‹ Rome devant l'Europe (volume 4)Chapitre 6 sur 16 · DE L'IMTÉGRITÉ TERRITORIALE DES ÉTATS DE L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

DE L'IMTÉGRITÉ TERRITORIALE DES ÉTATS DE L'ÉGLISE

Ou veut bien que le Pape conserve un domaine temporel; mais à quoi sert, dit-on, toute son étendue? Ne suffit-il pas de lui conserver un coin de terre où il demeure roi pour ne pas devenir sujet? un abri enfin, quel qu’il soit, pour qu’il puisse garder encore la majesté de son rang et l’indépendance de l’Église?

Telles sont les questions qu’on entend répéter de toutes paris, et ce ne sont pas seulement les ennemis qui les agitent, elles troublent même des consciences amies, plus sincères qu’expérimentées.

Chacun fait son programme ; pour les uns, c'est assez de laisser Home au Pape, d’autres y voudraient joindre line banlieue. Quelques-uns lui donneraient l’.\pennin pour limite, et lui conserveraient tout le bassin de la Méditerranée ; d’autres, enfin, se contenteraient de lui enlever les Légations.

Cette variété, diaprée à l’infini, de plans et d’hypothèses, ne peut surprendre personne. Quand on déserte le terrain fi.\c du droit, on ne rencontre plus que le sol mouvant des passions et les élastiques fantaisies de l’usurpation humaine.

Et cependant la raison et l’expérience s’accordent si

L’UNITE ITALIENNE

bien pour justifier et maiiilenir les droits sacrés de la possession !

C’est la marche progressive des besoins, c’est le courant légitime des faits, qui ont constitué à la papauté un royaume assez grand pour ne pas être absorbé par ses voisins, assez restreint pour ne pas l’absorber elle-même. Varié dans sa situation comme dans ses produits, assis sur les deux versants de l’Apennin qui partage l’Italie, touchant par son centre aux deux mers qui l’environnent, il communique par ses ports avec les deux plus puissants empires de la catholicité, qui forment tout ensemble les plus riches fleurons de sa couronne spirituelle et les appuis les plus naturels de l’autre.

Ce dernier privilège n’est pas le moins précieux . L’équilibre des protections est la sauvegarde de l’indépendance. Celui qui est soutenu par tous ne dépend de personne. Cette unanimité de concours est un hommage qui assure sa liberté et relève sa grandeur. Mais se voir réduit au secours d’un seul, c’est se trouver sans cesse à la merci de ses exigences ; il en est des protections comme des alliances, celles qui sont forcées deviennent bien vite des servitudes.

Sans doute, s’il fallait choisir, mes sympathies préféreraient l’influence de la France à celle de l’Autriche, mais il importe au monde catholique et même à tout le monde chrétien que le chef de l’Église ne subisse ni l’une ni l’autre. Il faut qu’il reste toujours un guide et un arbitre, Pt au’il ne nnisse iamnis devenir un in"*-'«ionti

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Il ne suffit pns que l’indépendance existe , il faut quelle apparaisse. Les apparences même sont un privilège dont les enfants de l’Église doivent se montrer jaloux ; l’honneur de leur mère leur est aussi sacré que son pouvoir.

Il en est qui semblent se rendre à ces raisons, et ceux qui se disen^ les (ilus modérés laisseraient encore à Pie IX Lorette qui est son sanctuaire, Ancône qui est sa citadelle, et même Sinigaglia qui fut son berceau. L’Église conserverait les Marches, et le Rubicon servirait encore de limite à Rome.

On séparerait d’elle seulement les Légations ; elles sont, dit-on, si éloignées et si mécontentes !

C’est dès longtemps la pensée favorite du Piémont ; ce fut la première thèse de M. de Cavour au congrès de Paris. C’est le système de la note du 27 mars 1856, présentée depuis en Europe comme le commentaire de ce protocole du 8 avril, où la Sardaigne s’arrogea le droit de représenter à elle seule toutes les nations d’Italie. On n’osa pourtant point proposer d’enlever bi-utalement les Légations au Saintd'ère. 11 eût fallu dire à qui on les desli * nail et démasquer trop tôt les, ardeurs compromettantes des ambitions territoriales.

Mais on ne poursuivit pas moins énergiquement le but en sauvant les apparences.

Celte note, qui demeurera comme une curieuse page

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d’histoire, mériterait d’être relue tout entière, tant elle a conservé un caractère de saisissante actualité.

