UNE NOCE ET DEUX MARIAGES
Les Romains firent un acte de haute sagesse en laissant chaque peuple que les armes soumettaient à leur empire libre de conserver ses lois el ses usages K Ils sentirent que si les courages se pouvaient dompter, il n'en était pas de même des habitudes, des croyances, el de certaines idées de prééminence personnelles, qui touchent à l'honneur, ou à ce qu'on croit être l'honneur des familles. Là devait donc s'arrêter la conquête, parce qu'il n'y avait plus à livrer que des combats sans but raisonnable, et sans espoir de succès. Une prudence aussi remarquable fut sans doute inspirée aux conquérants par ce qui se passait chez eux : Romulus, peu de temps après Taugmenlalion de son petit État au moyen des réfugiés de VAsyle, avait proclamé l'égalité des droits entre les nouveaux et les anciens citoyens; l'odieuse distinction de patriciens et de plébéieîis avait dû disparaître *. Elle se conserva néanmoins, non plus dans les lois, mais dans les mœurs qui en gardèrent les dénominations, les répulsions, et les préférences, particidièrement dans les mariages. Après plus de sept siècles, et malgré toutes les révolutions qui ont été opérées dans la législation, cet état de choses subsiste encore : comme aux premiers temps de Romulus, il y a le mariage patricien et le mariage plébéien. Je vais te rendre ceci plus sensible par des faits.
' l.Pllio XXI, I. I, p. 415. = 5 [.ettrc XVII, I. 1, p. 372.
Il y a un mois environ, Mamiirra m'a fait convier aux noces d'un de ses amis, membre de l'illustre race Fabia, l'une des plus nobles de Rome, qui épousait une Métella, et cette alliance avec une race non moins illustre et non moins noble avait fait le sujet des conversations de la ville. C'était un mariage purement patricien, et comme ces sortes d'unions sont rares aujourd'hui, c'en fut assez pour provoquer un grand concours de monde; aussi, en arrivant chez Métellns, qui demeure dans le quartier des Carènes, nous trouvâmes le vestibule de sa maison encombré d'une foule qui refluait sur la voie publique. C'étaient tous les client^, tous les affranchis des races Fabia et Métella. Ce ne fut pas sans peine que nous pénétrâmes jusqu'à l'atrium, et de là dans le péristyle et dans la basilique, où les parents et les amis étaient reçus avec les cHents de choix, les clients des p'^mières admissions K
On attendait là que les futurs époux fussent prêts, et la société, divisée par groupes, se livrait au plaisir toujours nouveau de la conversation. Mamurra me quitta pour aborder ou recevoir quantité de gens de sa connaissance. Demeuré seul dans la foule, je m'approchai d'un groupe rangé en demi-cercle devant un de ces philosophes grecs qui affluent à Rome pour y chercher fortune ^, s'attachent à une grande maison dont ils se font les flatteurs et les complaisants, en deviennent les commensaux, et y prennent une position mitoyenne entre celle d'ami, de parasite, et de bouffon. Celui-ci, qui se faisait appeler Anaxagoras, assurait qu'il avait été l'un des principaux artisans du mariage qu'on allait célébrer : « Ily a'dix ansqueje « suis lié avec Mételhis, disait-il au groupe qui l'entourait; sa fdle « n'était pas plus grande que cela (désignant le siège où il était assis) « lorsque cet excellent homme m'attira dans sa maison. Depuis ce « temps, je n'ai pas cessé un seul jour, pour ainsi dire, d'être ad- « mis dans son intimité et dans celle de Marcia ( femme de Mé- « tellus ) ; Yœcus {") a toujours été aussi libre pour moi, que lac<, trium pour les clients. Lorsque la petite Métella eut atteint sa doute zième année, qui est assez ordinairement l'âge du mariage ', ce « fut moi qui proposai Fabius, et provoquai les fiançailles. Elles de- (( valent se faire par procuration ou par lettres *, Fabius étant en
1 Lettre XXVU, t. U, p. 58. = « Lettre XXXVUI, t. 11, p. 185. = 3 Ov. Melam. IX, V. 715; XI, V. 502. —Tac. Ann. XU, 6. — Suet. Claud. 26. — Digest. XXUI, lit. 2, leg. 4. ='► Digest. Ibid. til. 1, leg. 18. (") Voy. I. I, le Plan de la Maison de Mamurra, n» 21
LETTRE LYIH. 3
« Orient avec l'Empereur; mais il revint l'année suivante, et la cé- « rémonie eut lieu ici, dans cette basilique, en présence des amis* « et des principaux membres des races Fabia et Métella , à la pre- « mière heiu'e du jour, ajoula-t-il en souriant, ce qui rend les fian- « cailles meilleures et plus favorables ^. Ce fut l'illustre jurisconsulte « Anlistius Lal)tV)n qui y présida; il voulut qu'un acte en fût rédigé « par écrit^ bien qu'un simple consentement verbal eut pu sutllre*. c( Je l'entends encore dire gravement à la jeune Métella, avant de pré- « senterl'acte à nos cachets": «Lesfiançaillos.de même que les ncces, (( ne se contractent que du libre consentement des parties ^ et une c( fdle peut résister à la volonté paternelle, dans le cas où le citoyen « qu'on lui présente pour fiancé a été noté d'infamie, a mené ou « mène une conduite répréheusible. Avez-vous, mon enfant, quel-
« que objection de ce genre à faire? Vous ne répondez point;
c( nous allons donc passer outre, attendu que la fdle qui ne résiste « pas ouvertement est censée consentir ''. »
« L'acte signé, Fabius offrit à sa fiancée, comme garantie de l'en- « gagement qu'il venait de contracter, un anneau de fer tout uni, « sans aucune pierrerie *. Métella l'accepta, et, en signe de l'union « cordiale qui devait régner désormais entre elle et Fabius *, elle le c( mit à r avant-dernier doigt de la main gauche, parce qu'il existe, « dit-on, un nerf qui correspond de ce doigt au cœur '"?
