‹ Rome & BerlinChapitre 83 sur 105 · PRISE DE STETTIN · texte numérisé non relu

PRISE DE STETTIN

premier pont et coopérer à Tattaque du saillant N.-O. ; les deux derniers restaient en réserve à Unter-Wieck.

A 8 heures, le convoi de munitions de Nauendorf étant arrivé, ainsi que les quatre dernières batteries du 10* corps, le général en chef fit reprendi'e Tattaque en développant à sa droite, contre Tartillerie et la cavalerie allemandes, appuyées de quelques bataillons, une puissante batterie de 48 pièces.

6 batteries, établies devant Gi-tinhof, battaient l'enceinte ; 2 batteries, qui avaient pénétré par la porte d'Unter-Wieck, joignaient leurs feux à ceux de Tescadrille pour battre à revers ou d'écharpe Tenceinte du N.-O. et les maisons barricadées et crénelées de la ville.

Cette canonnade, à laquelle Tennemi répondait avec vigueur, dura jusqu'à 9 heures et demie. A ce moment débarquaient les premiers bataillons danois : le signal de Tattaque générale fut donné aussitôt, et à 10 heures 30 minutes nos troupes emportaient enQn le saillant de Griinhof. La résistance fut très vive cependant dans les quartiers du nord de la malheureuse cité, bientôt couverte de projectiles ; il fallut conquérir maison par maison les abords du Kônigsplatz et repousser un retour offensif qui se produisit vers midi, au moment de l'arrivée du régiment de marche de Berlin. Au reste il était évident que l'ennemi ne luttait que pour favoriser l'écoulement, par les voies d'Angennùnde et de Pasewalk, du matériel d'artillerie transportable. La besogne était d'autant plus difficile que nos avisos de flottille et nos canonnières avaient réglé leur tir, sur l'ordre du contre-amiral, pour atteindre la gare, située au sud de la ville. A chaque instant des projectiles français venaient y éclater au milieu d'une indescriptible confusion.

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Le général en chef faisait tous ses efforts pour atteindre le plus tôt possible avec sa droite la route de Pasewalk, qu'il voulait interdire à Tennemi. A 1 heure, l'infanterie de marine, la cavalerie et 6 batteries investissaient le fort Preussen et poussaient des patrouilles vers Schwarzow.

A 3 heures, la ville était entièrement évacuée et Tennemi en pleine retraite au delà de Pommerensdorf ; le 129* de ligne et 4 bataillons de landwehr du IP corps, fort réduits à la vérité par une lutte acharnée, avaient fait une retraite excentrique sur Môhringen, Bismark et Lôcknitz.

Les premiers soins du général en chef, après Toccupation de la ville, fut de procurer à ses blessés les soins dont ils étaient jusque-là à peu près privés, les ambulances divisionnaires seules ayant pu fonctionner. Les ordres convenables une fois donnés, il fallait régulariser la prise de possession de la ville, procurer aux troupes des vivres de réquisition et préparer sans retard les moyens, à la fois de marcher en avant pour profiter du succès et d'organiser les services de la route d'étapes.

Défalcation faite des perles des 30, 31 mai et l*"" juin, qui s'élevaient en nombres ronds à 4,000 hommes, dont 1,500 atteints légèrement, l'effectif débarqué et présent au drapeau était de 54,000 ou 55,000 fantassins, 1,800 cavaliers, 3,600 artilleurs avec 17 batteries (102 pièces), 800 hommes du génie et 3,000 des services auxiliaires. C'était une armée de 63,000 ou 64,000 hommes n'ayant, il est vrai, qu'une cavalerie et une artillerie insuffisantes.

Sur ce total il fallait prélever 5,500 fantassins d'infanterie de marine chargés de la garde de Swinemùnde et de l'île d'Usedom, notre première base d'opérations, 1,000 hommes (1 bataillon) du 10* corps restés dans l'isthme de Sellin, 3,000 hommes postés à Hammer avec de la cavale-

FORCES DISPONIBLES A 8TETTIN. 253

rie et une section de 80%, enfin 2,000 fantassins, 400 cavaliers et une section d'artillerie à Pôlitz-Falkenwalde.

On n'avait donc à Stettin môme que 42,000 fantassins, une forte brigade de cavalerie combinée et 16 batteries.

Les avis qu'on recevait de divers côtés faisaient pressentir une importante concentration de troupes allemandes et notamment une attaque exécutée sur notre droite par le IP corps, appelé en toute hâte du Schlesvyrig, pendant que les troupes battues à Stettin, mais bientôt renforcées, nous occuperaient sur le front.