Elle proposa de faire des Légations une principauté apostolique avec une sorte de vice-royauté transapennine, qui n’aurait plus laissé subsister qu’une souveraineté nominale et une vaine ombre de pouvoir entre les mains du Saint-Père. Ce nouvel État aurait eu ses magistrats, ses finances, son armée, surtout la législation et l’administration de Napoléon l'^ On prétendait séculariser, franciser, impèrialiser la papauté dans les Légations, en attendant qu’on pût le faire partout. On flattait ainsi les traditions du premier empire pour mieux exploiter la protection du second.

Mais un tel {)lan ne pouvait faire illusion à personne ; la déception était transparente. C’était toujours la mutilation des États de l’I^lise et la spoliation du souverain Pontife, avec l’inconséquence de plus et la franchise de moins.

Celte création fantastique n’eût pas résisté à la première épreuve des faits. L’échafaudage se fût écroulé au premier souffle du premier mécontent. On sait ce que durent les tributs volontaires, ce que valent les vice-royautés de parade, ce que pèsent les suzerainetés désarmées. Ces républiques déguisées eussent bien vite rompu le lien nomijial qui les rattachait à la fiction, pour rentrer dans la vérité; elles eussent proclamé leur complète souveraineté et montré bientôt leur complète impuissance.

Elles n’eussent pu ni se contenir, ni se soutenir. C’était

”■•'''”'■•'16, et les livrer, le

siirlondfimain, au vainqueur du moment, dans les temps de propagande, au Piémont, dans les temps de réaction, à l’Autriche.

L’un les domine aujourd’hui, c’est son jour de faveur; l’autre les a convoitées longtemps, son tour peut revenir.

Je n’entends méconnaître ni la solennité des déclarations royales, ni la sincérité des promesses impériales. Mais la politique ne peut se fier ni à la loyauté des ancêtres, ni à celle des descendants. Elle assied ses combinaisons non sur la fragile confiance des personnes, ma's sur la seule garantie du droit des gens et des institutions des peuples.

Cette quasi-république, fondée sur l’abdication implicite du Pape, ne devait être qu’un germe toujours croissant de troubles pour la paix des Légations et la sécurité de l’Europe. Elle ne pouvait tomber sans éveiller toutes les ambitions et provoquer tous les conflits. Elle n’aurait pu durer sans déraciner partout la puissance du Saint-Père.

La contagion se fût bien vite étendue de toutes parts. Chaque cité des États de l’Église eût réclamé sa petite république indépendante et son petit podestat impuissant ; la pente était irrésistible et le principe inexorable; le Pape se serait vu enlever une à une toutes les villes de son État, toutes les prérogatives de sa souveraineté.

On eût ainsi ressuscité l’isolement des communes et la suzeraineté féodale dans le temps même où on aspire à concentrer le pouvoir pour ne faire qu’une Italie ; on n’eût jamais trouvé le lot du Pape assez petit, quand les plus antiques royaumes ne semblent nlus nccp^ crmnhe ii nnt

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fallu séparer Pérouse d’Assise et Spolète de Viterbe, dans l’instant même où on est en chemin de supprimer Bologne et Florence pour les absorber dans Turin, et d’engloutir toutes les grandeurs traditionnelles de l’Italie centrale dans le monopole envahisseur d’une décevante unité.

Un tel expédient, ou pour mieux dire un tel stratagème ne pouvait séduire personne. Son auteur même ne le présentait que comme un arrangement provisoire et un acheminement vers un avenir qu’il ne laissait pas entrevoir, mais dont tout le monde devinait le secret. Aussi il n’obtint pas même les honneurs de la discussion, parce qu’il n’était que la séparation déguisée.

Et, bien que le ministre piémontais ait repris sou plan favori dans sa note du 1" mars 1859, devenue le prélude et en quelque sorte le manifeste de la guerre, je ne le discuterai pas davantage aujourd’hui, parce qu’il est la séparation réelle . On peut la vouloir sans doute, mais il faut avoir du moins le courage de la demander.

Il en est qui la demandent ; c’est à ceux-là que je réponds. Je ne discute qu’avec les opinions qui s’avouent ; il y a tout à gagner aux questions nettes, aux situations vraies, aux débats sincères.

C’est donc la séparation réelle, complète, absolue des Légations et du domaine de l’Église qu’il faut envisager sérieusement.

Ainsi le Saint-Siège ne les posséderait plus ; mais à qui 'es donnerait-on?

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ET LA SOrVEnAINETÉ DU TAPE.

chasser de l’Italie, et ce n’est pas au moment où l’on restreint ses provinces héréditaires qu’on peut songer à l’agrandir par des usurpations sur l’Église.

A la France? elle a. proclamé son désintéressement et elle y est restée fidèle. En ce moment même elle refuse la Savoie, sa sœur par sa situation comme par sa langue ; la Savoie qui lui donnerait scs frontières et qui surtout se donnerait si volontiers elle -même '.

