‹ Rome ancienne et moderneChapitre 8 sur 428 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Sous ces deux rapports , l’organisation militaire de Rome fut un chef-d’œuvre.

Organisation de la légion. — Il s’agissait d'abord de centupler, en la régularisant, l’action de la force physique ; on y parvint merveilleusement par la création de la légion. La légion, celte citadelle vivante de Rome, formait un corps de quatre mille deux cents hommes divisés en dix cohortes, en trente manipules et en soixante centuries, et pris dans l’élite de la population. Tous les ans on convoquait à cet effet, au Capitole, les citoyens inscrits sur les tables du cens , c'est-à-dire possédant plus de 1,800 sesterces ou \ ,500 francs de notre monnaie. Lorsque tous ceux de dix-sept à quarante-six ans étaient réunis devant le temple de Jupiter, les tribuns militaires s'asseyaient séparément et tiraient au sort les tribus : à mesure que le nom de l’une d'elles sortait du casque, iis l'appelaient et prenaient dans ses rangs quatre hommes aussi égaux que possible en âge, en taille et en force. De ces quatre hommes, les tribuns de la première légion choisissaient les premiers le mieux fait et le plus valide , et après eux les tribuns de la seconde, de la troisième et de la quatrième, jusqu’à ce que le cadre de chaque légion fût au complet pour les hommes de pied. Le choix des cavaliers appartenait au censeur, qui les prenait parmi les citoyens les plus riches.

La levée faite, les tribuns assemblaient leurs légions, et, choisissant l’homme le plus fort et le plus brave, lui faisaient prêter le serment militaire qui était conçu en ces termes :

« Je jure d’obéir à mes chefs et d’exécuter tous leurs ordres dans la mesure de mes forces. »

Chaque légionnaire répétait ces paroles en défilant à son tour devant les tribuns, qui indiquaient à leurs hommes le jour et le lieu où ils devaient se réunir en armes, et les congédiaient. Le jour Axé, un nouveau triage était fait avec plus de soin encore : les tribuns composaient les premières cohortes des plus jeunes et des plus pauvres, qu’on appelait vélites. Ils choisissaient ensuite les jeunes hommes de vingt à trente ans, ceux qui étaient dans la vigueur de l'àge, et les vétérans, pour en former trois corps spéciaux et d’élite appelés : le premier celui des hastats ( hastati ), le second celui des princes ( principes), et le troisième celui des triaires (triarii ). Ces derniers ne pouvaient jamais être plus de cinq cents. Il y avait douze cents hastats, douze cents princes dans chaque légion, et trois cents cavaliers. Le reste formait les vélites

4. Yoici maintenant en quoi consistait l'armement «le la légion. Les vélites d'abord étaient tenus de se fournir d'one épée, d’une javeline et de la parma on bouclier rond d'un pied et demi de diamètre. La javeline, longue de deux palmes, avait une pointe si affilée, qu’elle se faussait au premier coup en frappant un corps dur, ce qui empêchait l’ennemi de la renvoyer. Ainsi armé h la légère, le vélite se coiffait d’une tête de loup on d'un autre auimal , pour que ses chefs pussent le distinguer dans la mêlée.

Les hastats portaient ce qu'ou appelait h Rome les grandes armes, c’est-fc-dfre le scutum, bouclier convexe h bordure et h coquille de fer, large de deux pieds et demi et long de quatre; l’épée ibère, lame droite et forte h deux tranchants, propre h frapper de taille et de pointe ; deux grands javelots (pila ) , du casque d’airain et des bottines. Le casque était surmonté de trois longues plumes rouges ou noires qui semblaient doubler la (aille des hastats, cl qui , en ondoyant de loin, devaient frapper l'ennemi de terreur. Les princes et les triaires avaient les mêmes armes; seulement, au lieu du javelot, ces derniers portaient la hasfa ou demi-pique, des cuirasses, des boucliers en cuir de boeuf et des javelines. Pour la cavalerie, elle était équipée h la grecque.

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LES ROIS

La légion, organisée et année de cette manière, se choisissait dix centurions parinles plus intelligents et les plus braves, et dix parmi ceux qui approchaient le plus des premiers; ceux-ci, appelés chefs des rangs, élisaient ensuite vingt officiers inférieurs qu’on nommait coacteurs de troupe, et deux vexillaires ou enseignes. La cavalerie, divisée également en dix turmes, qui répondaient à nos escadrons, était commandée par des préfets et des coacteurs de leur choix nommés décurions.

Le jour du départ arrivé , les légions se trouvaient au Champ-de-Mars au grand complet, car une maladie grave, les auspices ou la mort, dispensaient setds le légionnaire ; elle y attendait les alliés, qui amenaient un nombre d’hommes de pied égal aux centuries , et le double de cavaliers. Le général mettait aussitôt dix préfets à la tête de ces auxiliaires, et après avoir choisi dans leurs rangs ses extraorf dinaires, c'est-à-dire les plus intrépides et les mieux faits pour sa garde, il faisait sonner les trompettes. A la première fanfare , les troupes se plaçaient en ordre de marche; à la seconde, on attachait promptement le bagage sur les chevaux, à la troisième, toute l’armée s'ébranlait à la fois. Les extraordinaires formaient l'avantgarde; l’aide droite des alliés les suivait avec les bagages, puis venaient les légions avec leurs bagages également, et derrière elles l'aile gauche des alliés. La cavalerie marchait ou à la suite des ailes et des légions auxquelles elle appartenait , ou sur les flancs de l’armée, pour protéger le bagage.

Toute cette masse se mouvait avec une incroyable rapidité; et cependant, outre scs armes, chaque soldat portait dans un sac des vivres pour dix-sept jours, et de plus, une marmite, un panier, une scie, une hache, une bêche, une faux, une corde, une chaîne, et des pieux pour les palissades , ce qui n’empêchait pas ces hommes de fer, chargés d’un poids d'au moins soixante livres, et serrés à | mire haleine dans leurs cuirasses de cuir ou de mailles, de faire vingt-quatre milles en cinq heures. Pour se reposer de ces rudes marches, ils avaient le travail du camp. Le lieu choisi , on dressait le prétorium ou pavillon du général dans l'endroit d’où il pouvait le plus facilement tout voir. On mesurait ensuite le circuit du prétoire, espace carré contenant deux arpents, dont chaque face était éloignée de cent pieds du drapeau blanc qui flottait sur le prétorium.

A droite et à gauche étaient tracés l’emplacement du marché (forum) et celui du questorium ou trésor. Puis sur une ligne parallèle au prétoire, on plantait les tentes de peaux des tribuns, indiquées par un drapeau rouge, et cent pieds plus loin celles des cavaliers des légions. Des deux côtés d’une des grandes rues du camp se logeaient les triaires en face des princes établis à cinquante pieds de distance. Ceux-ci tournaient le dos aux hastats, qui avaient devant eux la cavalerie des alliés. Le reste du camp était occupé par l’infanterie auxiliaire et les vélites.

A peine les tentes déployées, les alliés recevaient l'ordre d’enclore deux côtés du camp d'un fossé et d’une palissade : les légions se chargeaient des deux autres. Il lallait donc creuser à l'instant un fossé de douze ou quinze pieds de largeur et de huit ou dix de profondeur, dont la terre jetée dans le camp servait à former une

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