Océan, Suffren, Marengo, Bayard, Duguesclin
SORTIE d'une division ALLEMANDE DE LA JAHDE. 173
entendre à intervalles irréguliers dans le Nord-Est; le bruit s'éloignait peu à peu, Tennemi prenant chasse sans doute. Le vice-amiral expédia un torpilleur dans la direction du combat pour prescrire aux bâtiments détachés de ne pas s'éloigner, ou du moins de rester à portée d'entendre ses signaux.
A peine ce torpilleur avait-il disparu dans la brume que les éclaireurs (2 torpilleurs de haute mer) d'avant-garde signalèrent l'ennemi dans le Sud, par plusieurs coups de leur canon-revolver. Le nombre de coups tirés n'indiquait d'abord que des torpilleurs en vue : l'amiral confiant dans la protection de ses filets, crut pouvoir prescrire de lever l'ancre et de la mettre à poste, la perte ou seulement l'abandon momentané d'une ancre étant toujours un grave inconvénient pour des bâtiments qui croisent dans ces parages.
Quelques minutes après les signaux de nos éclaireurs, les cuirassés et les croiseurs étaient attaqués, en effet, par 8 torpilleurs allemands sortis de la Jahde. Les croiseurs, non pouiTus de filets protecteurs, avaient déjà appareillé et évoluaient en couvrant d'obus de 10%, 14% et de hotchkiss les torpilleurs qui passaient à leur portée. Mais ceux-ci paraissaient en vouloir tout spécialement aux cuirassés. Bientôt plusieurs torpilles éclatant à quelques mètres des carènes, prouvaient à la fois la justesse des « Schwartzkopf » allemandes et l'efficacité des filets ; d'autre part, malgré un feu intense et quelquefois dangereux, à cause de la brume, pour nos propres navires, nous n'arrivions pas à nous débarrasser de nos agiles adversaires : un seul torpilleur allemand, qui avait lancé sa torpille sur V Océan, avait paru atteint sérieusement ; du moins on le signalait comme laissant échapper beaucoup de vapeur
au-des6us de sa chaudière. A ce moment du combat, on crut entendre, se distinguant assez confusément des détonations qui remplissaient Tair, de nouveaux signaux des éclaireurs, qni celte fois annonçaient l'entrée en ligne des cuirassés allemands.
Aussitôt, et malgré le danger qui en pouvait résulter de la part des torpilleurs ennemis, Tamiral donna Tordre de rentrer les filets, puis de se former en peloton d'escadre, enfiin de faire route au Sud à la vitesse de 9 nœuds.
Les croiseurs et les torpilleurs reçurent Tordre particulier de devancer le gros de Tescadre et d'attaquer Tennemi dès qu'il serait en vue.
11 était deux heures: la brume s'épaississait à ce point que les torpilleurs ennemis, fort heureusement pour nos cuirassés, lançaient leurs derniers engins à Taventure, déroutésd'ailleursparlamarchede Tescadre. A 2heures l5m., la canonnade commençant dans le Sud annonçait que nos croiseurs s'engageaient avec l'ennemi; à 2 heures 25 m., brusquement, dans une déchirure de la brume, on vit cinq navires de haut bord et quatre plus petits qui s'avançaient rapidement sur Tescadre française; la passe d'armes fut rapide; le Marengo et le Kônig Wilhelm passèrent si près l'un de Tautre que, de passerelle à passerelle, on échangea des coups de revolver.
A 2 heures 30 m., a\i moment où l'amiral, qui ne voyait autour de lui que le Bayard, le Duguay-Trouin et quelques torpilleurs, allait signaler de virer de bord, on annonça de la dunette du Marengo que le fond ne donnait plus que 10 mètres.
La route fut mise au Nord-Ouest aussitôt; quelques instants après, la sonde accusait Q^^ôO. L'hésitation n'était plus possible : il fallait mouiller, la position de Tescadre
SORTIE d'une division ALLEMANDE DB LA JAHDE. 175
étant absolument incertaine et les bancs de la côte 1res proches.
La nuit qui s'écoula fut, on le devine aisément, pleine d'angoisse poui' le commandant en chef de l'escadre française. Par le fait son armée navale était dispersée et il ne lui était permis de rien tenter pour la rallier autour de lui. Signaler sa position à coups de canon c'était, à la fois, la révéler à l'ennemi et exposer ses grandes unités de combat, VOcéan et le Suffren, à s'échouer.