Serait-ce au Piémont ? mais il a déjà bien assez gagné à la guerre ; l’Europe est peu disposée à le récompenser encore d’en avoir donné le signal. C’est déjà trop d’avoir bravé le pouvoir spirituel du Saint-Père et envahi son domaine temporel ; ilnefautpasdu moins qu’on lui permetio d’en hériter.

Voudrait-on les incorporer à Naples ? Mais le royaume de Naples ne se le permettrait jamais à lui -même. Le pays qui sut abriter si généreusement l’exil du Saint-Père n’accepterait pas ses dépouilles. La révolution n’est pas d’ailleurs disposée à les lui offrir. Elle ne bait pas moins la maison de Bourbon que le Saint-Siège, et ce n’est pas pour enrichir le sceptre de l’une qu’elle voudrait mutiler la tiare de l’autre.

Laissera-t-on les Légations à elles-mêmes? Elles deviendront à l’instant la proie du premier tribun anarchiste ou la conquête du premier voisin ambitieux.

* Cette page, comme toute la première partie, a été écrite sous l’impression des déclarations s'i explicites de la proclamation de Milan.

I/INITÊ ITALIENNK

Les absorbera-t-on dans la création d’nn royaume de l’Italie centrale, à quatre têtes, à quatre capitales et é quatre peuples, dont quatre congrès piémontais viennent de décréter l’unité? Mais cette création de fantaisie improvisée n’aurait pas plus d’avenir qu’elle n’a de passé. Klle ne repose sur rien, ne satisfait à rien, n’assure rien. La fierté de Bologne, qui ne veut pas être la seconde de . Rome, voudrait bien moins encore obéir à Florence. Bologne, si tière d’accueillir le Saint-Père en 1857, ne cède sans doute aujourd’hui qu’à la contrainte; je dois le croire pour son honneur. Je me refuse à reconnaître, dans une si affligeante mobilité, les traits sévères par lesquels un grand écrivain du quinzième siècle, qui ceignit depuis la tiare pontificale, la représentait comme une permanente école de sédition, constante seulement dans sa propre inconstance^. En tout cas, si ce nouveau faisceau venait à se former, cette inconstance ne manquerait pas celle fois de prétextes pour dissoudre une quadruple nationalité qui ne vivrait que pour le conflit perpétuel de toutes les passions comme de tous les inlérêls, et qui ne trouverait pas môme dans l’unité italienne une sorte de compensation de fierté nationale.

Celte union sans racines se dissoudrait sans résistance et ne laisserait que des ruines sans souvenirs.

' Bononia, quæ non l.ini studiorum mater quam seditionum al- Irix appellari potest, soror et ipsa civitatis genuæ ac solius iiiconstaiitiæ (’onstans.

Jiiniiiii ü'iiisin. Hixinria rl>> r.urtmn ii. 452.)

Nul ne peut donc dire ce que deviendraient les Légations le lendemain de la séparation, et pourtant une politique prudente ne détruit jamais le passé sans s’assurer du lendemain.

Mais ce n’est pas seulement par l'impossibilité du lendemain qu’il faut juger la séparation, il faut la voir en elle-même et dans ses effets du jour.

Pour repousser une telle mutilation, il n’est pas besoin d’interroger laborieusement l’avenir, le présent suffit.

Je pourrais m’attacher à faire ressortir l’inconséquence de cette nouvelle et étrange configuration de frontières. En effet, on ne proposera pas de fermer l’Adriatique au Pape et de le chasser violemment d’Ancône, que gardent encore ses troupes fidèles. Ce seraient les Légations seules qu’il s'agirait de détacher. On partagerait ainsi en deux les populations adriatiques, unies par la nécessité de tant de besoins et la tradition de tant de sympathies, pour substituer une limite arbitraire aux frontières déterminées par les convenances de situation et les habitudes des peuples.

Cette inconséquence vaudrait la peine d’être signalée dans un temps qui exalte la sainteté des frontières naturelles et la résurrection des nationalités. Mais la révolution ne se pique guère de logique, et il est temps d’attaquer ses arguments de front et de rendre à la question sa hauteur.

Mutiler le patrimoine de l’Église, et de quel droit?

PourQUni lino \p çnJi-on nn« nno

L'UNITÉ ITALIENNE

tout est indivisible dans les droits de l’Église; que les Papes en sont les dépositaires et non les maîtres; que chacun doit fidèlement compte à ses successeurs de tout ce qu’il a reçu de ses devanciers sans que ce patrimoine électivement et immuablement héréditaire puisse s’amoindrir par aucune faiblesse ou se perdre par aucune violence?

