CHAPITRE IX
swinemCnde.
Départ de Tarmée de la Baltique. — Concentration des troupes danoises dans le sud des lies de Seeland et de Fûnen (Fioniol. - Réunion des escadres dans les baies de Kiôje, de Faxo et de Nyslaii, — Départ pour Swinemùnde le 28 mai.— Attaque de cette ville cl son occupation par l'armée française le 29. — Diversion sur llit^^fîn
Xe 18 mai 1888, V armée de la Baltique était embanjiiée à Cherbourg, au Havre, à Dieppe et à Fécamppourle corps de bataille, à Boulogne, Calais et Dunkerque pour La cavalerie et Tavant-garde, formée de la division d'infaiitene de marine (1" et 2* régiments, 1" et 2* régiments de marche).
Au moment du départ de cette armée, Tinvasion allemande, lentement et méthodiquement conduite, d'ailleurs, subissait depuis quelques jours un temps d'arrêt : de san* glantes rencontres avaient eu lieu sur le périmètre des forts et du camp retranché de Reims et le résultat de ces engagements restait indécis. Les armées du Sud se heurtaient vainement au.K forts d'arrêt des Vosges et à T inexpugnable Belfort.
On venait d'apprendre, d'autre part, le succès de nos armes dans le Montferrat, et l'invasion du sud-eat de la France paraissait définitivement arrêtée ; les corps de nouvelle formation, soit de Tarmée active (régiments de marche), soit de l'armée territoriale, refluaient vers le Nord.
La situation était, eu un mot, très favorable à Tentreprise et l*esprit public acceptait sans répugnance Tidée d'une grande expédition maritime, qui allait enfin faire porter à TAUemagne une partie du poids de la guerre.
J'ai donné, dans le chapitre VII, la composition de la flotte tant de charge que de combat. J'ai fait observer que, sauf les garde-côtes cuirassés, à qui leurs installations, leur structure môme interdisaient le transport des troupes, tous les navires de guerre avaient à leur bord des hommes et des chevaux en plus ou moins gi'and nombre.
Le vice-amiral commandant en chef Tarmée navale de la Baltique avait d'ailleurs énergiquement soutenu. qu'il fallait laisser aux principales unités de combat la libre disposition de tous leurs moyens d'action, pour leur permettre de protéger efficacement contre toute attaque le convoi considérable qui allait couvrir les mers du nord de l'Europe.
Malgré le soin avec lequel avaient été calculés d'avance le nombre des navires de charge et leur capacité de transport, il était survenu des mécomptes; tels navires, affrétés aux diverses compagnies, ne pouvaient prendre à leur bord le chiffre convenu de passagers militaires et surtout de chevaux ; tel autre, où la place — le cube — ne manquait pas, n'avait pas une hauteur de batterie, ou si l'on veut une hauteur de plafond suffisante pour que l'on pût y loger des chevaux qui, en dressant brusquement la tête, se heurtaient contre les barrots. On fut amené à noliser et à installer, surcroît de travaux pour les arsenaux de l'État, des gabares à voiles, des goélettes, des lougres, des galiotes, comme on l'avait fait déjà en 1801-1805 pour l'expédition d'Angleterre. Les dispositions intérieures de ces petits navires furent à peu près calquées sur celles de
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celte époque : elles avaient donné et donnèrent encore? les résultats attendus.
La répartition méthodique du personnel et du matériel fut Tobjet des soins attentifs des états-majors de Tarmée et de la flotte : il importait, en effet, que les batteries de campagne, par exemple, ne fussent point trop fractionnées, que les pièces ne fussent pas séparées de leurs caissons e[j autant que possible, que le môme navire qui portait le matériel pût porter aussi le personnel et les chevaux — ou du moins un attelage suffisant (4 chevaux) pour quelques jours.
Comme on avait acquis la certitude que Ton pourrait se procurer des chevaux dans les pays Scandinaves; que déjà, par les soins de nos agents diplomatiques, des mardiés étaient passés, non seulement pour la fourniture desbéti!S de trait, mais, ce qui était plus important encore, povir leur transport au point que désignerait Tautorité militair<% on put embarquer une grande partie du 2* échelon du parc avec les harnachements et les conducteurs.
La disposition des navires chargés de porter Tavaiitgarde fut particulièrement soignée : ces navires étaient tous des bâtiments de guerre ou des transports-avisos, dont j'ai déjà donné les noms.
11 paraissait essentiel que tout y fût combiné pour que la descente s'effectuât avec la plus grande célérité et l'ordre le plus parfait ; on y avait accumulé les « engins de débarquement », embarcations légères, chalans démontables en tôle, chalans en toile du système Berthon. On avait choisi, comme avant-gai^e de l'armée, la division d'infanterie de marine, dont le personnel paraissait ajuste titre plus habitué aux choses de la mer ; l'artillerie de marine avait fourni à cette division trois belles batteries de
80%. Enfin, le corps de débarquement formé par les compagnies de marins fusiliers de tous les navires de combat devait, pour les opérations mêmes de la descente, fournir un appoint précieux à cette division.
L'expérience faite par l'armée expéditionnaire d'Italie ayant démontré l'avantage des appontements en pilotis rapidement organisés sur une plage, le matériel convenable avait été placé, avec deux compagnies du génie, sur les bâtiments de l'avant-garde. En outre, des ordres précis étaient donnés par le vice-amiral commandant en chef pour que des radeaux, faits en espars et en planches rapidement assemblés, fussent mouillés, à la suite les uns des auLres, sur la plage de débarquement, pour faciliter l'accostage des embarcations pleines de personnel.
Évidemment ces précautions ne pouvaient prévaloir contre le mauvais temps, contre une brise fraîche battant en côte, mais il fallait bien laisser quelque chose à la fortune !
On poussa la prévoyance jusqu'à munir tous les navires d'une quantité d'huile suflieante pour faire un calme artificiel autour de la flottille des embarcations et des chalans au moment de la descente.
Le 17 mai, les bâtiments qui armaient dans divers ports de la Bretagne appareillèrent pour Cherbourg; le 18 mai au soir, le 10® corps, à l'exception d'une brigade d'infanterie et de la brigade réduite de cavalerie, réunies au Havre et à Dieppe, était concentré dans la rade de notre grand port de la Manche.
Le temps étant fort beau, le baromètre en pleine période ascendante et les vents à TO.-N.-O., le vice-amiral commandant en chef donna l'ordre d'appareiller à 5 heures du soir. La vitesse, réglée sur les petits navires à voiles, à