On maudissait alors les grands tirants d'eau; on se demandait pourquoi c'étaient justement les navires les plus profonds de la flotte française que le hasard des circonstances réunissait sur une côte basse et dans une croisière si périlleuse ?
Au jour, les torpilleurs et les canots à vapeur qui avaient sondé toule la nuit purent déterminer une sorte de chenal où s'engagèrent les trois grands bâtiments. On n'avait plus connaissance de l'ennemi; la Sainte-Barbe avait rallié le pavillon de l'amiral, n'apportant aucune indication précise sur les autres navires de l'escadre.
Ce ne fut que le matin du 8 mai que l'escadre de la mer du Nord put se rallier à quelques milles d'Helgoland. Le Dugitesclin et le Dubourdieu avaient poursuivi vigoureusement le Friedrich-Karl et pensaient lui avoir causé de graves avaries ; mais le cuirassé allemand avait pu leur échapper au moment où l'ordre de l'amiral lem: était parvenu de ne pas pousser la poursuite trop loin. Ils avaient ensuite marché au canon, mais, l'engagement étant terminé au moment où ils arrivaient dans les environs du théâtre de la lutte, ils avaient complètement perdu la trace de l'escadre.
Un torpilleur de haute merquis'étaitattaché à l'escadre
allemande déclara qu'il avait vu un certain nombre de navires s'en détacher et courir vers l'Ouest, tandis que les autres se dirigeaient vers le Sud.
L'amiral expédia aussitôt un aviso-torpilleur au Helder (Hollande) pour télégraphier au ministre les événements du 6 et lui exprimer la crainte qu'une partie de l'escadre allemande n'eût quitté la Jahde.
Un torpilleur de haute mer, expédié à Elseneur (Danemark), dut donner le mêms avis au gouvernement danois et au commandant en chef de nos forces de la Baltique.
Ou sait déjà ce qu'était devenue la division allemande qui avait profité si adroitement de la rupture momentanée du blocus. Assurément, si l'amirauté et le grand état-major avaient pu apprécier avec une exactitude sufiisante la valeur des préparatifs qui se faisaient dans la Manche et dans l'Océan au commencement de mai, l'escadre de Wilhelmshaven serait restée complète et aurait pu fournir le moyen de barrer le passage au grand convoi qui allait traverser la mer du Nord. Mais on ne pensait alors qu'à quelques détachements d'infanterie de marine, peut-être des régiments de marche organisés lentement sui' les derrières de l'armée active.
Ces régiments s'organisaient en effet dans les régions de l'ouest et du sud-ouest de la France et devaient fournir plus tard un appoint considérable à l'armée expéditionnaire, si la descente de la portion principale de cette armée paraissait réussir.
Aussitôt que l'opinion du ministre fut fixée sur la destination de la division allemande sortie de la Jahde, le viceamiral commandant l'escadre du Nord fut avisé qu'il ne devait rester dans la rade de Wilhelmshaven que les deux cuirassés Kônig Wilhelm et Kaiser, le Friedrich-Karl étant
Rome et Beklix.
DE SWINEMUNDE A BEftUN
Extrait de la Géo^aphie du C^ Mar^a.
ÉoheUe de 1 : 1,8&0.000.
NaBçy.Imp. iliA.BcfswlBinBklC'
DISCUSSION DU PLAN D^OPÉR ATIONS. 177
rentré dans TElbe. On invitait en conséquence cet officier général à mettre le cuirassé de 2* classe DuguescUn et un aviso-torpilleur à la disposition du commandant en chef de la flotte expéditionnaire, quand elle traverserait la mer du Nord. On l'invitait en même temps à étudier et à présenter un plan d'attaque des forts de Cuxhaven, attaque qui devait être suivie d'une lentative sur Hambourg.
Cette tentative, d'ailleurs, ne devait constituer, dans le plan général que le ministre français cherchait à faire prévaloir, qu'une diversion qui retiendrait sur l'Elbe une partie des forces de l'Allemagne dans la région du Mecklembourg.
Peu de jours après la conclusion définitive de l'alliance franco-danoise, un officier général délégué par le ministre de la guerre et un capitaine de vaisseau, pourvu des instructions du ministre de la marine, s'étaient rendus à Copenhague pour y discuter le plan des opérations actives dans la Baltique.