Et parmi ces diverses provinces qui forment aujourd’hui l’État de l’Église, en est-il une seule qui ne lui appartienne à des titres sacrés? Aucune puissance de l’Europe n’en peut invoquer de plus anciens et de plus respectables. Ce sont des donations, des cessions, des unions sollicitées ou acceptées, des droits commençant quelquefois par des luttes, mais fortifiés par une possession incontestée et cimentés par des siècles de bienfaits dont nos soixante-di.v ans de révolutions ont seuls interrompu la pacifique splendeur. Si de tels titres peuvent être impunément brisés par des caprices inspirés ou plutôt imposés à l’aveugle mobilité des multitudes, aucun État ne peut se dire inviolable, aucun trône ne peut se croire en sûreté ; le droit commun de l’Europe n’est plus, sa base est renvei’sée, les ruines ne se feront pas attendre.

Qu’est-ce à dire, en effet, et comment justifier cette nouvelle dictature homicide envers tous les pouvoirs, et bientôt envers elle-même? Que penser de ces comices assemblés sans droit, délibérant sans liberté et décrétant sans garanties?

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ET LA SOUVERAINETÉ DU PAPE. 8:i

restreindre? Comment qualifier cet orgueilleux monopole qui exclut les illettrés pour indignité et les campagnes pour ignorance, comme si la simplicité vertueuse et sensée offrait moins de garantie que les intrigantes cupidités du demi-savoir? Cet ostracisme, appliqué par une dictature révolutionnairement oligarchique à la force môme du pays, caractérise bien les tyrannies hypocrites qui ne proclament si haut l’affranchissement des peuples que pour les mieux asservir. 11 attesterait surtout leur crainte du véritable vœu des majorités, leur défiance profonde de cet instinct de salut que la sagesse de la Providence inspira quelquefois au bon sens des multitudes.

Et quand on aurait recours aux apparences d’une votation plus nombreuse, quelle confiance pourrait inspirer un fantôme de suffrage universel sous l’ascendant, ou pour mieux dire sous la contrainte d’une telle tyrannie ? Si c’est le suffrage universel qu’on prétend consulter, qui a réglé son application, éclairé sa marche, garanti sa liberté? Ne sait-on pas qu’il parle suivant les formules qu’on lui pose, et qu’il répond presque toujours au gré de celui qui l’interroge? Suivant qu’on l’exalte ou qu’on le comprime, ne devient-il pas un instrument de désordre ou de servitude? Ne l’a-t-on pas vu tantôt incapable de maintenir les institutions les plus saintes, tantôt ne refusant son adhésion à aucun fait accompli? Et ne pourrait-il pas se faire tour à tour le consécrateur obligé de toutes les anarchies et de toutes les dictatures?

L’UNITÉ ITALIENNE

Ki

bile, où l’imagination a tant de puissance et l’esprit politique si peu, où nous trouvons tant d’ardeur et si peu de persévérance, tant d’initiative et si peu de fermeté, le suffrage universel n’est-il pas condamné à être, plus que partout ailleurs, un mensonge ou un péril?

Que dans le naufrage de tous les pouvoirs, au milieu du bouillonnement de toutes les passions et dans le choc de toutes les ambitions déchaînées, le suffrage universel puisse devenir un abri pour un peuple fatigué, la Providence peut le permettre, et il faut savoir respecter les voies de sa sagesse et obéir aux décrets de sa puissance. Mais qu’on fasse du suffrage universel l’instrument à la fois permanent et mobile de la souveraineté et le droit commun du monde; qu’on substitue des caprices improvisés à des engagements séculaires; qu’on remplace le droit par le nombre et les institutions par les émeutes; que les nations soient sans passé, les citoyens sans devoirs et les passions sans frein; que les flatteurs du présent confèrent aux fils le droit inconséquent de désavouer leurs pères et de prétendre lier leurs descendants, ou bien qu’on appelle d’avance la fantaisie du lendemain à détruire l’aventure de la veille, en sorte que la souveraineté devienne un chiffre éphémère, obligé de s’affirmer, de se prouver et de se recomposer sans cesse, et la vie des sociétés un scrutin perpétuel, sans base comme sans durée; c’est là un de ces rêves fiévreux que la raison dément comme l’histoire, et dont le péril tou-

On peut môme dire que la folie éclaterait celle fois avec un caractère plus désastreux encore.

On n’aurait pas même le prétexte, tant de fols invoqué, de venir en aide à une nation qui se serait inféodée à une famille, au risque de subir toutes les infirmités dynastiques et de se voir exploitée elle-même par les égoïstes calculs d’uii intérêt héréditaire. Non, ce serait le peuple romain, à qui le inonde catholique a confié la garde de l’Kglise, qui violerait ce dépôt sacré en brisant le pouvoir d’un pontifical romain sans cesse renouvelé par une élection romaine, et régnant avec le perpétuel concours d’un sénat romain représentant le monde catholique tout entier.

