CHAPITRE PREMIER
banquette haute de quatre pieds dans laquelle on plantait des pieux et des palissades fortement entrelacées. Les vivandiers et les lixes campaient hors des portes, qui étaient au nombre de quatre : la prétorienne, placée du côté de l'ennemi ; ta décumanc, en face à l'autre extrémité du camp, et les deux portes latérales appelées Dcxlre et Scnextre.
Un ordre partait et une vigilance incessante garantissaient ta sûreté du camp. Le jour, une cohorte d’infanterie gardait la tente du général, et deux manipules de princes et de hasiats , formant un groupe do quatre cents hommes, se tenaient eu armes devant celle des tribuns. La nuit on redoublait de précautions. Au coucher du soleil le tesserarius se rendait à 1a tente des tribuns cl en recevait une petite tessère de bois ou tablette sur laquelle était écrit le inot d’ordre. Cette tablette passait de cohorte en cohorte cl devait revenir aux tribuns avant 1a nuit. Aussitôt que l'obscurité couvrait le camp , des cavaliers commençaient les rondes : celui de la première veille, annoncée par ta trompette des triaires, visitait les gardes des retranchements, des postes des cohortes et des escadrons. S’il trouvait la sentinelle immobile et un doigt levé dans l’attitude du silence, il recevait d'elle ta tablette et passait : si elle était endormie ou absente, il prenait quelqu’un à témoin. Le coupable , signalé le lendemain par l’absence de son morceau de bois , était battu de verges jusqu'à ce qu’il expirât , et noté d’infamie s’il survivait à son supplice.
Ce châtiment, 1a honte attachée à la lâcheté, le mépris de scs compagnons, la ration d’orge au lieu 4e blé, comme taches indélébiles ; une lance, une coupe, un harnais, des couronnes de chêne et de gazon, comme marques suprêmes d’honneur, voilà les mobiles du soldat romain. La patrie, qui exigeait tous ses cflbrts et jusqu’il la dernière goutte de son sang, ne lui donnait que deux oboles de solde par jour, ta moitié d'un modium de blé, et de l'eau et du vinaigre ; et cependant , malgré l’inanité des récompenses, les périls dn champ de bataille, la misère assise à son foyer pour le recevoir au retour, tel est l’amour, tel est l’admirable et saint dévouement qu'il a pour cette pauvre Home couverte de roseaux, qu’il va l'élever, en suivant au pas militaire les faisceaux des consuls, au-dessus de toutes les cités du inonde.