Dans des conférences où se réunissaient, avec le conseil des minislr^'s danois et l'ambassadeur de France, les chefs principaux de l'armée et de la marine, plusieurs projets avaient été discutés. On inclinait d'abord à proflter des débouchés que l'on avait conservés dans le Jutland pour y porter le fort de- la guerre et lutter avec 50,000 Danois et à peu près autant de Français contre les trois corps d'armée allemands. On faisait remarquer qu'avec l'appui d'une flotte puissante on élait toujours assuré d'une retraite 5 que d'ailleurs le Vendsyssel, la partie septentrionale du Jutland, resterait toujours aux alliés, grâce à la flottille danoise qui défendait le Lijmfjôrd. On pouvait aussi prendre pour base l'île d'Alsen (Schleswig) dont la conquête serait facile, s'emparer de la position Sonderburg-
ROMB ET BERLIN. 12
Diippel dont T Allemagne avait abandonné les fortifications, et, en occupant la ligne Apenrade-Tinglef-Flensburg, couper les communications de Tarmée allemande avec le Holslein et le Mecklembourg. Dans le même ordre d'idées, on pouvait encore descendre à Eckernfôrde, tournant ainsi la ligne du Danewerk, et s'établir en forces sur les deux voies ferrées principales qui unissent le Schleswig au continent.
Là on menaçait à la fois Schleswig, Rendsburg, le grand dépôt d'artillerie de la région, et surtout Kiel-EUerbeck, l'arsenal de la marine allemande.
Enfin, en descendant plus bas encore dans le golfe de Neustadt, en s'emparant deTravemùnde et de Lùbeck, on pouvait obtenir aussi de grands résultats : on séparait en deux les forces ennemies de la péninsule cimbrique et des régions de TElbe et de l'Oder; on menaçait Hambourg, déjà sous le coup d'une attaque par le cours de l'Elbe; on s'établissait, en tout cas, sur une bonne ligne, celle de la Trave, à Segeberg, Oldesloë et Liibeck, au milieu d'un réseau très important de chemins de fer. En même temps, les bâtiments légers de Tescadre de la mer du Nord feraient des démonstrations sur les têtes de ligne, Husum, Mehldorf, etc.
Toutes ces conceptions avaient naturellement pour objet principal d'obliger l'armée allemande à évacuer le Jutland et le Schleswig, peut-être même le Holstein; on ne pouvait s'étonner que des ofiiciers danois se préoccupassent surtout de ce côté particulier des opérations. Les représentants de la France, sans méconnaître la réelle valeur des plans qui leur étaient proposés, faisaient remarquer qu'il ne s'agissait là que d'opérations locales, pour ainsi dire, et qu'en admettant que les Allemands fussent obligés
PLAN d'opérations. 179
d'évacuer les duchés, il paraissait difficile de les empêcher de se concentrer sous Hambourg, où ils gardaient la faculté de manœuvrer sur les deux rives de TElbe, et que dès lors les deux armées se contenant Tune Tautre, le but principal de toute guerre, celui de l'occupation de la capitale ennemie (en tant que centre administratif et militaire), ne pouvait être atteint.
Le plan qu'ils soumettaient à leur tour au conseil avait en effet une envergure plus large : il consistait à rassembler dans les baies de Kiôje et de Faxô, au sud de Copenhague, la plus grande partie de Tarmée expéditionnaire, le 10* corps français, la division d'infanterie de marine et trois divisions danoises ; de réunir là, pour le transport des contingents danois, le phis grand nombre possible de paquebots et de bâtiments à voiles de toutes dimensions, de manière à enlever d'un seul coup, si c'était possible, 50,000 ou 60,000 hommes: c'était un grand effort, mais qui ne dépassait pas les ressources des deux pays, la France étant d'ailleurs disposée à aider le Danemark de ses finances.
Cette concentration, évidemment, n'échapperait pas à l'Allemagne, mais rien ne pouvait lui indiquer le point particulièrement menacé; au reste, on ferait tout au monde pour accréditer le bruit que l'armée expéditionnaire devait débarquer dans le Schleswig et mettre le siège devant Kiel quand l'armée allemande aurait été repoussée des duchés.
