‹ Rome, de l'ère des catacombes à l'avènement de Jules IIChapitre 22 sur 24 · L APPARTEMENT RO R G IA · texte numérisé non relu

L APPARTEMENT RO R G IA

dont l’homme 11’avait point troublé les petites républiques depuis dix siècles. Ils sortaient de là faits comme des ramoneurs (spazzacammi) , mais riches de croquis et de notes pris d'après les stucs et les peintures qui revêtaient encore les murs. De ces ruines transformées en grottes ils rapportaient un système de décoration oublié : des arabesques mêlées de figurines, qu’ils appelèrent, en souvenir des lieux où ils les avaient découvertes, des « grotesques » ( grottcschi), - c’est-à-dire des peintures de grottes.

Fig. 112. — Salle des Prophètes et des Sibylles Appartement Borgia).

Pinturicchio fut de ces escapades : c’est dans l’Appartement Borgia que les « grotesques » se montrent pour la première fois, depuis la fin de l’Empire. Ils décorent le plafond à caisson de la salle des Arts libéraux, la voûte autour des histoires d’Osiris et des ligures de prophètes, et les parois mêmes de la salle des Sibylles. Des monstres marins, les satyres dont les jambes se ramifient en volutes feuillues, forment de grandes arabesques d’outremer sur un champ d’or ; le décor dont quelques restes sont encore visibles près du Colisée, dans des caves fini sont les ruines des Thermes de Titus, a revêtu, sous le pinceau du maître ombrien, l’opulence orientale des anciennes mosaïques chrétiennes.

ROME

Avant les grotesques de l’Appartement Borgia, les seules imitations de l’art antique qui eussent été introduites dans les œuvres des peintres du XVe siècle étaient des copies plus ou moins fidèles d’un arc de triomphe ou d’un amphithéâtre, et des transpositions toujours libres de quelque statue, femme drapée ou enfant nu. Botticelli, alors qu’il travaillait dans la Chapelle Sixtine, avait imité avec plus d’amour qu’aucun de ses compagnons les monuments et les marbres antiques de Rome (fig. 85 et 93). Pinturicchio est le premier maître italien qui, dans une décoration peinte, se soit inspiré de la peinture antique.

Ces arabesques animées célèbrent sur les voûtes massives du palais de Nicolas V une nouvelle victoire de la Renaissance au temps d’Alexandre VI ; l’art antique, représenté par les fantaisies gréco-égyptiennes retrouvées dans les ruines romaines, triomphe à côté de l’humanisme païen, qui a installé dans la chambre du pape le culte des animaux mythologiques. Mais les figurines que Pinturichio a dessinées dans les fouilles joyeuses auxquelles se divertissaient les bons compagnons des ateliers de Rome n’ont place que sur des encadrements : lorsque le maître ombrien peint un tableau mythologique, il travestit gracieusement l’antiquité à la mode de son temps. La féerie des légendes de saints se continue dans l’histoire d’Osiris.

1/ Appartement Borgia termine à Rome l’œuvre du xve siècle par un ensemble d’une richesse unique. Les plus frais tableaux de l’Evangile et les légendes des saintes les plus pures s’y trouvent rapprochés des dieux les plus étranges de la Grèce antique et de l’Egypte ; les allégories de la scolastique voisinent avec les mythes païens. Deux mondes ennemis sont unis dans les thèmes de ce décor éclectique ; mais, dans l'œuvre de l’artiste, ces deux mondes restent séparés. D’antiquité a sa part, qui est la moindre : quelques silhouettes de monuments eu carton doré et la foule des grotesques. Ea vie multiple et bariolée a gardé ses droits ; l’amour du luxe brillant et de la richesse matérielle reste plus fort que l’admiration éveillée par les formes antiques. Pinturicchio, qui a consacré à Rome toute sa jeunesse et qui, de bon apprenti du Pérugin, y est passé maître, doit bien plus à la magnificence de la cour pontificale qu’à la majesté des ruines ou à la beauté des statues, et à la Ville des papes qu’à la Ville des Césars.

Les réminiscences de l’art antique, témoin d’un monde qui n’est plus, 11e troublent point encore la vision sincère et nette de tout ce qui vit autour de l’artiste. Niais le temps est proche, où l’étude de la vie et l’admiration de l’antiquité s’uniront pour créer une humanité idéale, faite pour les épopées.

Pinturicchio vit à Rome l’aube de l’ère nouvelle. En 1505, il y était revenu, après un séjour de quelques années à Sienne et en Ombrie. Le peintre des Borgia entreprit la décoration d’une coupole neuve, dans l’église des délia

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