius, Caton qui se déchirait les entrailles d’un air féroce, la mort des assassins de Pompée, et le roi du Bosphore fuyant à toutes jambes.

Cette image excita surtout les rires de la plèl>e , à qui tout était permis ce jour-là comme aux légions , et celles-ci usaient largement du privilège. Tandis que leur général . le front couvert de lauriers et vêtu de la toge triomphale , montait au Capitole au milieu d’un nuage d'encens, pressées derrière le char, elles allaient chantant à tue-tête contre l’ami de Nicomède un couplet satirique d’une crudité telle qu’on est forcé de le laisser couvert de son voile latin. En descendant du Capitole, César paya magnifiquement leurs services. Chaque soldat reçut cinq mille drachmes, chaque centurion dix mille, chaque tribun ou chef de mille hommes et chaque préfet de cavalerie vingt mille. Puis, il fit distribuer cent deniers, une mine attique, dix boisseaux de blé et dix livres d'huile à chaque plébéien, remit une année de loyer aux pauvres, et donna en outre à ses vétérans, des terres qu’il leur était interdit d'aliéner de vingt ans. Le lendemain et les jours suivants, magnifique autant que généreux , il offrit le festin d'usage, qui fut servi au Champ-dc-Mars. Le peuple romain s’y coucha autour de vingt-deux mille tables à trois lits, et en se levant il eut à profusion les grands spectacles qui touchaient seuls son cœur de bronze, des combats où de chaque côté figuraient mille gladiateurs, des courses de chevaux , des luttes de taureaux, des jeux musicaux, des naumachies et le spectacle superbe d'horreur de quatre cents lions déchaînés et se déchirant dans le cirque.

n. est sommé Dictateur. — Après avoir payé avec cette magnificence sa bienvenue dictatoriale, il nettoya la ville de quatre-vingt mille prolétaires que la misère y flagellait, en leur donnant des terres dans les colonies d'oulre-mer, étouffa, dans une course rapide en Espagne, la guerre civile que le jeune Pompée tentait de rallumer; puis, gouvernant avec sagesse, modération, clémence, il fit succéder à cet état d'agitation, de trouble et de guerre intestine qui semblait devenu son élément, un ordre et un calme inconnus à Rome depuis des siècles. Aussi la reconnaissance publique n’avait point de bornes : tous les honneurs, ceux même réservés aux dieux, on les lui décernait avec enthousiasme; chaque tribu lui offrait des sacrifices, créait pour lui des jeux spéciaux, dédiait des monuments à sa gloire; dans tous les temples et tous les lieux publics, on le (soignait dans ses images avec la couronne de chêne qui fut toujours la récompense de ceux qui soutenaient la République; il reçut le nom de père de la patrie. Nommé dictateur à vie, consul pour dix ans, honoré du siège d’or et d'ivoire . il voyait décréter par le sénat que Rome ferait tous les ans

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