Pour confirmer ces bruits, une division danoise effectuerait, avec le concours de l'escadre de blocus devant Kiel et des navires danois, un débarquement, soit dans l'île d'Alsen, soit dans la baie d'Eckernfôrde, suivant les circonstances.
Pendant ce temps, en choisissant, des vents et une mer favorables, Tarmée expéditionnaire appareillerait de Kifije et de Faxô à la nuit, et paraîtrait inopinément, le matin, devant Swinemùnde et Rùgen.
L'escadre de combat se chargeait de réduire au silence les ouvrages de Swinemùnde etilétaitdifiQcile d'admettre que les troupes répandues dans Tîle d'Usedom fussent eu état de s'opposer au débarquement d'un corps aussi considérable.
D'ailleurs, la descente ne pouvant guère s'efTectuerd'iui beul coup sur la plage de Swinemùnde, un certain nombrÉî de troupes débarquerait vers la pointe de Thiessow, ài'esl (le Rùgen, pendant que les canonnières françaises force* raient les passes du Greifswalder Bodden et se moiilreraient à l'entrée du sund de Strela. Cette opération secondaire aurait pour résultat d'attirer une partie des forces allemandes du littoral du côté de Stralsund que l'on peut facilement attaquer en prenant pour base l'île de Rùg^-n. Des diversions accessoires seraient faites, en outre, sur Colberg et éventuellement sur Danzig.
L'île d'Usedom et Swinemùnde occupés, la flotte, laissant devant la ville les grands bâtiments de combat, entrerait dans la Svvine, parcourrait le Haff de Stettin, dé- 1 arquerait une partie de l'armée vers Albrechtsdorf vi Wahrlang, et remonterait avec l'autre le Papenwasser t L l'Oder jusqu'aux environs de la capitale poméranieuue. Sans doute on trouverait là une très sérieuse résistanct» : il fallait compter sur l'apparition de contingents venus de Berlin, où s'organisait un des corps formés avec les botnillous de campagne, de Kùstrin qui avait une forte garnieoo^ surtout de Kreutz et de Schneidemuhl où s'échelonnaient des troupes du V* corps allemand.
PLAN d'opérations. 181
Mais les renforts venus de la rive droite de rOderéluienL forcément arrêtés par notre flottille s'ils se présentaient par la voie ferrée qui aboutit à Damm; ou bien ils étaient obligés de faire un tour assez considérable et de venir encombrer les voies de la rive gauche.
Au reste, c'était là une question de rapidité et de vigueur dans la conduite des opérations et Ton espérait bien prendre les devants sur Tennemi, menacé à la fois en plusieurs endroits.
Stettin occupé, il fallait évidemment s'y arrêter quelques jours avant de s'avancer sur Berlin par la rive gauche de rOder; il fallait faire de cette grande ville une véritable base d'opérations, y organiser les convois, le flottage et le batelage sur le fleuve; occuper les points stratégiques qui pouvaient protéger les flancs de la ligne d'opéralion& ; enfin concentrer autour de la ville toutes les forces disponibles et jusque-là employées àdes opérations secondaires. Le Danemark pouvait fournir encore, outre la division qu'on tirerait de Sonderburg-Diippel, une division d'infanterie et des troupes de cavalerie toujours précieuses pour une armée transportée par mer. Des convois successifs amèneraient de France la division du 10^ corps territorial que l'on organisait, et bientôt sans doute un corps de réserve formé de régiments de marche.
Une armée nombreuse et solide, ainsi constituée à 32 lieues de Berlin, pouvait marcher en avant malgré beaucoup d'obstacles, appuyant son flanc gauche à l'Oder pendant trois marches sur cinq. Ce grand fleuve étant navigable pour des vapeurs de faible tonnage jusqu'en Silé^ie^ on était assuré d'une protection efficace et d'un ravitaillement convenable.
On remarquait enfin que la capitale de l'Empirej dé-
pourvue de fortifications, n'était couverte au nord-est par aucune place de guerre; qu'on ne pouvait considérer comme un obstacle sérieux le canal de Finow qui court de TEst à l'Ouest, entre le coude de TOder et le Havel; que d'ailleurs la flottille fournirait encore là de précieux moyens de passage qui remplaceraient aisément l'équipage de pont qu'on ne pouvait songer à transporter.
Mais c'est surtout au point de vue politique que le plan proposé offrait de remarquables avantages.