Que dis-je? ce ne serait pas même le peuple romain qui briserait l’unité des Étals de l’Église; ce seraient quelques provinces qui se sépareraient, par leur seule volonté, du faisceau formé par les siècles et garanti par le monde. Oii les consulterait, et on ne consulterait pas même l’État dont elles dépendent! Ce serait là, il faut l’avouer, un étrange perfectionnement du suffrage universel : car, si une province peut se séparer d’un empire, pourquoi pas une ville d’une province, un faubourg d’une cité, une famille d’une tribu, un individu d’une famille?

Si on ne respecte pas la forme actuelle des sociétés et des empires, qui doue aura le droit de composer lesagi égations qu’on prétend ériger en nationalités nouvelles ? Ne faudra-t-il pas, pour les dégager du lien commun, consulter le suffrage universel dans tout l’Étal dont elles

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comme par les traités? Suffira-t-U de la seule velléité des provinces qui rêvent la défection, pour rompre un lien formé par des promesses mutuelles et consacré par la puissance des temps? S’il en est ainsi, les majorités ne seront pas plus obéies que les minorités ne seront protégées; les traditions, les institutions, les limites respectives des empires, les engagements mutuels des peuples et des rois pourront se voir brisés par le caprice d’une délibération. Les républiques ne seront pas plus garanties que les monarchies, les fédérations pas mieux que les l'itals unitaires. Bâle pourra se détacher de la Suisse pour se livrer à l’Allemagne, New-York de la grande Union américaine pour se constituer en république indépendante. Les plus puissantes sociétés comme les plus modestes se verront incessamment menacées dans leur paix, leur force et leur vie. Il est des principes dont aucune ne s’écarte impunément, et qui dominent toutes les formes politiques. Toutes les nations sont solidaires de l'autorité des lois comme de la foi des traites. 11 faut choisir entre la sainteté des engagements et la dissolution perpétuelle,

Rien ne saurait en effet arrêter une telle dissolution. Là où le droit doit céder au nombre, le nombre lui-même n’est pas longtemps une autorité. Le suffrage universel s’éparpille en groupes nouveaux et s’abaisse incessamment de degré en degré jusqu’à la licence omnipotente du suffrage individuel. Chacun ne reconnaît plus de loi

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dernier mot de la révolution; il y a longtemps que nous le savons.

Je viens de caractériser la révolution, je l’ai attaquée souvent dans cet écrit, et je ne voudrais pas qu’on me crût ennemi de la liberté, que j’ai servie toute ma vie.

C’est pour moi un devoir de dire ma pensée tout entière.

Dieu me garde de confondre jamais la liberté avec la révolution.

L’une discute et féconde; l’autre opprime et détruit.

L’une s’appuie sur le droit et l’intelligence; l’autre, en paraissant s’agenouiller devant le nombre, sait confisquer à son profit le nombre comme la justice, et ne compte en réalité que sur la force.

L’une contient l’impatience de ses amis; l’autre déchaîne les passions de ses sectaires; l’une ménage jusqu’à ses ennemis; l’autre tue ses adversaires.

L’une respecte cet ensemble de traditions, de lois, do mœurs, qui consacrent les devoirs de chacun, les droits do tous, et ne se courbent devant l’omnipotence de personne.

Elle éclaire l’opinion, accélère les temps, avance sans cesse par le progrès régulier des institutions nationales, et fonde sans secousses et sans retour l’indépendance des peuples.

L’autre dédaigne toutes les e.xpériences, rompt toutes les traditions, brise les images des ancêtres, sacrifie toutes les nationalités comme tous les contre-poids à une aveugle unité qui concentre toutes les oppressions pour confisquer tous les droits.

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1,’UNITÉ ITALIENNE

pies et des rois ; l’antre absout tout, pourvu qu’elle détruise, et elle détruit toujours, jusqu’à ce qu’elle règne enfin sous la toge des tribuns ou sous la pourpre des Césars .

Enfin, dans l’histoire des peuples, l’une se nomme la liberté, l’autre la révolution. Dans les destinées de l’avenir, l’une s’appelle la souveraineté nationale, l’autre la souveraineté du peuple.

Celte souveraineté prétendrait s’exercer ici avec bien plus d’audace qu’ailleurs : car non-seulement des provinces se détacheraient des États de l’Église contre la volonté même de ces États, mais on ne daignerait pas consulter le monde catholique qui les a formés pour luiméme autant que pour eux.

En effet, Rome et les États de l’Église ne s’appartiennent pas seulement à eux-mêmes, ils appartiennent à l’univers catholique. C’est lui qui les a fondés, défendus, enrichis et sauvés tant de fois, depuis l’épée de Pépin et de Charlemagne qui affermit le trône de Saint-Pierre, jusqu’à celle de notre brave armée, qui a délivré Rome de l’oppression démagogique, avec le concours des rois et l’applaudissement des peuples.

