‹ Rome & BerlinChapitre 10 sur 105 · MOBILISATION ITALIENNE · texte numérisé non relu

MOBILISATION ITALIENNE

ment de cavalerie de Lucques et an régiment d'infanterie devaient protéger Livourne et son littoral.

Le 1X« corps allait se concentrer à Romo, détachant un régiment de cavalerie à Grosseto et un régiment d'infanterie à Civita-Vecchia. En revanche, deux des quatre régiments de la brigade de cavalerie de Caserte seraient poussés au nord sur le littoral du territoire romain, les deux autres observant celui de la Campanie. Le X* corps, rassemblé à Nàples, pourvoirait par des détachements à la défense des golfes de Gaëte et de Salerne. Le XI* corps, forcément coupé en deux, arriverait à peine à protéger Tarente, Brindisi, Otrante et Bari, avec sa première division, Reggio, Catanzaro et Cosenza avec sa deuxième. Le VIP corps, lui aussi distribué sur un. très vaste territoire, devait, aussitôt formé, avoir une division à Ancône-Pesaro, une brigade à Chieti, une autre à Foggia, nœud de chemins de fer du haut Napolitain, avec un détachement à Manfredonia, point de débarquement connu.

Le V corps concentrait ses divisions à Vérone et à Padoue- Venise ; Tatlitude indécise de PAutriche, que les événements de Bulgarie avaient beaucoup refroidie pour la triple alliance, ne permettait pas au gouvernement italien de dégarnir complètement sa frontière du Nord-Est.

Enfin les troupes du gouvernement de Sardaigne se concentraient à Gagliari et à Ozieri, considéré comme le réduit de la défense de Tîle ; elles devaient faire un détachement à Terranova (côte Nord-Est) par où se font les communications d'Ozieri avec la Maddalena.

Le ministre de la guerre espérait avoir les corps de la haute Italie prêts à marcher au bout de 15 jours ; la con» centration de ceux de l'Italie centrale exigeait 18 jours; quant aux XP, XIP et VIP corps, les difficultés particu-

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lières des communications autant que le c particularisme » et Tapathie des populations ne permettaient pas de compter avant trois semaines sur un concours effectif.

Le plan de mobilisation de la flotte italienne prévoyait la formation de 3 divisions et de plusieurs escadres légères : la première division, réunie à Spezia, se composerait de 4 cuirassés d'escadre, dont le Duilio^ de 4 croiseurs ou avisos rapides, d'un transport et de 10 torpilleurs. La deuxième division devait occuper la Maddalena avec 2 cuirassés d'escadre, le Dandolo et VAffondatore, 1 croiseur, 1 transport et 10 torpilleurs. La troisième, armée à Castellamare, était destinée à renforcer éventuellement Tune ou l'autre des deux premières : c'étaient les deux grands cuirassés Italia et Lepanto qui en faisaient le fond ; deux avisos torpilleurs et les trois torpilleurs de haute mer disponibles leur étaient adjoints.

On réservait à cette escadre le rôle de division mobile, acceptant ou refusant le combat à son gré ; armée à Naples, elle était justement au centre de la mer Tyrrhénienne, à peu près à égale distance (200 milles ou 220 milles) du canal de l'île d'Elbe, des bouches de Bonifacio, de Marsala et du détroit de Messine.

En outre, un des vieux cuirassés d'escadre et les 4 cuirassés de 3* classe, quelques canonnières, quelques croiseurs de types anciens et une vingtaine de torpilleurs devaient composer les défenses mobiles de Gênes, Livourne, Gaëte, Naples, Palerme, Messine, Tarente et Ancône.

Enûn deux croiseurs rapides et deux torpilleurs étaient détachés, le lendemain même de la déclaration de guerre, dans le canal qui sépare la Corse de la Ligurie.

Ces mesures étaient parfaitement rationnelles dans leur

ARMEMENTS MARITIMES DE l'iTALIE. 23

ensemble : elles auraient pu sufBre aux exigences du premier moment si Tarmement des trois principales divisions avait été plus rapide ; mais, malgré tous les efforts du ministre, le port de Spezia, sur qui retombait le gros de la besogne, se déclarait débordé ; il fallait faire passer brusquement 12 ou 15 navires, dont 6 du premier rang, de la position de réseiTe à celle de Tarmement complet, avec effectif du temps de guerre ; il fallait constituer la défense mobile, dont il n'existait qu'un noyau, compléter l'armement des forts, les pourvoir d'un personnel exercé au maniement des nouvelles pièces, installer les officiers et les matelots de la réserve dans leur service des observations et des postes d'inflammation des torpilles de fond, où ils se montraient entièrement neufs... Le recrutement des équipages el surtout des mécaniciens se faisait avec lenteur; on doutait qu'avant 12 jours les deux divisions de Spezia et de la Maddalena fussent,' non pas prêtes au combat, mais capables de prendre la mer. En attendant on n'avait sous la main que le Duilio et le Dandolo, armés en permanence, mais qui étaient justement au bassin, leurs carènes exigeant un nettoyage à fond. Le 2 avril, cependant, le Dandolo avait pu partir pour la Maddalena avec le Flavio-Gioja, croiseur rapide, et 2 torpilleurs. Le même jour, le Dtiilio sortait du port et embarquait ses poudres ; VAncona et la Maria-Pia, cuirassés d'escadre , tenus en rade avec un demi-effectif, pouvaient être considérés comme disponibles, ainsi que le croiseur Cristoforo- Colombo et l'aviso rapide Barberigo.