L'attitude de la Russie, équivoque depuis le commencement de la guerre, pleine de réticences et d'hésitations, avait obligé l'Allemagne à conserver sur sa frontière orientale une armée d'observation dont le fond se composait de trois corps de l'armée active, mais qui s'augmentait peu à peu de corps de nouvelle formation (soit régiments (Ir réserve, soit bataillons de marche, soit divisions de landivehr).
On pouvait estimer, au milieu de mai, à plus de 140,000 hommes l'armée réunie ainsi dans les trois provinces de Prusse, de Posen et de Silésie.
Il était manifeste que la Russie, malgré le chiffre de ses troupes en Pologne, y regardait à deux fois avant de s'engager contre l'Allemagne, sachant qu'il lui faudrait faire face en même temps à l'Autriche. Les insurrections qu'elle fomentait habilement dans la péninsule balkanique commençaient bien à créer à l'Empire austro-hongrois de sérieux embarras ; mais ce n'était pas as^ez encore pour que la guerre l'emportât dans l'esprit temporisateur du czar.
Nul doute que l'agression qui allait menacer le cœur môme de l'Allemagne n'amenât dans les conseils de la Russie la détermination favorable qu'on attendait depuis si longtemps.
COMBAT AU SUD d'aLSEN. 183
Nul doute que, loreque les Français et les Danois paraîtraient à Stettiii, les Russes ne voulussent paraître devant Posen et Kœnigsberg.
Ce projet, dont je ne donne ici que les grandes ligues, fut discuté dans ses moindres détails : il était séduisant ; il pouvait en revanche être traversé par beaucoup d'événements imprévus.
On resta d'accord, cependant, qu'au pis aller on garderait Usedom et Rùgen et peut-être Stettin ; que c'était là une position avantageuse, une menace perpétuelle pour l'Allemagne, et que l'invasion de la France, déjà difficile et lente, serait arrêtée du coup.
D'honorables scrupules du vieux souverain du Danemark vinrent enfin faire pencher la balance en faveur du plan du ministère français : le roi Christian répugnait à faire porter tout le poids de la guerre à ses peuples du Jutland, à ses anciens et toujours fidèles sujets du Schleswig.
Il se décida pour la descente aux bouches de l'Oder.
Au moment où cette résolution définitive était arrêtée, les forces franco danoises de la péninsule cimbrique recevaient un vigoureux assaut.
Le grand état-major allemand, nous l'avons vu, avait combiné une attaque par terre et par mer des divers détachements répandus sur la côte ; la corvette de sortie Wûrttemberg, partie de Danzig avec l'aviso rapide Blitz et 2 torpilleurs, s'était présentée le 16 mai devant Svvinemiinde, y avait pris la corvette Bayern et les torpilleurs 5(î/iu/(-e et Fliuk, et s'était dirigée rapidement vers la baie de Kiel. Le 16 au matin, cette division faisait sa jonction, en combattant nos navires du blocus, avec le Kronprinz et la corvette de sortie Oldenburg.
Notre escadre, momentanément affaiblie par un déta-
chement sur Flensl)urg, se retira à petite vitesse vers le sund d'Alsen, gardant le contact avec Tennemi, mais expédiant un torpilleur sur Diippel et Flensburg pour y chercher des renforts.
A 2 heures du soir, les cuirassés Furieux, Heîgoland, Lindormen, les croiseurs Primauguet, Sanè, Fyen, le grand torpilleur Tordenskjold et trois torpilleurs plus petits étaient en présence de Tescadre allemande à Touvert de la baie de Flensburg. En même temps, la brigade danoise qui occupait la ville, au fond de ce fjord, était attaquée par la 3* division prussienne (TP corps).
Les vents étaient au Sud, très frais, et la mer, sans être mauvaise, était assez formée pour donner aux « corvettes de sortie » allemandes des mouvements de roulis qui gênaient beaucoup le tir de leur puissant canon de chasse (30%, 5).
Du côté des alliés, lemonitor Lindormen souffrait beaucoup de la mer qui venait déferler sur sa tour ; le Furieux, garde-côtes français, assez haut sur l'eau, gardait, à condition de ne pas marcher trop vite contre les lames, la disposition entière de sa pièce de 34% de Pavant. Des torpilleurs, le Tordenskjold seul était en mesure de rendre des services réels.
