FRANÇAIS ET DANOIS
Opérations maritimes dans le Nord. — Départ de Tescadre de la Manche pour bloquer Wilhelmshaven et observer le 8kager-Rack.
— Préparatifs de la France pour une descente sur les côtes de la mer Baltique. — Attitude hésitante du Danemark. — Négociations.
— Invasion du Jutland par le 1X« corps allemand. — Conclusion de l'ailiance franco-danoise.
Lorsque la guerre fut déclarée, l^eSl mars, les forces navales dont la France pouvait disposer immédiatement dans le Nord se composaient : Vd.e la, division de la Manche, forte de trois cuirassés d'escadre d'un type relativement ancien, ÏOcéan, le Marengo et le Suffren, d'un grand croiseur, le Duguay-Trouin, de deux avisos- torpilleurs, la Flèche et la Dragonne, et de deux torpilleurs de haute mer ;
2° D'un certain nombre de navires de combat placés dans la position de réserve 1'* catégorie, c'est-à-dire prêts à marcher en 48 heures : les cuirassés de 2* classe Diiguesclin et Bayard, les cuirassés garde-côtes Terrible et Furieux, le croiseur de 1'* classe Duhourdieu et quelques avisos, torpilleurs ou autres navires légers.
Dès le 1" avril, de grand matin, la division de la Manche appareillait avec l'ordre de bloquer étroitement l'entrée de la baie de la Jahde, de surveiller les embouchures du Weser et de l'Elbe, ainsi que la tête du canal de l'Eider, enfin d'observer le Skager-Rack.
Cette mission, évidemment très lourde, exigeait l'adjonction, à la division de la Manche, d'un grand nombre
l'armée de la BALTIQUE. 147
de navires légers. L'activité des ports de TOcéan fut donc concentrée sur Tarmement des croiseurs, avisos, avisostorpilleurs placés en 2* catégorie de réserve ou en essais»
Le 4 avril au matin, le Duguesclin et le Dubourdieu, accompagnés de deux torpilleurs de 1"* classe, appareillaient à leur tour pour la mer du Nord. Le 5, le Dayard suivait la même destination.
Le Terrible et le Furieux étaient portés, avec 4 torpilleurs, à Dunkerque, où ils devaient surveiller le Pas-de- Calais et former le noyau d'une division spéciale de gardecôtes offensifs qu'on se proposait d'employer plus tard dans les eaux de la mer Baltique.
Le plan général du gouvernement français était de constituer à loisir une armée navale composée autant que possible de navires à faible tirant d'eau, de petits transports, de paquebots de tonnage médiocre, de remorqueurs, de grands chalans à vapeur, en un mot une flotte capable de pénétrer assez avant dans les eaux intérieures de l'Allemagne et d'y transporter une armée expéditionnaire sérieuse.
J'ai dit : à loisir. C'est qu'en effet la réunion de cette flotte, dont les éléments étaient, au commencement d'avril, fort dispersés, devait exiger au moins 6 ou 7 semaines, avec un déploiement d'activité considérable dans les quatre ports.
L'armée qui devait prendre passage sur cette flotte se composait, en principe, de : un corps de l'armée active, le 10% qui serait prêt à s'embarquer le 14 ou 15 avril, soit à Brest, soit à Cherbourg, soit à Lorient, et dont on comptait utiliser immédiatement une partie, l'infanterie au moins, pour montrer aux Danois l'uniforme de nos troupes, pour les convaincre que nos promesses de secours, en cas d'alliance, ne seraient pas un leurre, comme en 1870.
tiê ROME ET BERLIN.
Vi\t division d'infanterie de marine qu'on espérait pouvoir conslituer eu dédoublant les deux premiers régiments de l'arme, et dont Tartillerie (4 batteries) serait fournie par le régiment d*artillerie de marine à Lorient; enfin on comptait obtenir des Chambres et du patriotisme des popiîlaLiODs de TOuest Tautorisation de disposer d'une division du 10' corps de Tarmée territoriale; on ne doutait pas que dans quelques semaines Torganisation de ces troupeBj recrutées dans la vaillante et docile Bretagne, ne fût arrivée à un point suffisant pour qu'on pût les employer aux opérations actives, où d'ailleurs elles serviraient de >VAV riï ; il semblait enfin que, familiarisés dans une certaine mesure avec la mer, les Bretons accepteraient sans répugnance de prendre passage sur de petits navires, et d'essayer les bourrasques des mers du nord de l'Europe.