Cette terre est notre capitale à tous ; elle en a les devoirs comme les droits, les charges comme les honneurs.

Nos ancêtres lui ont donné la liberté; nos pèlerins lui

apportent nos hommages et nos trésors ; nous lui deman-

les droits de notre grande Église, la majesté dans leur pouvoir, la sécurité dans leur indépendance. Jamais on ne donna plus à une capitale, jamais on n’exigea moins d’elle.

Et, puiscpi’on parle sans cesse de scrutin, de suffrage et de majorité, quelle province française serait libre de se séparer de Paris, et de quel droit Paris lui-même pourrait-il imposer ses suffrages à ceux de toute la France?

11 faut donc que les provinces de l’Église en prennent leur parti. Elles ne peuvent se détacher de Rome sans la volonté de Rome, et Rome elle-méine ne peut briser le pouvoir du Pontife suprême et du sénat catholique contre 1a volonté de la catholicité tout entière.

Le gouvernement à l’Église pour assurer son indépendance; les franchises municipales aux communes pour maintenir leur liberté : voilà ce que Rome et le monde se doivent l’un à l’autre ; voilà ce qui assure la paix et la dignité de tous deux.

Toutes les capitales n’ont pas été si favorablement traitées. Il y a un peuple démocraticjue par excellence, qui a senti le besoin de neutraliser la sienne. Washington, la métropole des États-Unis d’Amérique, ne fait partie d’aucun des États de l’Union. Dans ce pays de vole universel, elle seule ne concourt pas à l’élection du président des États-Unis, elle président des États-Unis la gouverne. Elle seule n’envoie aucun député au congrès, et c’est le congrès qui est son seul pouvoir législatif. 11 veut être chez lui à Washington, afin que tous les Américains y soient chez eux. Ainsi, cette métropole fédérale abandonne

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son indépendance provinciale en échange de ce quelle reçoit en honneurs nationaux.

Elle porte le nom du glorieux fondateur de la liberté américaine; elle est le siège des représentants qui ont reçu du pays le droit de commander ; elle paye de tels privilèges par le devoir d’obéir.

Mais les monarchies catholiques ne sont pas si rigou* reuses envers leur capitale que la république américaine l’est envers la sienne. L’Amérique impose son président et ses lois à Washington ; le monde catholique confie l’élection de son propre chef à un sénat romain délibérant à Rome, et choisissant presque toujours dans le sein du peuple romain. 11 ne demande à sa métropole que de respecter le Pontife qu’elle s’est donné. Et en même temps il se fait un devoir de respecter lui-même toutes ses franchises municipales , les véritables libertés , les seules forces vitales et politiques de l’Italie.

La base de ces libertés municipales est restée debout. Les États de l’Église en possèdent incontestablement plus que la plupart de ceux qui prétendent les affranchir.

Les difficultés des temps de trouble en ont fait ajourner plusieurs ; une paix soüde leur donnerait force et vie.

Je me féliciterais pour ma part de les voir élargies et fortifiées. Cette extension serait saluée avec reconnaissance par les Légations, que leurs traités, leurs lois et leurs mœurs avaient dotées de fortes institutions municipales, affaiblies depuis Pie VI, et transformées enfin par

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nivellement et de la centralisation modernes. Là comme ailleurs il faudrait se garder sans doute de ressusciter, sous le nom de libérales franchises, des inégalités et des privilèges stipulés dans tant de traités du moyen âge, et abolis aujourd’hui par le progrès des temps dans toute l'Europe. Ce serait revenir à une confusion heureusement détruite, et briser cette unité de lois, de justice et d’impôts, le plus beau peut-être et le plus fécond bienfait des âges modernes. Là comme ailleurs il importerait de combiner, dans une juste mesure, les devoirs de l’union nationale qui donne la force, et les prérogatives de l’indépendance municipale qui garantit la liberté.

Cette liberté ainsi fortifiée assurerait à ces provinces une répartition plus complètement garantie dans les charges comme dans les bienfaits du trésor, dont la balance est souvent exposée à pencher au préjudice des populations éloignées.

Ces vœux ne sont pas les seuls que les Légations soient fondées à faire entendre.