On ne pouvait espérer de renforts sérieux qu'à partir du 7 ou 8 juin, où l'on recevrait la division du 10* corps territoral; cette division occuperait Swinemiinde, Usedomet la route d'étapes : Ziegenort-Pôlitz-Stetlin. Mais jusque-là il fallait se suffire avec les troupes qui venaient d'emporter Stettin.

Toutefois le général en chef, estimant que la diversion sur Riigen avait produit tout son effet utile, donna l'ordre d'évacuer la presqu'île de Thiessow et de rendre au 10* corps le bataillon détaché à Sellin.

3,000 hommes d'infanterie de marine semblèrent très suffisants pour occuper l'île d'Usedom. Les succès de la marine permettaient de croire que l'ennemi ne tenterait pas de traverser la Peene en présence de nos bâtiments légers. Il fut donc convenu que la marine garderait à elle seule la ville de Swrinemiinde et qu'un régiment d'infanterie de marine serait détaché à Usedom pour surveiller l'ancien pont de Sandford et les bacs de la Peene ; que ce régiment aurait un demi-bataillon à Malzow, en face de Wolgast, et une compagnie à Kàseburg; enfin que l'artillerie de marine réarmerait la batterie de Peenemùnde.

Ces mesures, qui procuraient à l'armée active un ren-

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fort immédiat de 4,000 hommes, reçurent leur exécution les 2 et 3 juin. Mais, le soir même du l^**, le général en chef recevait de Hammer un exprès lui annonçant que le détachement qui occupait ce village et le débouché de la route d'Uckermûnde était attaqué par des forces très supérieures.

Le télégraphe avait été heureusement rétabli entre Stettin et Pôlitz : le général en chef donna Tordre aussitôt au détachement de Politz de secourir celui de Hammer; mais il y avait 13 kilomètres environ à franchir et il était douteux que cette intervention se produisît en temps utile.

Au reste, avec le renfort qui lui avait été fourni, le poste de Hammer pouvait tenir quelque temps, puis se retirer lentement sur Ziegenort ; comme il importait avant tout de garder ce point, notre port de débarquement pour les voitures et pour l'artillerie, le général en chef eut recours à la flottille et dépécha sur les avisos de station et sur les canonnières « tonkinoises » un bataillon et demi emjTunté à la 2* division danoise. Ces précautions furent d'ailleurs inutiles : les 3 bataillons et la section d'artillerie postés à Hammer étaient parfaitement retranchés et résistaient avec vigueur à toutes les attaques des troupes allemandes tirées de Stralsund. Ces braves gens s'étaient vus envelopper sans s'émouvoir, certains qu'on ne tarderait pas à leur porter secours.

En efTet, ce secours leur était venu, fort opportunément, mais d'une direction inattendue : le chef du détachement de Falkenwalde qui avait reçu, dans la nuit du 31 mai au P"" juin, un renfort de 2 escadrons pour nettoyer les bois qui couvrent la rive gauche du ruisseau de Griinthal, avait marché rapidement au canon et se présentait, le soir

COMBATS DB HAlifMER ET DE LÔGKNITZ. 255

du l*' juin, sur la rive droite du ruisseau de Karpien, qui sort du lac de Hammer.

Cet officier avait fait un grand bruit de trompettes dans les bois de Neu-Hammer, avait déployé à la lisière son unique compagnie d'infanterie et chargé vigoureusement Tennemi avec ses 3 escadrons. La brigade combinée allemande, intimidée par ces démonstrations, et voyant la nuit tomber, avait cessé le combat. A 10 heures du soir arrivaient les deux bataillons de Pôlitz et, le lendemain matin, Tennemi était repoussé sur Gross-Mûtzelburg.

Le 2 juin, un choc assez rude eut lieu à Lôcknitz entre la brigade d'infanterie de marine et un régiment de cavalerie danoise, appuyés d'une batterie de 80%, et les troupes allemandes qui venaient de *e retirer de Stettin par la route de Pasewalk.

Les ordres du général en chef portaient que nous devions nous établir sur le cours du Randow qui offrait sur notre droite une série de positions faciles à défendre. Conformément à ces instructions, l'ennemi fut délogé de Lôcknitz après uu chaud engagement et obligé de se retirer sur le cours de l'Ucker, à Pasewalk. Le général en chef aurait désiré pouvoir occuper cette ville, nœud important de chemins de fer, mais il eût fallu s'étendre beaucoup trop (43 kilomètres de Stettin) et Ton se borna à occuper fortement Lôcknitz et ses abords.