a II fallut ensuite tixer le jour du mariage, poursuivit Anaxagoras. « L'édit de l'Empereur, qui déclare nulles toutes fiançailles con- « tractées deux ans d'avance ", n'existait point encore ; mais Fabius c< craignait qu'on ne prit le délai d'une année, comme on fait assez « ordinairement 'S et il me sut beaucoup de gré quand je proposai « la fin du mois, en rappelant que le mariage suivait quelquefois « de très-près les fiançailles'*. Mais mon s:ivoir se trouva en défaut « dans cette occasion. — Nous serons encore dans le mois de mai, « dit aussitôt Marcia, mois funeste, à cause des Zemura/es, et pendant « lequel il faut éviter de se marier '*. — On pourrait remettre au « lendemain, aux kalendes de juin ("). — Vous ignorez encore, cher c( philosophe, que tous les jours qui précèdent les ides de juin C")
1 Senec. de Benef. IV, 39. = 2 Fest. v. Prima. = 3 Digest. XXHI, tit. 2, Icg. 7. — Juv. S. 6, V. 200. = * Digesl. Ibid. leg. 4. = » Ibid. til. 1, leg. 7.— Juv. S. 6, v. 200. = 6 Digesl. Ibid. leg. 11. = ' Jbid. leg. 12. = » Plin. XXXIII, 1. —Juv. S. 6, v. 27. 9 Isid. de Uivinal. offic. Il, 15. = 'O Viid. — Macrob. Salurn. Vil, 15.— A. fieli. X, 10. = " Suel. Aug. 34. — Dion. LIV, 16. = i^ Tac. Agiicol. 9. = i» Plaul. Aulul. II, 2, V. 82.= 1* Ov.Fast. V, v. 487. — Plut. Quœsl. rom. p. 147. [<•] 1er juin, (b) 15 juin.
et sont funestes aussi pour les mariages '. — En sautant auxkalendes f( de quintilis ("), sorait-on à l'abri de la fatalité? — Pas davantage, (c cria quelqu'un qui se trouvait derrière le cercle d'auditeurs, et il « faut être un barbare pour ignorer que le jour des kalendes de « quintilis est férié, qu'on ne peut alors faire violence à personne, <( ou du moins à une jeune fille, et qu'il n'y a qu'une veuve qui « puisse se marier un pareil jour-. — C'est ce qui me fut en- « core répondu par Marcia, répondit Anaxagoras à son interrup- « teur qui s'éloignait ; elle ajouta que le lendemain des kalendes, des « nones, des ides, sont également des jours funestes ', des jour.*; « religieux, pendant lesquels il n'est permis de faire que les choses <( absolument indispensables *. »
Le petit discours d'Anaxagoras m'avait intéressé, et quand le philosophe eut cessé de parler, je m'approchai d'un autre groupe où des rires assez bruyants annonçaient que la conversation était moins sérieuse. C'était un poëte comique qui discourait sur le mariage et sur les filles à marier : « L'Empereur aura beau faire, di- « sait-il, je doute qu'il parvienne jamais à propager dans la nation (c logée ^\e goût du mariage. Je ne connais qu'un moyen, mais in- (( faillible, ce serait d'assurer de bonnes grosses dots aux femmes. t( Oh! alors, l'humeur matrimoniale s'emparerait promptement, (( non pas de tous les cœurs, mais de toutes les têtes, et celasuffi- « rait. L'ambition, un intérêt sordide, ne font-ils pas aujourd'hui (C presque tous les mariages? on négocie pourse marier comme pour c( acheter une maison, un fonds de terre; on se marchande, on se a vend; les sesterces de la dot sont les principales, et souvent les (( seules vertus qu'on recherche dans une épouse; aussi, trouver à « marier une fille qui n'est pas bien dotée est ce qu'il y a de plus (( difficile ^ et le monde regarde presque comme des concubines les « femmes ainsi mariées ''. De là l'orgueil des femmes riches, leur K empire presque absolu sur leurs maris ^
« — Il parle ainsi, dit quelqu'un à demi-voix, parce qu'il a sa « sœur à doter ^, et que la nxkliocrité de la dot n'attire pas les gros K partis. — Je voudrais, continua le poëte, que l'Empereur ordonnât (C des supplications perpétuelles à Vénus pour que toutes les jeunes
« Ov. Fasi. VI, V. 219. = 2 Macrob. Saturn. I, 15. —Plut. Quœsl. roni. p. 161. = 3Macrob. Ibid. 15, 16. — IMul. Ibid. p. 92.— Tit.-Liv. VI, 1.— A. Geil. V, 17. = *Fesl. V. Religiosus. = s Mol d'Auguste. Suet. Aug. 40. = 6 1>|aut. Aulul. Il, 2, v. 14.= 7 Id. Tiinum. III, v. 64.= » botala régit virum. Hor. III, od. 24. v. 19.= » Plaul. Ibid. — Hor. 1, Ep. 17, V. 46. ("^ i" juillet.