Le dernier voyage du Saint-Père en a fait éclore plusieurs. Si quelques-uns ont paru injurieux et chimériques, d’autres se sont manifestés dans des limites prudentes et sous une forme respectueuse. Ceux de la Chambre de commerce de Bologne se sont fait remarquer par leur sagesse pratique. Ouvrir de nouveaux débouchés au commerce, faciliter les productions de l’industrie par de nouveaux remaniements d’un tarif redressé déjà dans un sens

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libéral, simplifier les procédures, étendre l’instruction professionnelle, assurer runitè des poids et mesures, accroître la circulation et la viabilité, voilà certes des pensées dignes de préoccuper la sollicitude des gouvernements; elles sont loin déjà d’être restées stériles.

L’agriculture est généralement prospère, la vie peu coûteuse , le réseau des grandes routes parfaitement tracé, le mouvement maritime en progrès; les plantations se sont multipliées, la production de la soie s’est notablement accrue, de nombreuses filatures s’élèvent de toutes parts.

Rien ne surpasse les fertiles rivages de ce splendide jardin de l’Adriatique, riches comme les plaines de la Lombardie, mais vivifiés par un plus chaud soleil et baignés par les mers de Grèce.

La voie de fer qui les doit relier tous ensemble se construit de Bologne à Ancône.

Elle se continuera à travers l’Apennin pour unir les deux mers par le centre de l’Italie. Ce sera la seule qui permettra de traverser la Péninsule sans changer de douane et de nation.

Cet achèvement portera le dernier coup à ce honteux . brigandage si déplorablement traditionnel dans ces belles contrées sous des gouvernements divers, et qui a, pendant tant d’années, accusé la mollesse des tribunaux et, bien plus encore, le laisser aller des populations et la pusillanimité des témoins.

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ET LA SOUVEKAIXETE IJÜ l'Al'E.

et que la confiance seule accomplit. Ce n’est pas le fruit des révolutions qui troublent les esprits, ruinent les peuples et retardent pour longtemps le progrès social. Aussi les révolutionnaires y tiennent peu, et on a vu les plus violents excuser eux-mêmes le brigandage et paralyser les témoins pour se donner le droit de plaindre les peuples, de déconsidérer le gouvernement et d’accuser la justice d’impuissance.

Or est-il besoin de demander le caractère du mouvement qui désorganise en ce moment les provinces de l’Italie centrale? Chacun peut juger s’il est réformateur ou l'évolutionnaire.

Il s’agit bien d’un appel à la sagesse du I*ape? c’est sa souveraineté temporelle dont on proclame solennellement la destruction. On ne sait guère ce qu’on fera, mais on sait ce qu’on ne fera pas. On changera tous les jours de consuls ou de dictateurs, on se mettra partout en quête de régents et de rois. Tout sera possible dans les Étals de l’Église, excepté le rétablissement de l’autorité de l’Eglise.

Et ce n’est pas seulement de l’autorité temporelle qu’il s’agit. Le mouvement porte le caractère irréligieux qui signale toute cette révolution, depuis son point de départ jusqu’à son dénoûmenl, depuis les manifestes piéinonlais jusqu’aux décrets de Modène et aux proclamations législatives de la dictature de Bologne. Les actes ont mallieureuseraent répondu aux paroles. La réapparition des noms les plus odieux de 1848, les injures publiquement

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prodijruéos à la personne du Saint-Père, rénergiqne encouragement donné à toutes les propagandes anticatholiques, les menaces contre les prêtres, le trouble jeté dans les ordres religieux, l’expulsion de plusieurs, le séquestre suspendu sur leurs biens, disent assez le but et les moyens de la guerre. La révolution est fidèle à ses haines impérissables ; elle frappe le Roi pour atteindre le Pontife ; elle déchire les États de l'Église dans l’espoir d’anéantir, s’il se pouvait, l’unité spirituelle de l'Église elle-même.

Les plus aveugles peuvent voir, et il est plus que temps d’aviser.

Aussi bien, chaque jour le travail perd sa proteclion, la société ses garanties, la loi son autorité; la paix a disparu des faits comme des esprits.

Et en même temps les bons se dècourageni, les agilateurs s’enhardissent, les faibles s’engagent. On s’étudie à rendre le retour du droit plus difficile. On lui suscite pour ennemis même les esprits honnêtes qu’on aura entraînés et qui ne pardonneront plus à la clémence pontificale le bien quelle voudra leur faire etle mal qu’ils lui auront fait. Encore quelque temps, et, en dépit des vœux les plus légitimes, l’opinion comprimée parles dictateurs et la possession confirmée par leur audace ne laisseront plus de choix à l’Europe qu’entre l’humiliante complicité du silence et les réparations toujours douloureuses de la force.

Une Anni-friniip. de la Él’auce

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ET L\ SOUVERAINETÉ DU l'Al'E. 05

eût pu éviter cette cruelle alternative. Elle aurait eu pour elle le droit et le succès, et ce ne serait pas un congrès qui l’accuserait d’avoir remédié par sa sagesse au mal enfanté par l’ambition de ses alliés.