4 torpilleurs de la défense mobile croisaient à quelques milles au large de Tino.

A Castellamare, on se trouvait aux prises avec de plus grandes difficultés encore , cet arsenal, destiné à être trans-

féré dans un avenir prochain à Tarante, n'ayant plus ses approvisionnements et ses équipes d'ouvriers au complet.

Cependant, comme le Lepanto, terminant ses essais, ne demandait que des travaux insignifiants, toute l'activité du personnel se portait sur 17to /m, donton venait de réparer les chaudières et la machine. Toutefois, la division mobile ne serait prête à marcher que vers le 6 avril.

A Venise, on armait avec la plus grande célérité 4 croiseurs, 2 avisos, destinés à la divison mobile, et un bon nombre de torpilleurs.

Examinons maintenant l'attitude et les projets de la flotte française de la Méditerranée.

Le 15 mars, l'escadre d'évolution comprenait : 1** 4 cuirassés d'escadre avec armement complet et tout prêts pour le combat : le Colbert, portant le pavillon du vice-amiral commandant en chef, ÏAmiral-Duperréy le Courbet et la Dévastation, portant le pavillon du contre-amiral.

Ces navires avaient, en janvier et février, terminé quelques réparations et nettoyé leurs carènes.

2^ 4 cuirassés armés avec effectif réduit, mais capables de marcher au bout de deux jours : le Trident, le Richelieu, le Friedland, le Redoutable.

3** Trois éclaireurs d'escadre: le Milan^ le Condor et le Faucon (ces deux derniers appartenant à la catégorie des croiseurs-torpilleurs).

4** Deux torpilleurs de haute'mer et un aviso-torpilleur, la Couleuvrine. En outre, dans le cas d'une offensive rapide dans la Méditerranée, la défense mobile de Toulon pouvait mettre 4 torpilleurs de première classe à la disposition de l'escadre.

Le 27 mars, le grand croiseur rapide S fax, parti de Brest le 21, avait rallié le pavillon du vice-amiral.

COMPOSITION DE l'eSCADRB FRANÇAISE. 25

Le garde-côtes cuirassé Indomptable, récemment détaché de Tescadre, et armé avec effectif réduit, terminait quelques installations destinées à lui permettre de tenir la mer par gros temps sans trop de fatigue : à côté de lui son frère jumeau le Caïman terminait son premier armement ; on ne pouvait compter sur ce navire qu'après quelques semaines d'essais.

Enfin le port de Toulon pouvait armer en 10 jours xmi -certain nombre de navires placés en 2* catégorie de réiserve :

Le cuirassé de 2' classe (cuirassé de station) Triomphante;

Les croiseurs Dupetit-Thouars et Linois;

Les avisos de station Papin, Inconstant;

Les éclaireurs d'escadre Hirondelle et Desaix, et 16 torpilleurs.

La flotte de charge, aisément disponible en 15 jours, se composait de 5 grands transports, du type Mytho, de ^ transports du type Tarn et de 3 transports de matériel.

Dès le 28 mars, au moment où les mauvaises dispositions de l'Allemagne se dévoilaient, Tordre avait été donné •en secret de prendre toutes les dispositions pour que Tescadre f At prête pour toute destination à la mer ; des déta- •chements de marins étaient acheminés de Rochefort et de Brest sur Toulon pour compléter les effectifs des navires placés en 1" catégorie de rade. Le 4* régiment d'infanterie de marine devait préparer un bataillon de 800 hommes, l'artillerie de marine une batterie de canons de montagne ^t l'armement de 6 pièces de 16%, modèle 1870, pour batterie de côte.

Le 31 mars, le vice-amiral commandant l'escadre, qui avait été appelé à Paris, reprenait la direction de son

armée navale ; le 2 avril, tous les navires gui la composaient étaient prêts à prendre la mer, à l'exception du Redoutable, retenu, au dernier moment, par une avarie dans son appareil de changement de marche (mise en train).

Le 2, à 10 heures du matin, les 7 cuirassés restants, les croiseurs et les torpilleurs appareillaient et faisaient route fioxxv le Sud jusqu'à 16 milles de Toulon, la vitesse réglée à 11",5. Vers midi, la route était donnée sur le golfe de Spezia dans Tordre suivant : le croiseur Sfax et 2 torpilleurs de haute mer formant* la pointe d'à vaut-garde, à 15 milles en avant du gros de Tescadre ; le Milan et le Condor à 12 milles sur le flanc gauche, vers les côtes de Provence -, le Faucon à la môme dislance sur le flanc droit, avec Tordre de pousser à la nuit une reconnaissance vers le cap Corse ; la Couleuvrine et deux des quatre torpilleurs de l'* classe formant la jonction entre les éclaireurs et les flanqueurs et le gros de Tarmée navale. Celle-ci naviguait en peloton d'escadre, la première division en tête. Le 7* cuirassé, le Friedland, et les deux derniers torpilleurs constituaient Tarrière-garde à 5 milles en arrière du gros.