« Homaines fussent belles, l'argent, après la beauté, étant ce dont on a s'inquiète le plus. Les pauvres filles sont victimes de cette exi- « gence, qui devient pour elles un véritable supplice, et depuis que « l'Empereur les a déclarées, par édit, nubiles à douze ans S ce sup- « plice commence presque dès leur enfance. Les mères n'ont qu'une « idée, c'est que leurs filles soient belles, et dans cette vue elles s'é- « tudient à leur rabaisser les épaules, à leur serrer la poitrine, afin « que les malheureuses aient la taille plus élégante, désespérées de « ne pouvoir rien sur les trails du visage. Quelqu'une prend-elle de « l'embonpoint : « C'est un atlhète, crie aussitôt la mère! » et elle « lui retranche la nourriture jusqu'à ce que, malgré la bonté de son « tempérament, elle l'ait, à force de légime, rendue mince comme « un jonc *. C'est une grande affaire pour une mère de placer sa «. fille ', de la fourrer à quelqu'un *, et pour lui trouver un époux « il n'est pas d'ami auquel on ne se recommande *.
« La religion n'est pas respectée davantage : autrefois, on ne con- « cluait aucun mariage sans prendre les auspices; depuis longtemps « cette coutume est tombée en désuétude, et si une jeune Romaine <( invoque encore les déesses Camelœ, protectrices des filles à nia- « rier*, sa dévotion ne lui inspire plus d'aller, la veille de ses noces, « avec sa mère ou une parente, passer la nuit dans un temple pour « écouter si quelque oracle ne se fera pas entendre '. Un des minis- « très sacrés qui aurait dû présider à cette sainte consultation de la « volonté céleste, vient, pour la forme, rapporter qu'il n'y a point a d'auspices défavorables, et l'on se contente de sa déclaration *. )i
Ce discours fut interrompu par l'arrivée de la jeune Métella qui sortait des a>ci, situés en parallèle de la basilique, et venait, accompagnée de sa mère, recevoir les félicitations des personnes conviées à ses noces. On se porta à sa rencontre avec un empressement d'autant plus vif, qu'il était augmenté par le désir de voir une fort jolie personne. En effet, Métella peut passer pour le type de la beauté romaine : elle est blonde ^ a le front bas '°, le nez })etit" et légèrement aquilin, des yeux noirs '-très-vifs, surmontés de sourcils parfaitement arqués,
1 Dion. LIV, IC. =2 Terent. Eunuch. H, 4, v. 21. = 3 Jn malrinionium collocare. Cic. de Diviiiat. I, 46 ; de Orat. Ul, 53; Filiarum colloralio. De OKir. W, 16, 20.— Gaii, 11, § 233.— Suel. Calig. 24; Domit. 22, elc. r= 4 Ncmini oblrudi polesl. Teient. Andr. 1, 6, v. 16. = 5 Pljii. I, Ep. 14. =« l'aiil. ap. Kesl. v. Camelis. = '' Cic. de Divinai. I, 16, 46. — V. Max. 11, 1, 1. — Tac. Ann. M, 27. = » Cic. de Divinat. ), 10, 46. —V. Max. Ibid. — » Hor. I, od. 5, v. 4. — Ov. Kast. II, v, 761. — l'iopeii. l!, 2, V. 57.— Gali. epig. ô.— "> Hor. 1, od. 33, v. 5. — l'oipliyr. in Hor. /6ù/.— Peiron. 126. = " Catul. 40, V, 1. = 12 Hor I, od. 53, v. 2.— Propcrl. II, 9, v. 25.
une bouche que l'on compare à celle de la déesse des amours S un teint de roses et de lis *, le plus joli petit pied du monde ^, et une main blanche* et longue* dont les doigts délicats sont ornés d'ongles rosés^
Métella, qui n'a que quatorze ans \ empruntait un nouvel éclat de son costume de mariée : elle portait une tunique blanche unie®, ornée de bandelettes® ; une ceinture de laine de brebis lui serrait la taille *°; ses cheveux étaient partagés en six tresses '', et relevés sur le haut de la tête en forme de tour*^ surmontée d'une couronne de marjolaine en fleur '^ On n'apercevait son gracieux visage qu'à travers la vaporeuse transparence d'un voile couleur de flamme ** jaunâtre '* : toutes les jeunes fdles que Ton marie en portent un pareil, et c'est ce qui a fait donner le nom de noces, nuptiœ, de nubere, se voiler, à la cérémonie du mariage patricien ". Enfin son pied était chaussé d'un élégant brodequin couleur de safran '''.
L'esprit superstitieux des Romains a inspiré le choix de diverses parties de ce costume ; le voile, par exemple, est imité de l'ajustement de la Flaminique-Diale, à laquelle le divorce est interdit'* ; et la coiffure, copiée de celle des vestales, est un symbole de la pureté de la nouvelle épouse '®.