Il y eut aussi le même jour un combat des avisos de flottille et des canonnières contre les batteries de campagne de landwehr du I"^ corps, qui, arrivées à Damm et fort désappointées de ne pouvoir franchir la grande Reglitz, engagèrent une canonnade contre nos bâtiments légers chargés précisément de remonter ce bras de l'Qder pour aller détruire définitivement les ponts des chemins de fer

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de Greifenhagen et de Damm. Pendant que les avisos de flottille s'avançaient dans le fleuve, les canonnières, pénétrant jusqu'au fond du lac de Damm, grâce à la faiblesse de leur tirant d'eau, prirent d'écharpe les batteries allemandes et les obligèrent à nous céder le passage.

Il était d'ailleurs important pour l'armée de conserver la possession des îles du fleuve, qui fournissaient aux réquisitions des bestiaux, des chevaux et des fouiTages.

J'ai eu occasion de dire déjà que l'on avait compté, pour compléter les attelages, sinon les chevaux de selle de l'armée, sur les achats faits dans les pays Scandinaves et sur les réquisitions frappées en Poméranie. On avait eu soin, dans les marchés passés en Suède, de spécifier que les chevaux achetés devaient être livrés sur la côte allemande, en tel point que désignerait l'autorité militaire française, les risques du transport de cette « contrebande de guerre » étant à la charge des preneurs. Il en était résulté un prix de revient assez élevé, naturellement, mais la difficulté du transport, au moins jusqu'à Swinemunde, était résolue. Ces chevaux arrivaient peu à peu à Ziegenort et s'attelaient aux voitures du 2* échelon du parc, aux convois administratifs, aux ambulances du corps d'armée. Le 2 juin, au soir, les transports-avisos arrivaient de Nyborg où ils avaient pris quatre batteries danoises ; le 3, (les paquebots amenaient une brigade de cavalerie de la même nation. Enfin, les réquisitions avaient procuré environ 200 voitures et 1,200 chevaux de tout genre (et aussi de toute valeur) qui permettaient de compléter les attelages.

En prévision d'une marche en avant le long de l'Oder, le général en chef et le contre-amiral commandant la flottille s'étaient attachés à organiser un service de bâtelage sur le fleuve.

OitGANISATION DES SERVICES DE TRANSPORT. 257

La prise de Stettin, ville très commerçante et tête de ligne d'une compagnie importante de navigation à vapeur qui étendait son rayon jusqu'en Silésie, avait fait tomber cm notre pouvoir un grand nombre de navires de rivière de toute espèce.

Les ateliers de Vulcan fournissaient en abondance tous les outils nécessaires pour les réparations et pour les appropriations nouvelles. Un certain nombre de ces bâtimenls furent affectés au transport des vivres et des fourrages, d'autres furent disposés pour le transport des chevaux et des voitures ; ils eurent des remoi'queurs désignés 5 des chaloupes-canonnières et des avisos de flottille furent spécialement chargés de chaque groupe.

La répartition des forces de la marine sur la côte subit aussi d'assez profondes modiûcalions : le vice-amiral résolut d'évacuer le Greifsvvalder Bodden en gardant seulement l'embouchure de la Peene. Dans les passes de l'Osl- Tief et du Land-Tief furent mouillées des torpilles automatiques, dites « torpilles de blocus », qui devaient suffire à empêcher les canonnières allemandes de déboucher dans le golfe de Swinemiinde. Les avisos ou torpilleurs de grand'garde étaient chargés d'empêcher les embarcations de relever ces engins, besogne d'ailleurs fort dangereuse.

Celte mesure permit d'étendre beaucoup plus loin le blocus effectif des côtes ennemies ; une division cuirassée parut bientôt en vue de Danzig et canonna les ouvrages de Weichselmûnde et Neufahrwasser.

Le 2 juin, un aviso-torpilleur, qui avait -été délaché momentanément à Copenhague, vintàSwinemûndeporter à l'adresse du vice-amiral et du général en chef des dépêches qui annonçaient que le siège de Fredericia avait été levé brusquement, dans la nuit du 31 mai au 1" juin, que

BOMB ET BT^IiMM. 17

le II* corps allemand était déjà en pleine marche rétrograde sur Llibeck et le Mecklembourg, que les divisions de rései-ve (landwehr) des IX* et X* corps se préparaient à couvrir Kiel et que le IX* corps allemand battait lente* ment en retraite sur Hammeleff, Rothekrug et Flensburg devant la division danoise du Nord et la garnison de Fredericia. En conséquence, et malgré l'avantage qu'il pouvait y avoir à menacer la retraite de ces troupes en occupant Apenrade ou en les prévenant à Flensburg, le gouvernement danois estimait qu'il valait mieux expédier tout de suite la 3* division (celle qui venait de passer de Faaborg à Sonderburg Diippel) sur le théâtre des opérations décisives, c'est à-dire à Swinemûnde-Stettin.