Les éclaireurs et les flanqueurs avaient Tordre de se jeter sans hésiter sur les navires similaires de l'ennemi que Ton ne manquerait pas de rencontrer, soit aux atterrages de Corse ou de Provence, soit en avant de Spezia, et de s'efforcer de les enlever. L'amiral comptait beaucoup sur la marche supérieure de son avant-garde et sur la puissance offensive du Sfax.

Cette confiance ne devait pas être trompée : à 2 heures du matin, le 3, Tavant-garde qui naviguait, comme toute l'escadre, les feux de route éteints, se heurtait, à 10 milles de Spezia, à deux torpilleurs italiens placés en grand'gardes.

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ATTAQUE DE 8PBZXA. 27

Ces deux petits navires ptenaient chasse aussitôt et brûlaient des fusées ; à 2 heures 30 minutes ils étaient atteints par les 3 bâtiments français ; une rapide passe d'armes s'engageait alors. Après deux torpilles lancées sans succès contre le S fax, les torpilleurs italiens étaient capturés ; Tun d'eux était armé aussitôt avec des hommes fournis par le croiseur français, Tautre était coulé.

A 3 heures du matin, le gros de l'escadre arrivait sur le lieu de l'escarmouche ; le Milan et le Condor n'étaient pas encore en vue; on croyait entendre le canon dans le Nord, vers Rapallo; le Faucon n'avait rien aperçu de suspect dans les parages du cap Corse.

A 3 heures 15 minutes, un feu blanc et un feu rouge montant au grand mât du Duperre, sur lequel le vice-amiral avait mis son pavillon, indiquaient que le commandant en chef se décidait à entreprendre l'attaque de Spezia en suivant exactement le programme arrêté d'avance en rade de Toulon.

La marche en avant était reprise, cette fois à 12",5, le Richelieu, le Trident, le Colbert et le Friedland développant toute leur puissance ; les bâtiments légers devançaient les cuirassés, mais cette fois à 2 milles seulement.

A 4 heures, au moment où l'aube commençait derrière les hautes cimes de l'Apennin toscan, les 6 torpilleurs, la Couleuvrine et le Faucon s'engageaient résolument dans la passe ouest de la rade de Spezia, longeant la terre le plus possible pour se mettre à l'abri des batteries délia Castagna, Santa-Maria, Varignano et Pezzino ; deux grands canots à vapeur placés dans l'anse de Portovenere avaient été coulés sans coup férir.

Au reste, la surprise de l'ennemi était complète.

Les trois cmvsissés' Duilio, Maria-Pia et Ancona n'avaient

pas leurs feux allumés ; seuls leurs projecteurs électriques fonctionnaient d'une manière très satisfaisante, leur montrant fort bien l'adversaire, mais ne leur fournissant aucun moyen assuré de le repousser. La canonnade commençait, confuse, incertaine, dans la demi-obscurité; leshotchkiss et la mousqueterie des navires italiens faisaient rage, mais sans grand effet sur des ennemis lancés avec des vitesses de 19 à 20 nœuds. A 4 heures 15 minutes, la Maria-Pia et VAncona étaient coulés et le Duilio avait été touché par deux torpilles Whitehead ; ses compartiments étanches le préservaient seuls d'une destruction complète et son capitaine prenait la résolution de profiter, de la brise du Sud qui se levait pour aller s'échouer vers San-Cipriano^ Il était temps, d'ailleurs : déjà la première division de l'escadre française pénétrait dans la baie, le Courbet et V Amiral- Duperré par la passe de l'Ouest, le Colbert et le Friedland par la passe de l'Est ; le Courbet se dirigeait en toute hâte vers le Duilio ; mais, arrêté par la brusque diminution des fonds, le cuirassé français se contentait d'envoyer à l'italien sa bordée de 34% et de 27% et, tournant court avec ses deux hélices, enfonçait son éperon dans les flancs du grand croiseur Savoïa, qui coulait aussitôt.

Le spectacle qu'offrait alors le golfe de Spezia était à la fois lugubre et imposant. Le jour, un jour sombre sous un ciel couvert de nuages, se faisait peu à peu ;la canonnade était intense et ses éclats étaient répercutés en longs roulements par les gorges de l'Apennin ; la mer se couvrait de débris de mâtures, d'embarcations à demi pleines d'eau où des malheureux cherchaient à se cramponner, mêlant leurs cris au crépitement de la fusillade et des mitrailleuses.

Déjà les torpilleurs et les avisos, leur terrible mission

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