Le pouvoir civil n'intervient point dans les mariages ; mais il n'en est pas de même du pouvoir religieux. Le Pontife maxime, chef de la religion, et le prêtre du roi des dieux, le Flamine-Dial, président aux mariages, et les consacrent-". On attendait ces ministres sacrés lorsqu'un bruit de faisceaux retentit sur la porte, et annonça leur arrivée, ils furent aussitôt conduits ansaci^arium * de la maison, où les suivirent les futurs époux et leurs parents, ainsi que dix lémoins, exigés par la loi pour valider un mariage''". Le péristyle fut ouvert à tout le monde, et la foule se rangea sous les portiques et au milieu fin xyste -^
Fabius et Métella se placèrent sur une chaise jumelle *', couverte de la peau avec sa laine d'une brebis ayant servi de victime ^'. Le Flamine-Dial mit la main droite de la jeune tille dans la main droite
1 Peiron. 126. = 2 Propevl. If, 2, v. 20. — Gall. cpi^. 5, v. 11. = ' Ov. Ail. am. F, V. 622. — Calul. 40, V. 2, 3. =*Calnl. Ibid. v. 8. = 5 propirl. Ilmi. v. 57. — (".aiul. 32, V. 40. = 6 0v. Art. am. Ul, v. 276 = 7 |.|in. V, Kp. 16. = 8Plin. VU!, 48.= 9 Juv. S. 2, V. 124. = "> l'aul. ap. rosi. v. Cingulo. = " FpsI. v. Senis. = '* l.iiraii. H, V. 5ô8. = IJ Calul. 57, v. 71. = '* Flummeum. IhiH. v. 73. — Tar. Ann. XV, 37. — Plin XXI, 8. — l'elron. 26. — I.uran. Il, v. 557.->laii. M, 79; \ll, 42.— Juv. S. 2, v. 124; S. 6, V. 224.— Fi'Sl. V. Nuplias. = '^ Luieum llammeuin. ! lin. X\l, 8.= •"Krsl. /ht'ii.= i'' Calul. 57, V. 75, 232.= 18 Seiv. in ^nrid. IV, v. 29.= "«Tcsl. v. Scnis. = 'OServ. in Georg. I, V. 51. =21 Gaii, I, g! 112. — lilpian. lil. 9. = 2î Conjerlurc. = " Sella; (hiae ugaiœ. Scrv. in /Eneid.lV, v. 574.= 2* 0>iii pille, ....ejus ovis qutc hoslia fuisscl. Ibid.
du jeune homme ' *, prononça certaines paroles sacramentelles et solennelles * par lesquelles il déclara que la femme devra participer aux biens de son mari ainsi qu'à toutes les choses saintes ^ Il offrit ensuite à Junon, qui préside aux mariages*, un sacrifice où les libations furent faites avec du vin miellé et du lait ^ et dans lequel figura un pain du froment nommé far *, apporté et présenté par la mariée '. C'est l'offrande du pain de far qui a valu à ce mariage le nom de confarréation ^ On eut soin, dans ces sacrifices, de jeter le fiel de la victime auprès de l'autel, pour rappeler que toute aigreur devait être bannie du mariage ^.
Métellus avait fait à sa fille des présents de noces *^, lui avait donné un trousseau ", des perles, des pierreries'^, des parures '^ C'était un acte de sa générosité; mais les conventions '* inscrites sur les tablettes du mariage'^ portaient que Métella serait dotée d'un million de sesterces (") (dot ordinaire des enfants de bonne maison "), acquittés en trois paiements '^, dont le premier aurait lieu le jour même du mariage'*. En sortant du sacrarmmlesdeux familles rentrèrent dans les û?c^'^ avec les dix témoins et un augure ^°, pour s'occuper de cette affaire importante; je dis importante, parce qu'en jetant les yeux sur les suites du mariage, on ne peut s'empêcher de mettre les biens au nombre des choses nécessaires à sa félicité ^'.
La foule s'écoula lentement. Je la suivis en gagnant le haut de la Voie Sacrée, et je descendais sur le Forum lorsque je rencontrai près de l'Arc de Fabius une nombreuse procession qui se rendait au tribunal du Préteur : c'étaient deux familles plébéiennes qui allaient s'allier en unissant un jeune homme et une jeune fille condui;s en tête de la bande.
Le mariage plébéien est un achat, une coemption, c'est ainsi qu'on le nomme. Le mari achète sa femme qui, légalement parlant, devient son esclave^-. Elle est vendue par son père ou son tuteur ^*, en présence du magistrat, de cinq témoins, citoyens Romains pubères, et
• liane milii in manum dal. Terent. Andri. I, 6, v. CO. = 2 Cum sarris el solpnnibus verbis. C.aii I, .§ 112. — l'Ipian. lit. 9. = 3 d. Halir. II, 23. =* iMarrob. Salurn. III, 12. — Piul. Coiijii!;. pi.eci'pl. p. 3ô.">. — Paul. ap. Tcsl. \. CinxiiP. = s ^ci v. in Georcr. I, v. 341. = '• Panis faticu*. (Jaii. — l'Ipian. /AiV/. — Serv. in fieoip. I, v. 51. = ■' .\o\ac nu[iiœ fai-n'iim piaefi-ii'banl. Piin. Wlli, 5. =• 8 lln'd. — Serv. in Gi-org. I, V. 5l.=9I>lul. Conjuf;. piserepl. p. 533. = "> Tar. Ann. XVI, 31. = H Vesles. = lîPlin. V, Kp. 16.= 'i Tac. Mor. Germ 18. = '* Convcnife. Paul. ap. Tesl. h. v. = is Juv. S. 2, V. 119: S. 6, V. 200. = >« Tar. Ann. II. .")7. -Scnec. Consol. ad Mclv. 12. - Juv. S. 10, V. 53.Ï. = 1" CiP. ad Allie. M, 23, 2."). = 'S Juv. //w,/. — Suel. Ciaud 26. = '9 ConjeetUfC. = ^'> Juv. Ihid. v. 536. —Sud. Ihid. = 2i pijn. i, i:p. 14.= " Serv. in Georg. 1, v. 51. = 23 de. pio Flacc. 34. («) 263,640 fr.