Une ditïicallé se présentait cependant: en cas d'avantages marqués des armées allemandes, au début de la guerre, Topinion n'exigerait-elle pas que les troupes destinées à Texpédition fussent envoyées à la frontière de TEBt?
C^eFt ^.■e qui était arrivé en 1870 pour le 12^ corps, et le sacrifice avait été inutile. Le ministre de la guerre et son collègue de la marine, convaincus de la puissance d'une diversion exécutée de concert avec l'armée danoise sur des côtes qui touclient au cœur de l'empire allemand, se promirent de résister à toute pression tendant à faire avorter le projet de descente : d'ailleurs on comptait, non sans raison, sur la valeur de nos lignes de défense, fortifiées avec un soin minutieux depuis quinze ans, et Ton estimait que la résistance de nos armées y serait toujours assez longue pour que le bénéfice de la diversion fût parfaite-, ment assuré*
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En tout état de cause, il fallait se préoccuper d'abord de bloquer dans leurs ports les forces navales de Tennemi, tâche beaucoup plus difficile aujouini'hui qu'en 1870-1871.
Le port de Wilhelmshaven, à lui seul, contenait le gros de Tescadre allemande de haute mer, et Ton savait qu'il fallait compter avoir, en très peu de jours, à combattre uue division d'au moins 4 cuirassés, 4 grands croiseurs et un certain nombre de petits navires, canonnières, avisos et torpilleurs.
L'envoi de la division de la Manche ne parait qu'aux dangers de la première heure et il fallait se hâter de renforcer cette escadre pour la mettre en mesure de s'opposer à une sortie des cuirassés allemands qui n'hésiteraient pas cette fois, plus hardis qu'en juillet 1870, à venir essayer sur Cherbourg la portée et la justesse de leurs bouches à feu.
L'escadre de la Manche était donc, pour employer l'expression consacrée aujourd'hui dans la langue militaire, une escadre de « couverture »; elle devait couvrir nos armements et nos préparatifs de descente.
Une deuxième division, formée de garde côtes aptes à jouer un rôle ofTensif, allait, comme nous l'avons vu, se tenir dans le Pas-de-Calais comme deuxième échelon; enfin les garde-côtes purement défensifs, à peu près tous réunis au port de Cherbourg, passaient en toute hâte delà position de réserve 2* catégorie à celle de l'armement, et seraient prêts à défendre cet arsenal et nos grands ports de mer vers le 10 ou 12 avril.
Les ports de Brest, Lorient et Rochefort, outre les renforts que chacun d'eux devait fournir à l'escadre de la Manche, devenue « Escadre de la mer du Nord », étaient
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mis en demeure de disposer le plus rapidement possible les navires désignés pour faire partie de la flotte expéditionnaire.
Celte flotte dut être composée d'éléments assez disparates dont voici l'énumération à peu près complète :
1* Flotte de combat :
a) CuiraBséfl garde-côtes : Terrible, Furieux, Tonnerre, Fulminant,
b) Cuirassés de croisière (ou de 2« classe) : La Galissonnière, Montcalm, Victorieuse,
c) Croiseurs de l""* classe : Magon, Forfait, Nielly, Primauguet.
d) Croiseurs de 2* classe : Champlain, Faberf, Sané.
e) Croiseurs de 3* classe : Hugon, Kerguelen, Bourayne, Beautempe -Beaupré, Vaudreuil.
f) Croiseur-torpilleur : Vautour,
g) Avisos de statiou ou de 1" classe : Parseval, Bisson, Chas- 8tur, Voltigeur, Dumont-d'Urville,
h) Avisos de flottille ou de 2* classe : Volage, Mouette, Ibis, Albatros, Vigilant, Alcyon, Bengali, Pingouin, Jouffroy.
i) Canonnières cuirassées : Achéron, Cocyte (1" classe) ; Fusée, Mitraille, Flamme (2* classe).
j) Canonnières non cuirassées : Crocodile, Lionne, Sagittaire, Capricorne, Chacal, Lutin, Lynx, Fanfare.
Ajoutons que Ton retint en France 10 chaloupes canonnières à hélice ou à roues qui étaient destinées au Tonqiiin et que Ton se hâta d'achever celles qui étaient sur chantiers , soit dans les arsenaux de TÉtat, soit à Tindustrie.
On s'était attaché surtout à réunir le plus grand nombre de navires calant peu d'eau. A partir des croiseurs de 5* classe, on était au-dessous de ô^yôO et presque toujours vers 5 mètres de tirant d'eau ^. Les avisos ne dépassaient pas 4'", 20 pour ceux de !'• classe ; 3 mètres, 2™, 50 et même