Déjà des ordres étaient donnés aux bâtiments danois de Hôlgenœss, de Fredericia et à l'escadrille de Hôrup de prendre à leur bord le plus possible de troupes d'infanterie appartenant à celte division et de se diriger sur Swinemûnde.

On invitait le commandant en chef et le vice-amiral à expédier de leur côté tous les transports dont ils pourraient disposer pour embarquer cette division et la porter aux bouches de l'Oder.

Enfin le général en chef de l'armée de la Baltique et les généraux danois étaient avis^^s de la formation à Kiôje d'un parc d'artillerie de réserve, et de l'organisation des services nécessaires à la constitution de deux corps d'armée danois composés, l'un des deux divisions déjà présentes à l'armée, l'autre de la 3* division, qui allait arriver, et d'une division de cavalerie.

Le 3 juin, en effet, quatre bataillons danois débarquèrent à Swinemùnde, le 4 et le 5, les arrivages successifs de nos transports et paquebots complétaient l'effectif de la

COUP d'oeil sur la situation générale. 259

3* division. Le 5 juin, les premiers grands transports français, venus à la fin de mai de la Méditerranée dans TOcéan, paraissaient à Elseneur portant la première brigade de la division du 10* coi'ps territorial.

La constitution de Tarmée de la Baltique allait marcher dès lors d'un pas rapide si les événements de guerre permettaient au général en chef de consacrer quelques jours à cette organisation.

L'impression causée en Allemagne par la prise de Stettin avait été profonde et le retentissement de cette nouvelle inattendue se prolongeait dans toute l'Europe : il semblait que chacun sentît confusément que les conséquences de ce fait d'armes seraient considérables et que la face des affaires pouvait en être complètement changée.

En même temps que l'armée de la Baltique s'installait victorieuse dans la capitale de la Poméranie, les armées françaises d'Italie remportaient à Novi un avantage signalé et qui mettait virtuellement fin à une guerre que la péninsule ne subissait qu'avec répugnance.

En France, quoique les armées allemandes n'eussent pas subi d'échec bien caractérisé, il était facile de constater que la lenteur de leurs progrès permettait aux corps de deuxième ligne, à l'armée territoriale, de s'organiser et de prondre à la lutte une part active. L'investissement des camps retranchés de Reims et de Langres avait permis à l'armée allemande du centre de s'avancer sur Paris, mais elle était tenue en échec sur la Marne par des forces françaises au moins égales en nombre.

Enfin la crise depuis longtemps prévue au sud-est de l'Europe venait d'éclater: la Russie, entraînant encore une fois avec elle les Roumains à qui elle promettait un aiirandissemcnt en Transylvanie , se jetait snr la Bul-

garie tout en gardant en Pologne des forces suffisantes pour paralyser l'Autriche et l'armée d'observation allemande.

L'Autriche, obligée d'intervenir à son tour, se voyait aux prises avec la Serbie, l'Herzégovine encore une fois lévoltée, la Bosnie musulmane qui s'agitait, l'Istrie qui relevait la tête. Les notes les plus menaçantes s'échangeaient de Smolensk, où le czar s'était transporté; à Vienne et à Berlin.

Pouvait-on, dans ce moment critique, porter rapidement contre les audacieux envahisseurs de la Poméi'anie, les trois corps d'armée qui formaient à l'est de la monarchie une barrière déjà bien faible contre les forces russes ? Telle était la question capitale qui s'agitait dans les conseils militaires et politiques du grand état-major allemand.

En tout cas le ministre de la guerre à Berlin avait reçu l'ordre de ne plus disputer la possession de Stettin aux alliés, de ne plus engager d'action partielle, de concentrer ses forces, d'organiser activement les corps composés de régiments de marche et si, comme on le supposait, les alliés restaient quelques jours immobiles à Stettin, d'occuper la ligne Pasewalk-Prenzlow (le long de TUcker) avec le !!• corps et les divisions de landwehr des IIP et XIP corps ; la ligne du Randow, en avant d'Angermûnde, avec les troupes battues à Stettin et qu'il fallait réorganiser, la deuxième division de landwehr de la garde, qu'on l'autorisait à emprunter à l'armée d'observation de l'Est, et la division de landwehr du P' corps qui s'était jusque-là fort inutilement déployée le long de la rive droite de l'Oder ; enûn la ligne du canal de Finow (ayant Neustadt-Eberswalde pour centre) avec les divisions de landwehr des V* et VP

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