I. Allemagne
Depuis longtemps rAllemagne sentait qu'il manquait à sa puissance Tunilé géographique de son littoi-al. La guerre de 1864, qui lui avait donné Kiel, n'avait pas ouvert toutes grandes les portes de la Baltique : c Tant qu'il y aura, di- « saient ses publicistes, une nation danoise détenant, avec « l'extrémité de la péninsule Cimbrique, le groupe d'îles « qui ferme notre mer intérieure, la marine allemande « sera coupée en deux tronçons et notre littoral restera < exposé à de dangereuses entreprises. » Sans doute le grand canal maritime, perçant l'isthme du Schleswig, devait remédier en partie à ces inconvénients : Les forces navales de l'Allemagne pouvaient ainsi se masser dans celle des deux mers où l'ennemi prononcerait son attaque. Mais ce canal n'était pas encore achevé, et celui qui existe déjà depuis plusieurs années entre la baie de Kiel et l'embouchure de l'Eider ne servit, pendant toutes les opéra-
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lions, qu'au passage de quelques torpilleurs, de quelques avisos légers.
11 semble d'ailleurs que la nature ait voulu imposer à la marine allemande une invariable distribution de ses forces, en donnant aux deux mers qui la baignent des caractères hydrographiques fort différents.
Une chaîne d'îles basses masquant les embouchures de trois fleuves, TEms, le Weser, TElbe; des fonds variables et qui exigent une étude continue, de fortes marées, des i^ourants violents, tels sont les obstacles naturels qui rendent si difficile l'accès des côtes de la mer du Nord pour une armée navale privée de bons pilotes, et qui favorisent par conséquent Isl défensive active. Seul l'estuaire de l'Elbe eerait navigable sans trop de dangers pour une grande flottille : il s'enfonce profondément dans les terres et conduit jusqu'à Hambourg les navires calant moins de 6 mètres.
Sur la rive ouest de la baie de la Jahde qui s'ouvre dans le large estuaire du Weser, est creusé le port de Wilhelmshaven, base d'opérations et refuge assuré des forces navales allemandes dans la mer du Nord.
En 1870, le bruit courut que l'escadre française, après avoir franchi de haute lutte les passes de l'île de Wangeroog, avait bombardé et ruiné le nouvel arsenal de la jeune marine allemande. L'entreprise était déjà difficile et hasardeuse à cette époque : aujourd'hui elle eât été insensée, f^l nos amiraux se sont estimés heureux de pouvoir tenir eu échec la puissante escadre mouillée sous les canons des forts de Rûstersiel et de Heppens. L'entrée du Weser, Tac ces des ports de Brème et de Bremerhaven, sont aussi parfaitement défendus par les batteries cuirassées ^ de
1. Cuirasse en fonte dure de Gruson (80% et i mètre d'épaisseur à la base des totiasoirs).