Ludovico monta l'échelle de l'échafaud
a Mastro Titta tire de dessous sa casaque rouge un gros bâton pointu et l'examine avec soin. Il joue ensuite avec ce gourdin comme un tambour-major avec sa longue canne à pomme d'argent.... Enfin, il l'empoigne ferme, le fait tourner deux fois autour de sa tête et frappe le condamné sur la tempe gauche.
a Un cri d'horreur part de la foule. La victime tombe comme un bœuf et son corps commence à se débattre dans l'agonie....
« Mastro Titta jette son gourdin loin de lui, au milieu de la foule. Il
du moyen âge : la suppression légale d'un homme est par elle-même un fait assez effrayant, sans qu'on l'entoure d'un appareil si monstrueux. Mais on ne m'ôtera pas de l'esprit qu'il faut des exemples à Rome, pour supprimer cette école du couteau qui établit des succursales partout.
En attendant qu'on se mette à punir les assassins, on est dans l'usage de les envoyer aux galères. Je ne compte pas ce voyage au nombre des châtiments, car les forçats ne sont pas à plaindre. Mieux logés, mieux vêtus et mieux nourris que la plupart des gens du peuple, ils travaillent juste autant qu'il leur plaît, et leur travail est rétribué. Enfin, ce qui couronne tout, c'est qu'ils jouissent de la considération universelle. Je n'exagère rien ; les forçats sont bien vus. Non-seulement on les plaint, quoiqu'ils ne soient pas à plaindre ; non-seulement on s'arrête dans les rues de Rome pour leur donner de l'argent, mais la main qui leur fait l'aumône ne dédaigne pas de leur serrer la
s'abat de nouveau sur la victime , tire un long couteau de boucher , et l'égorgé. Puis, avec le même couteau, il lui fait un cercle profond autour du cou, comme pour tracer la ligne, et coupe ensuite la tête qu'il montre au peuple. Le sang de cette tête rougit le bourreau, tandis que deux jets s'élancent du cou coupé et vont inonder la robe du prêtre. Vous croyez que c'est fini? Non. Mastro Titta coupe les deux bras à la clavicule, les deux jambes au genou du cadavre, et ramassant des pieds et des mains, bras, jambes, tête, tronc, il jette le tout dans un coffre en bas de l'échafaud....
« Un an après, mourait à l'hôpital de Santo-Spirito un jeune homme de bonne famille ; il avoua que c'était lui qui avait tué Mgr Traietto pour venger un outrage..,. »
Petruccelli délia Gattina, Prélim. delà Quest, rom. , chap. v, pages 44 et 45,
main. Pourquoi pas? la peine ne saurait être plus honteuse que le crime, et le peuple n'a point de raison pour mépriser après le jugement ceux qu'il admirait presque après l'assassinat.
Si, malgré les avantages qui leur sont assurés par la loi et par les mœurs, l'ennui vient à les prendre, ils n'ont qu'à le dire. La liberté leur sera rendue un jour ou l'autre. La peine des travaux forcés à perpétuité se commue assez facilement. Vingt ans de galères sont bientôt finis. D'abord l'année est de huit mois au bagne ; et puis les réductions arrivant coup sur coup, pour peu que le patronage s'en mêle, un jour l'assassin voit les portes s'ouvrir, et, moitié content, moitié fâché, il retourne à l'exercice d'un métier honnête dont il a perdu l'habitude.
Ne craignez pas que la tache de son passé le signale au mépris du monde. Il serait trop curieux qu'un forçat libéré fût moins estimé qu'un forçat en activité de service. On le trouve un peu moins intéressant, voilà tout. Luimême parle de ses corvées comme un soldat de ses campagnes. Il dit avec un petit sentiment d'orgueil : quand j'étais là-t>as !
J'ai rencontré ces jours derniers à Frascati une excellente figure de paysan. Le bonhomme cheminait, piano, piano, sur son âne, dans un chemin assez escarpé. Sa femme le suivait d'un peu loin, attendu qu'elle portait une commode sur la tête. Je liai conversation avec ce modèle des maris, et la tournure de son esprit me plut.
La conversation tomba, je ne sais comment, sur les coups de couteau ; il y avait quelques jours que les coups de couteau me trottaient par la tète.
« Monsieur, me dit-il, voilà plus de six ans que les fêtes de nos villages ont perdu moitié de leur prestige. Du temps que la vigne n'était pas malade et qu'on buvait du vin tant qu'on voulait, il n'y avait pas une foire où l'on ne tuât quatre ou cinq hommes. J'en ai abattu plus d'un, quand j'étais jeune ; mais l'âge vient, c'est fini. On ne peut pas être et avoir été.
— Et il ne t'est jamais arrivé malheur en justice ?
— Si, si ; pardonnez-moi. J'ai fait deux ans à Civita- Vecchia. Vous me rappelez le plus beau temps de ma vie. Oh ! le bagne ! Vous n'y êtes jamais allé dans votre pays, Excellence ? »