(lu peseur de monnaie, qui figure dans toutes les ventes '. Ici la vente étant pnrement symbolique, le prix de la femme vendue n'est que d'un as- ("). Par une singularité dont j'ignore l'origine, cet as est fourni par la femme ' , de sorte que c'est elle réellement qui achète son mari.
Mais voici les familles rangées devant le tribunal du Préteur. La première formalité est un acquiescement mutuel des parties : il est nécessaire pour les fiançailles, à plus forte raison l' est-il pour le mariage*. — «Femme, dit l'homme, veux-tu être ma mère de famille? — Je le veux, répondit-elle. » Puis interrogeant l'homme à son tour : « Homme, veux-tu èlre mon père de famille? » Même réponse affirmative ^. Remarque ce mot famille, qui rappelle l'esclavage : la patricienne est matrone ; la plébéienne, mère de famille.
Afin de rappeler à la jeune fille la dépendance nouvelle où elle entrait, un des assistants lui sépara légèrement les cheveux avec un javelot dont il lui promena six fois la pointe sur la tête ^.
Quelques jeunes gens s'approchèrent ensuite de la femme, l'enlevèrent comme de force, et la portèrent jusqu'à la maison de son mari, dans laquelle ils la déposèrent, sans que ses pieds eussent touché le seuil \ Cette violence simulée, accomplie en présence des familles qui escortaient les ravisseurs, en criant de temps en temps talassius ! talassius * / a pour butde rappeler l'enlèvement des Sabinos ^ et l'origine des mariages plébéiens. Talassius fut un jeune Romain qui, dans cet enlèvement, eut une belle fille avec laquelle il fut parfaitement heureux, et son nom est rappelé en signe de bon présage'".
Avant d'arriver à la maison conjugale, on s'arrêta, au premier carrefour où l'on passa, devant un de ces petits laraires en plein veni qu'on trouve fréquemment dans ces endroits; la jeune femme tira d'une bourse qu'elle portait avec elle un as qu'elle offrit à ces petits dieux publics ", et la procession continua sa marche.
La femme mariée par coemption n'a point le culte des Pénates de son mari, qui sont honorés dans la partie la plus secrète de la maison ; placée par son union dans la condition légale des esclaves, elle
» Libripens. Gaii, I, § 113.— Serv. in .^iiieiil. IV, v. 103.— Lellie XXU, t. I, p. Hii. = * Serv. /6î'd. = 3 Boët. in Cic. Topic. lib. M, p. 299.— Non. Marcel!, v. Nubcnlts. = * Conjecture. = s Boël. in Cic. Topic. Ibid. = ^ 0\\ Kast. Il, v. 588. — Paul. ap. Fest. V. Celibari. = 7 Plut. Quœst. rom. p. 98.— Serv. in /Eneid. Il, v. 468. = » IMul. Pomp. 4. —Mari. XII, i-2. = » Fest. v. llapi. = i» Plul. /i'rf. ; Ilomul. 15. — Fcsi. >. Talassionem. = " Boët. in Cic. Topic. Ibid. — Non. Marcel!, v. Nubenles. {") 6 centimes.
LETTRE LVUI. 9
n'a droit d honorer que les Lares publics, dieux protecteurs des esclaves *. Elle doit cependant une offrande au Lare du foyer; c'est encore un as que, par une coutume assez bizarre, elle apporte dans sa chaussure, le jour de son mariage ^ peut-êtie pour signifier qu'il doit la protéger dans ses démarches.
Telles sont les formalités du mariage plébéien. Mais le mariage patricien n'est pas terminé par les cérémonies de la confarréation; il y a encore la conduite de l'épouse chez l'époux. Mamurra vint me chercher de nouveau pour assisteràcette dernière cérémonie. En descendant par le Tuscus viens il m'arrêta devant une maison décorée de guirlandes de verdure et de fleurs, et dont la porte était ornée de tenturesblanches : «C'est ici, me dit-il, que Fabius demeure ^ Entrons : il fautquejevous fasse connaître la disposition d'une maison où sont attendus de nouveaux mariés. Vous voyez d'ici, me dit Mamurra, dès que nous eûmes franchi le seuil, vous voyez d'ici, en fijce même de ce couloir qui conduit de la voie publique dans l'atrium *, la chambre nuptiale : c'est le tahlinum, qui sert à cet usage ce jour-là *. » En effet, il était occupé par un lit superbe, dressé sur une estrade ornée d'ivoire, couvert de tapis brochés d'or^ et abrité sous des voiles de pourpre tyrieime * disposés en forme de tente \ Il y avait autour du lit six statues de dieux et de déesses qui président à l'hymen ^.