Le Primauguet et le croiseur danois Fyen, parfaitement armés, ne craignaient pas de s'engager, à la suite des cuirassés, contre l'escadre allemande.
Le vieux cuirassé Kronprinz, qui marchait mal et dont les qualités offensives et défensives n'étaient plus à la hauteur des exigences, était le but tout désigné des attaques des croiseurs et des torpilleurs alliés. Il se défendit vaillamment et perça le Sané d'un coup de 21%, heureusement au-dessus de la flottaison ; le projectile éclata dans
COMBAT DE FLENSBURG. 185
la soute à charbon qui couvrait le flanc des chaudières ; quelques éclats percèrent la tôle intérieure, mais le croiseur français, se bornant à boucher rapidement le trou fait dans sa carène, revint presque aussitôt au combat.
Pendant cet engagement, les quatre corvettes cuirassées se mêlaient, au milieu d'une furieuse canonnade, avec les cuirassés alliés. Le Lindormen recevait un projectile de 26% qui perçait sa tour, protégée seulement par une cuirasse de 14 centimètres, et Tobligeait à se retirer du combat.
En revanche, les canons de 34% du Furieux et la pièce de 30%, 5 de VHelyoland perçaient la carène du WûrUemberg un peu au-dessous de la cuirasse ^ Ce navire mettait aussitôt toutes ses pompes en action et se dirigeait vers la terre dans rinlenlion de s*y échouer. Le Tordenskjôld, qui s'était aperçu de la manœuvre de ce bâtiment, se mit à sa poursuite et lui tira deux torpilles que Ton vit exploser sur ses flancs. Le Wurltenibevg ne coulait cependant pas ; les cloisons étanches ou plutôt les compartiments remplissaient parfaitement leur oflice. Le Bayera et VOldenburg chargeaient à tour de rôle le Furieux qui s'avançait rapidement pour eu finir avec un coup d'éperon. Enfin, un derniercoupde34%, broyantlegouvernaildu Wurttemhergy mettait ce cuirassé h la merci de Vllelgolaiid, un moment débarrassé de VOldenburg. A 3 heures 45 minutes, l'éperon du monitor danois déchirait le flanc de bâbord du Wïirttemberg: cette fois la voie d'eau intéressait un trop graud nombre de compartiments et faisait sombrer le navire, déjà alourdi par ses premières blessures.
1. Un coup de roulis avait dôcouvc;t le caii inférieur de la ceinture cuirassée
> mm
A 4 heures, les trois cuirassés allemands se retiraient sur Kiel, mais un dernier coup de ÏOldenburg, perçant la muraille du Sané au-dessous de la flottaison, obligeait ce croiseur à s'échouer, coulant bas d'eau.
Ce combat, qui consacrait l'avantage de la stabilité de plate- forme, pour les navires cuirassés, était à peine terminé que les alliés, laissant le Fyen et le Tordenskjôld observer la fuite de Tennemi, s'enfonçaient en toute hâte dans le fjord de Flensburg pour secourir ou plutôt pour recueillir la brigade danoise, vivement pressée par le IP corps allemand.
La 3* division allemande s'avançait par la route et la voie feiTée de Schleswig, tandis que la 4*, passant par la route de Cappeln et le chemin de fer d'Eckernfôrde, menaçait d'envelopper les troupes danoises. Celles-ci, prenant leurs dispositions de retraite sur Dùppel-Sonderburg, qui avait été occupé par les alliés, tinrent ferme un moment au nord de la ville contre l'avant-garde allemande (une brigade de la 3* division). A 2 heures, les Danois se retiraient sur la rive gauche du fjord, suivis de près par l'avant-garde ennemie, harcelés par la brigade de cavalerie du II*" corps, dont les charges répétées leur faisaient perdre beaucoup de temps. Un torpilleur danois avait été dépêché pour avertir l'escadre alliée de la situation périlleuse de cette brigade ; à 4 heures 30 minutes les croiseurs, suivis par le garde- côtes Helgoland, apparaissaient sur le flanc des troupes allemandes et commençaient à les canonner. On armait aussitôt toutes les embarcations disponibles, y compris celles du Furieux, retenu à quelque distance par son tirant d'eau, pour recueillir les troupes danoises; des barques de pêche concouraient à celte opération. Les compagnies de débarquement des navires présents furent mises