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SORTIE DES TORPILLEURS DE LA JAHDE

qui le vent permettait de ne pas faire encore usage des remorques, était de 6 nœuds environ.

Dans la nuit, Tannée navale recueillit les convois du Havre et de Dieppe. Le 19 au malin, elle ralliait son avant-gainie au large de Dunkerque et donnait dans la mer du Nord.

Le commandant en chef de Tescadre de blocus devant la Jahde, TElbe et le Weser, avisé du passage probable de Tarmée dans les journées du 19, 20 ou 21 mai, avait étroitement resserré le blocus des trois embouchures et veillait attentivement à ce qu'aucun torpilleur ne pût échapper aux bâtiments légers de son escadre, aux recherches actives des projecteurs électriques de ses grands navires.

Ces précautions n'étaient pas inutiles : Tamirauté allemande était bien résolue à lancer tous ses torpilleurs sur le grand convoi dont on lui signalait, le 19, le défilé imposant au milieu de la Manche.

Sans doute, à ce moment-là, ou regrettait d'avoir accédé aux propositions de l'Italie et d'avoir affaibli, par le détachement que l'on sait, une escadre qui aurait pu « occuper » les navires de combat français pendant que les torpilleurs attaqueraient les navires de charge. Cependant des ordres furent donnés à Wilhelmshaven pour une grande sortie et une tentative sérieuse contre le convoi.

Le plan du commandant en chef des forces allemandes dans la Jahde fut de constituer aussitôt une escadre légère composée de croiseurs et de torpilleurs et de lui ouvrir l'accès de la haute mer en attaquant à fond l'escadre de blocus avec les deux cuirassés qui lui restaient. Le Friedrich-Karl dut favoriser par une diversion l'attaque projetée pour le 21 mai, de grand matin.

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L^escadre légère allemande dut se composer des croiseurs neufs : Charlotte, Sophie et Arcona, de Taviso rapide Pfeil et de 8 torpilleurs de 85 tonneaux, à peu près de la force de nos « torpilleurs de haute mer ». Les croiseurs, dont les vitesses variaient de 15 à 16 nœuds, étaient armés de pièces de 15% Krupp; les torpilleurs, outre leurs torpilles, étaient pourvus de 2 canons-revolvers.

Le 21 mai, de très bonne heure, la division légère allemande attaquait et refoulait vivement nos éclaireurs ; elle s'engageait ensuite avec les croiseurs Dubourdieu et Duguay-Trouin, qu'elle ne pouvait gagner de vitesse, tandis que les cuirassés allemands se perlaient sans hésitation à la rencontre des nôtres. Le combat qui s'engagea fut très vif et acharné : on sentait de part et d'autre quelles graves conséquences pouvait entraîner cet engagement. La Chœrlotte et le Dubourdieu combattirent longtemps corps à corps comme les frégates du temps de nos grandes guerres; enfin les canons de 16% modèle 81 et les dix canons-revolvers du croiseur français, et, je dois le dire aussi, une plus parfaite instruction militaire, l'emportèrent sur l'armement et sur la ténacité de la frégate allemande, La Charlotte, percée de plusieurs coups dangereux et ayant perdu beaucoup de monde, dut amener son pavillon. Les deux autres croiseurs, d'échantillon et d'armement plus faibles que la C/iaWo«e, vivement attaqués par le Duguay-Trouin et par nos avisos-torpilleurs, furent obligés de rentrer dans les passes ; déjà le Kônig Wilhelm et le Kaiser les y • précédaient, coulant bas d'eau à la suite de leur combat contre nos 4 cuirassés ; le Friedrich- Karl, qui aurait pu balancer un moment la supériorité des Français, n'avait pas encore paru. Un fâcheux incident avait d'ailleurs facilité la retraite, fort compromise, des Allemands. V Océan,

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au moment même où il s'efforçait de gagner de vitesse le vieux cuirassé Kônig Wiihelm, alourdi déjà par plusieurs voies d'eau, s'était échoué sur un des bancs aux contours indécis qui barrent, pour tout autre qu'un pilote accompli, l'entrée de la baie. U Océan réussit à se renflouer, la marée l'aidant, mai& Toccasion propice de couler d'un coup d'éperon le plus grand, sinon le plus fort des cuirassés allemands, était définitivement manquée. Du reste, le Kônig Wilhelm, à grand'peine réparé, ne se hasarda plus au dehors des passes et du rayon d'action des forts.

Pendant ce temps, il faut le reconnaître, les torpilleurs allemands avaient pu forcer le blocus. 5 d'entre eux, du moins, échappant à nos canons-revolvers et à nos canons rapides, s'élevaient au Nord-Ouest, malgré une mer assez forte.

Le commandant en chef de l'escadre française avait signalé aussitôt à ses avisos et à ses torpilleurs de poursuivre et d'arrêter l'ennemi coûte que coûte, mais déjà, au moment où le gros de la division allemande se retirait dans la baie, il était évident que nos torpilleurs ne pouvaient, à cause de l'état du temps, gagner ceux de l'ennemi.

Seuls les avisos-torpilleurs parvenaient à conserver leurs distances et l'on entendait au loin les coups réguliers de leurs canons rapides.

Le commandant en chef, estimant que la mer du large ne tarderait pas à diminuer sensiblement la vitesse des torpilleurs allemands, donna l'ordre au Duguay-Trouirij qui pouvait atteindre aisément 15 nœuds et demi, de s'élancer à leur poursuite en forçant de vapeur.

Le Bayard et le Marengo suivaient à distance, laissant VOcèaii, le Suffren et le Dubourdieu au blocus.

Cette chasse émoiivaute dura plusieurs heures sans que

les navires français semblassent faire des progrès sensibles. Cependant la mer grossissait peu à peuj les torpilleurs allemands fatiguaient beaucoup, bien que leur allure, à peu près debout à la lame, fût assez favorable. De temps en temps Tun d'eux perdait du terrain, obligé de ralentir momentanément à cause des projections d'eau et des brusques dénivellations de la chaudière.

Les obus de 47% venaient aussi les atteindre, malgré Tincertitude du tir, causée autant par les mouvements de tangage de nos avisos que par la mobilité de buts qui paraissaient et disparaissaient au gré des lames.

A 2 heures, un des cinq torpilleurs amenait son pavillon; sa chaudière était percée et la vapeur envahissant la chambre de chaufTe avait obligé tout le personnel à monter sur le pont. A 3 heures, un second torpilleur, se voyant gagné de vitesse, venait brusquement sur tribord de 100** environ et courait droit au Sud-Est, vent arrière, comme pour se réfugier dans Terabouchure de TElbe. Cette manœuvre hasardée lui faisait présenter le flanc aux canons du Duguay-Trouin : un obus de 14% atteignait bientôt ce torpilleur et le coulait sur place.

Mais tous nos efforts pour atteindre les trois autres ou pour les obliger à changer de direction restèrent inutiles.

La nuit venue, les bâtiments détachés se rallièrent autour du Duguay-Trouin; on était à 120 milles environ du gros de Tescadre et toute prolongation de cette poursuite paraissait imprudente. Ne valait-il pas mieux se mettre à la recherche du convoi, dont on ne pouvait être fort éloigné, l'avertir du péril, et se joindre à lui pour le conjur.er?

Trois torpilleurs, au demeurant, ce n'était pas là de quoi arrêter toute une expédition : en admettant que chacun def ces petits navires pût disposer de 6 torpilles, il fallait se

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