Il était presque nuit lorsque nous arrivâmes chez le père de Métella, et la foule des parents se préparait à conduire la nouvelle épouse au domicile du mariage^ Métellus avait envoyé cinq afi'ranchis chez les édiles, pour y allumer cinq torches'" nuptiales" qui devaient être portées devant sa fille. Les édiles veillent au maintien des mœurs; c'est encore en signe de bon présage qu'on va chez ces magistrats allumer les flambeaux de l'hymen '^ Ces flambeaux arrivèrent et l'on se disposa à partir. Trois enfants s'avancèrent vers la jeune mariée, qui se réfugia dans les bras de sa mère, d'où ils feignirent de l'arracher de force ". Tous trois étaient patrimes '*, c'est-à-dire issus de mariages patriciens '^ avaient encore leur père et leur mère**, et
• Guérard, Droit privé des Romains, c. VIII, p. 182. = 2 Boët. in Cic. Topic. lib. II, p. 299. — Non. Marcel!, v. Nubenifs. = ' Lucan. II, v. 334.— Juv. S. 6, v. 51, 79, 227. = * Proport. IV, 11, V. 81. — Ilor. I, Ep. 1, v. 87. — Ascon. in Mile. p. 193. = S Lucan. II, V. 336. = ^ Calul. 57, v. 236. — Juv. S. 10, v 534. = ■? Serv. in .-Eneid. I, v. 701. = 8 S. Aug. de Civil. Dci, VI, 9.— Terlul. ad Nal. Il, 11.— Arnob. Advers. «entes, IV, p. 131, 133.= 9 Domirilium malrimonii. Digest. XXIII, til. 2, ieg. 5.= !•> Plul. QuiESt. rom. p 71.= H Cic. pro Ciuenl. 6. — Tac. Ann. XV, 37.— V. Max. V||, 1, 1. = 12 JJiissoD. de Kit. nupt. p. 57, = '^ Calul. 37, v. 19, 121.— Fesl. v. Kapi.= "Fesl. v. Palrimi. ^ "> Tac. Ann. IV, 16, — Hcincc. Sjntap. antiq. rom. I, X, .%. = 16 pest. v. Flaminia.
portaient la toge prétexte de leur âge : c'était le même costume que la mariée*. Deux prirent Mélella chacun par une main, et le troisième se plaça devant elle avec une torche d'épine blanche ^ bois qui préserve des maléfices ^ Derrière, se rangèrent une esclave et un jeune camtV/e* : la première portait une quenouille garnie de laine, avec son fuseau^; le second, une corbeille d'osier dans laquelle se trouvaient les ustensiles de travail de la jeune femme^
Les statues de quatre divinités protectrices des mariages , portées sur des brancards, ouvraient la marche : c'étaient Jugatinus, dieu du joug; Domiducus, qui préside à la marche de la femme vers la maison de son mari ; Domicius, qui doit la faire entrer dans la maison; et Manturna, déesse par la protection de laquelle elle demeurera avec son mari''. Tu reconnais là fesprit religieux des anciens temps, et la fidélité des Romains à garder leurs usages.
Le cortège s'avançait à la lueur d'une multitude de flambeaux* en bois de sapin*. La procession fut bruyante, et animée par des chants fescennins*'^, plaisanteries obscènes que, par un usage assez singulier, les enfants faisaient retentir aux oreilles de la jeune épouse". Il y avait aussi une exclamation symbolique, comme dans le mariage plébéien : on criait, non pas talassiiis, qui réveille des idées de rapt et d'esclavage, mais talassio, vieux mol signifiant quenouille, afin de rappeler à l'épouse ses devoirs de fileuse dans la maison de son mari'^ *. Les femmes accompagnaient ce cri d'un battement de mains léger et cadencé ".
Aussitôt que le cortège fut arrivé à la maison nuptiale, Fabius se plaça devant la porte, et.s'adressant à Métella: « Qui êtes-vous, lui dit-il? — Là où vous serez Caïus, lui répondit-elle fièrement, je serai Caïa '*, » déclarant ainsi qu'elle comptait vivre avec son mari sur le pied (fégalité '% et, en même temps, qu'elle remplirait avec exaclitudo les devoirs de maîtresse de maison, comme la belle-fille de Tarquin, Ca'ia Caecilia, dont le nom est resté synonyme de ménagère laborieuse **. Après celte déclaration fun ôes patfimes lui présenta
> Camillus. Varr. L. L. VU, g 34.— Plin. VIII, i8. = ^ Fesl. Ov. Paltimi.=3 Ov. FasI. VI. V. 129. — Plin. XVI, 18. = ^Spiv. in .'Eneid. XI, v. 650. = ^ Plin. Vill, 48.-PIiil. Quaesl. lom. p. 101. =6Cunieium. Vair. Ihnl. =^ S. Aug. de Civ. Dci, VI, 9.= 8 cje. pio Lluodl. .ï.— I;ip. Ann. W, 57. — V. Max. VII, 1, i. — t'.alnl. 57, v. 14-2. — Virg. ErIo. 8, V. 29. = 9()v. Kasi. II. v. .536.— Viig. Ciiis, v. 439. = '0 Calul. 57, v. 101.— Plin. W, 22 =: " Suel. Vespas. 22. — Fesl. v. Pialcxluni. = '* Fesl. v. Tala<sionem. — l'Iul, Komul. 13. = 13 Pciion. 26. = '* Uiiinl. Iiislil. oial. I, 7. — V. Max. X, in fin. — Fesl. V. Gaïa. — Plut. (,'u»sl. rom. p. 99. = >B Plul. Ibid. = •« Ibid.— W Max. X, in fin. — Fesl. v. Gaïa.
