SORTIE DU « BADEN
Le 4 juin, la division cuirassée regagnait Swinemùnde au moment où commençait un coup de vent d'Ouest qui causa la perte de deux bâtiments à voiles partis de Faxo avec du matériel d'artillerie destiné aux divisions danoises. Nous avions laissé en observation dans le golfe de Danzig le croiseur Roland et le Vautour.
Ces deux navires durent s'abriter dans la nuit du 4 au 5 juin derrière la Nehrung de Héla, dans le Putziger Wieck.
Le 5 juin, un peu avant le jour, la corvette de sortie Baden, l'aviso Blitz et 4 torpilleurs sortaient de Weichselmûnde , longeaient la côte ouest du golfe pour éviter la grosse mer et attaquaient, vers 5 heures 30 minutes du matin, nos deux croiseurs.
Mais ceux-ci étaient sur leurs gardes: promptement appareillés, ils doublèrent rapidement la pointe de Héla, non sans essuyer quelques coups des redoutables pièces du Baden, heureusement mal dirigés, à cause des roulis très étendus de ce navire. Le Vautour avait eu l'occasion de lancer, avec son tube de tribord A, une torpille Whitehead au cuirassé allemand, maie, au moment où partait l'amorce destinée à enflammer la petite charge de poudre, un projectile de hotchkiss de 37% était venu frapper la partie avant du tube et les bavures produites dans le cylindre de bronze avaient suffi pour arrêter la torpille et fausser son arrière.
Les torpilleurs allemands n'avaient pas tardé à se réunir contre le Roland qui seul, à cause de son tirant d'eau, offrait une cible convenable. Mais l'état de la mer, à la pointe de Héla, ne permettait déjà plus un pointage bien précis et les hotchkiss de nos deux croiseurs ne tardèrent pas à dégoûter l'ennemi d'un combat peu favorable.
Toutefois un projectile de 26% ayant enlevé le beaupré du Roland et fait tomber son petit mât de hune, nos croiseurs furent obligés de se retirer et d'affix)nter le coup de vent qui, passant au N.-O., puis au Nord, commençait à battre en côte.
Le temps s'améliora heureusement dans la journée et les deux navires français se séparèrent : le Roland se rendit à Swinemunde; le Vautour revint, vers le soir, au mouillage de Héla. Les navires allemands avaient dispai'u.
Le commandant du croiseur français supposa d'abord que le Raden était rentré à Danzig. Les graves défauts nautiques des navires de ce type ne permettaient guère, eu eflet, de supposer que le Raden eût pris le large.
Il en était ainsi cependant et, en vertu d'ordres positifs de l'amirauté allemande, cette corvette de sorlie, au risque de fce perdre, avait couru dans le Nord-Est, embarquant d'énormes paquets de ïner, puis s'était dirigée sur Garlscrona (Suède).
Arrivés dans ce port le 6 juin au matin, le Raden et le Rlilz avaient refait leur plein de charbon et, le même jour, vers 3 heures du soir, se dirigeaient audacieusement sur Travemiinde, oii la corvette de sortie Sachsen et le croiseur Marie n'attendaient qu'un signal pour appareiller. Le 7, de grand matin, les quatre navires allemands franchissaient le Fe'imarn-Belt et, à 8 heures du matin, se jetaient à toute vitesse sur l'escadre danoise chargée du blocus de Kiel avec le DuyuescUn et le FulminarU.
Le Kronpn'nz (dont les avaries avaient été réparées), le Rayern et VOldenburg, avertis par le sémaphore de Bulkerhiick, et du reste prêts à appai'eiller du mouillage de Friedrichsort, quittèrent aussitôt la rade et une mêlée générale s'engagea.