LETTRE LVIU. U
une torche de pin enflammée ' et de l'eau *, en l'engageant à y porter la main : c'était pour la purifier, ou plutôt pour lui annoncer que désormais elle jouirait en communauté avec son mari du feu et de l'eau, c'est-à-dire de la vie ^ Métella attacha des bandelettes de laine blanche à la porte *, nouvelle manière d'indiquer qu'elle serait bonne fileuse^ et en frotta les jambages avec de la graisse de porc et de loup, pour écarter les maléfices ^. C'est de cette onction que la femme mariée a été appelée uxor, épouse, corruption de unxor, du verbe ungere, oindre''*.
Lorsqu'il fallut entrer dans la maison les compagnes de Métella la soulevèrent pour lui faire passer la porte'; on eût regardé comme une profanation^ que ses pieds touchassent le seuil, qui est consacré à Vesta, déesse de la virginité '".
Le mari eut aussi h remplir à son tour une formalité symbolique: il jeta des noix aux enfants" *, comme pour déclarer qu'il renonçait aux futilités et ne songerait plus désormais qu'aux graves devoirs du père de famille '^.
Aussitôt que Métella eut pénétré dans Yatrium, on la fit asseoir sur une toison de laine, autre manière de lui rappeler qu'elle devra filer pour son époux '^ ; on lui présenta une clef, symbole de l'administration intérieure qui allait lui être confiée '*, et Fabius lui offrit, dans un plat, quelques pièces de monnaie d'or, comme prix de la première nuit nuptiale '*.
Il y eut ensuite un souper splendide '®, où les matrones prirent place sur les lits à côté des hommes '^ Celles qui n'avaient été mariées qu'une fois portaient une couronne de fleurs blanches '^, et le soir, les plus âgées d'entre elles conduisirent Métella au lit nuptial ". Dès qu'elles l'eurent introduite dans le tablinum, dont les voiles se fermèrent sur elles -", un chœur de jeunes garçons et de jeunes filles-' fil retentir le chant suivant, qu'accompagnait un concert de fiùtes -- :
1 Varr. L. L. V, g 61.— Non. Marcoll. v. Fax.= « Varr. Ihid.—Ser\. in ^.neid. IV, V. 167. = * l'Iiii. Qu'TSi. rom. p. 70. — Paul. ap. l'psi. v. Farem. = * Plin. X\1X, 2.— Plut. Ibiil. p. 102. = 3 S(>rv. in .ïtieid. IV, v. i."8. = ^ piin. XXVUI, 9. =^ Sciv. Ihid. — Hoiiat. in 'lirptit. lieryr. I, 2, v. 60. = * |>|i,t. Homul. 1,^; Ourcsl. rom. 98.= » Plaut. Casin. IV, 4, v. 1. — Lucan. II, v. 3.*)9. = '0 Sfiv. in Virj:. liglo. 8, v. 50; in ^neul. Il, V. 468. =" Scrv. in F-glo. /AiVi. — talui. 57, v. 196. — Fcsi. v. Nuces. = '2 Scrv. in Fglo. Ihid. — l'ers. S. 1, v. 10. = '^ Paul. ap. Fisl. v. in Pelle. — Plul. Oiiœsl. rom. p. 102. = ^ Cir. Pliilipp. II. 28. = i» Juv. S. 0, v. 204 = "^ Plaul. Cu ful. V, 2, V. 61. — Cic. ail Q. Frai. Il, 5. — Juv. S. 6, v. 202, — Siu'l. Calig. 25.= " V. .Max. VllI, 13, 6. — l.uran. II, v. 543. — Mari. I, 45, etc. = '8 V. Max. Il, 1, 3. = l'Caiiil. 57, V. 231. — Fesl. v. Pronubie. = 20 Conjecture. = ^i Calul. Ibid. passim. = " Plaut. Aului. Il, 3, V. 2 el 15.
i2 ROME AU SIÈCLE D'AUGUSTE.
« Habitant de la colline Hélicon, fils de Vénus-Uranie, toi qui en- « traînes vers un époux la tendre vierge, dieu d'hy menée, Hymen, « Hymen, dieu d'hyménée,
« Ceins ton front des fleurs de lu marjolaine odorante ; prends le « voile nuptial. Viens ici, aimable dieu ; accours, portant un jaune « brodequin à ton pied blanc comme la neige.
a Animé par ce jour d'allégresse, mêle la voix argentine à nos « chants d'hyménée ; que ton pied léger frappe la terre, et que la « main agite le pin enflammé.
« Appelle en cette demeure ceUe qui doit y régner. Qu'elle désire « son nouvel époux, et que l'amour enchaîne son ame, comme le (S lierre enlace l'orme de ses replis errants.
Les Garçons seuls. « Et vous aussi, chastes vierges, qui verrez « naître pour vous un pareil jour, répétez en cadence : Dieu d'hy- « menée, Hymen, Hymen, dieu d'hyménée ^ »
Bientôt les matrones sortirent, l'époux fut introduit auprès de l'épouse pendant que les chants continuaient. Tout-à-coup les portes de l'atrium sont ouvertes, les voiles du tablinurn tirés, et l'on aperçoit Fabius auprès de Métella. Mais presque au même instant, après cette preuve publique du mariage, les voiles retombent*, les chants cessent, et tout le monde se retire en silence.
Le mariage est un contrat par lequel un homme et une femme se donnent mutuellement leur foi et s'engagent à vivre perpétuellement ensemble ; les noces sont ce même contrat revêtu des formes prescrites par les lois religieuses. La femme acquiert par les noces le titre d'épouse, uxor ; par le mariage elle n'a que celui de moitié, mulier ^ : la confarréaiion est un mariage avec noces, la coemption est un simple mariage. J'ai voulu te faire connaître ces deux modes d'union conjugale en usage chez les Romains, mais non pas en vigueur, car celui par confarréation, bien que le plus respectable, est presque tombé en désuétude ^ C'est le plus avantageux pour les femmes : une épouse confarrée participe au culte religieux particulier à la race de son mari* ; elle est toujours sous le pouvoir de son père, mais elle est libre vis-à-vis de son époux. Les enfants qui naissent de son mariage jouissent de certains privilèges, on les em-
' Catul. 57. V. 66.= 2 Bouchaud, Comment, sur la loi des XU Tables, t. 1, p. 61» = 3 Hlin. XVUI, 3. — D. Ilalir. M, 25. - Seiv. in Georg. 1, v. 3t. = * DiRost. XXIIltil. 2, leg. i.
ploie dans les cérémonies religieuses parce qu'il sont patrimes \ et c'est parmi eux qu'on choisit les flamines* et les vestales ^
Si la confarréalion est avantageuse pour les femmes, elle a des inconvénients pour les hommes, qu'elle prive du pouvoir conjugal, et souvent du pouvoir paternel ; en eifet, les pères perdent tonte autorité sur leurs fils devenus flamines, et sur leurs filles qui épousent un de ces pontifes*. Aujourd'hui que l'esprit religieux est nul, on évite la confarréalion pour échapper à ses conséquences, et ce mode de mariage n'est plus guère pratiqué que dans les familles sacerdotales, qui fournissent les grands flamines, dont on exige cette pureté d'origine ^
Mais cet antique mariage religieux n'a pu lutter complètement contre les mœurs; il a dû être modifié dans une de ses principales conséquences, l'indépendance de la femme. Celte modification est une loi sous la forme d'une exception, car rien n'est changé à l'ancien usage si l'on n'en fait la convention expresse au moment du sacrifice; maisjamais on n'y manque. Alors la femme confarrée tombe sous la main de son époux, ainsi que disent les jurisconsultes * ; elle devient sa fille '^, comme si elle avait été mancipée (le pouvoir sur les enfants étant le même que celui sur les esclaves), et elle cesse d'appartenir à sa famille consanguine. En revanche, son nouvel état la rend apte à hériter de son mari, et s'il y a des enfants, elle a droit à une part égale de l'héritage *, comme enfant elle-même *, car elle en porte réellement le nom ; on dit la Métella de Fabius, la Terentia de Cicéron, elc ^
Cette condition lui crée une deuxième servitude, celle de son beaupère, qui légalement devient son aïeul, et à ce titre acquiert la puissance sur elle "*.
La dérogation à la dignité de patricienne ne lui fait rien perdre de sa considération; elle gardele titre de »m^ro/ie, affecté aux femmes mariées par confarréalion, tandis que celles mariées par coemption ne sont appelées que mères de famille ", c'est-à-dire, suivant la rigueur du terme, mères (fesclaves. C'est son titre irrévocable, qu'elle ait ou qu'elle n'ait pas d'enfants.
» Cic. de Arusp. respons. 11. — Tit.-Liv. XXXVU, S. — Tac. Hisl. IV, 53. — Sei v. in Georg. I, V. 51. =îTac. Ann. IV, 16 = 3 a. Gell. I, 12. = *Tar. Ibid.= ^ Ibid.— Gaii, 1,§ 112. — Boël. in Cir. Topir. lib. U, p. 299. = « in manum ronvenil. Gaii, Ibid. — l'Ipian. lil. 9. = " Filiae locum oplinebat. Gaii, l, § 111. = 8 d. Halle. Il, 23. = 9 Cic. Brut. 60. — V. Max. VIU, 13, 6. - Lucan. il, v. 3i3.— .Mart. 1,43, elc. = 10 Poleslas. Llpian. til. 22 g 14. :rzn r.ir. Topic. 3. —A. Geli. XVUI, 6. — Botn. in Cir. Topic. lib. II, p. 299.
La modification relative à l'état de la femme dans le mariage patricien fut inspirée par ime disposition de la loi des XII Tables en vertu de laquelle toute femme confarrée tombait sous la puissance de son mari quand elle avait babilé avec lui une année entière, sans coucher trois nuits hors du domicile conjugal. Cette cohabitation annale était appelée usage '. Depuis, on trouva plus simple de fixer immédiatement la position de f épouse*. L'usage ne fut pas aboli, mais l'on imagina de l'appliquer à des unions conclues sans aucune formalité ni civile, ni religieuse, et simplement en présence de témoins "^ '. Une fois Tannée révolue, ce mariage produit le même effet que la coemption. On fa inventé particulièrement pour les prolétaires, afin de propager la race citoyenne, qui diminue de jour en jour, et ne peut naître que dans les unions légitimes. 11 ne faut pas moins que cette facilité pour engager au mariage une plèbe insouciante, qui, logeant dans un grenier, avec un lit pour tous meubles^, et n'économisant pas même sur ses besoins de quoi acheter une toge *, se soumettrait difficilement, pour le bien de la république, à acheter une femme, quoique cette dernière acquisition soit beaucoup moins chère que l'autre.
1 Gaii, I, g; 111.— A. Gell. 111, 2.— Serv. in Georg. I, v. 31. — Macrob. Satur. l, 5. s» * Serv. Ibid. = 3 Hor. I, Ep. 1, v. 91. = * Leure X, t. I, p. 292.
LETTRE LTX.