Mais, soit qu’elle remplisse elle-même ce noble devoir ou qu’elle en laisse l’honneur à un congrès, il faudra choisir entre les réformes accomplies par la paix intérieure et l’anarchie imposée par l’oppression étrangère.

Le choix ne saurait èlre douteux.

Décréter la mutilation du territoire, ce n’est pas seulement amoindrir matériellement la papauté, c’est la frapper d’une déchéance morale. Où s’arrêter dans cette voie de séparation, ou, pour mieux dire, de destruction? Si Bologne est émancipée de l’autorité du Pape, parce qu’il lui a plu de la secouer, de quel droit y retenir les autres cités qui ont proclamé le droit d’insurrection ou qui le proclameront désormais ?

La logique est invincible et la perspective inévitable.

Cette situation a frappé tous les yeux.

Ce n’est pas le détachement accidentel d'une ville ou d’une province qui a arraché le cri d’alarme aux amis de l’Eglise. Son pouvoir spirituel a précédé son domaine temporel, il pourrait lui survivre, et de nos jours même, où tant de causes providentielles l’ont rendu si bienfaisant et si nécessaire, son sort ne saurait tenir à une parcelle que la violence arrache et que la justice reprend.

La papauté a vu tes ambitions conquérantes démembrer

L’UNITE ITALIENNE

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ses provinces, envahir sa capitale, assiéger jusqu’à son sanctuaire. La Providence y a pourvu : les temps chaugcnl, les hommes passent, le droit reste et la force revient.

Mais, cette fois, ce n’est pas un fait qui usurpe une partie, c’est un principe qui confisque tout.

Ce n’est pas même un désir d’indépendance jalouse ou de nationalité locale qui brise l’unité légale du territoire. On ne demande pas que les Légations soient à elles-mêmes. On veut bien qu’elles cessent d’êire romaines, mais on entend qu’elles deviennent piémonlaises. On trouve Home trop loin pour diriger Bologne, mais Turin est assez près pour tout commander.

El pourquoi de telles anomalies? Parce qu’il a plu aux interprètes suspects du prétendu vœu des peuples de proclamer que chaque ville est libre de se séparer, par son seul caprice, de la société politique qui la protège et du corps même dont elle forme un membre vivant et nécessaire.

Et ce vœu est fondé sur la haine de ce qu’on nomme la domination cléricale et sur l’incompatibilité, qu’on entend faire désormais passer à l’état d’axiome, entre la dignité des peuples et le gouvernement de l’Église.

El celte annexion contre nature est volée, parce qu’elle n’est qu’une étape pour arriver à l’unité de l'Ilalie, qui est le premier et le dernier mol de la guerre sans lelâche et des révolutions sans fin. Qui ne voit la pente irrésistible du principe et le précipice inévitable des événements ?

Si le vœu inspiré à Bologne suffit pour rompre le lien qui Tunit à Bonie, de quel droit y retenir Ancône, à laquelle il serait si facile de surprendre ou de suggérer de tels vœux?

Si les jours de la domination ecclésiastique sont Jlnis pour l'Italie, comment ne pas affranchir Pérouse, qu’on glorifie de l’avoir repoussée même au prix de son sang?

Si l’unité de l’Italie doit absorber tous les peuples et emporter tous les trônes, comment la tiare écbapperail-elle pour Viterbe et pour Borne même à la commune destinée? Faudrait-il donc que le Pape devint le roi de toute l’Italie pour n’en pas être l’esclave? Le suprême représentant de la justice et de l’autorité n’aurait-il d’autre choix que de dépouiller les autres, ou d’être dépouillé lui-mênie? Ne pourrait-il être enfin que le complice impossible ou la victime nécessaire d’une révolution qui ne voudrait le couronner un instant que pour ajouter le déshonneur à la chute?

Telle est l’alternative écrite dans le démembrement du territoire pontifical.

On le demande en ce moment au nom de trois principes : l’impossibilité de la domination ecclésiastique, l’unité de l’Italie, l’omnipotence absolue du vole populaire.

Le premier renverse partout la puissance dn Pape; le second brise toutes les couronnes de l’Italie; le troisième ébranle toutes les sociétés de l’univers.

Voilà ce qui a retenti dans le monde catholique tout entier. Ce n’est pas le sort de deux ou trois villes d’Italie qui

L’UNITE ITALIENNE

a ému l’Allemagne et la Belgique, l’Espagne el l’Irlande. Mais tous les enfants de l’Église ont compris que tous ses droits étaient attaqués, et leur dévouement s’est hâté de protester contre la violation des frontières parce qu’ils ont vu leur capitale menacée. Ils savent qu’on veut détruire le pouvoir temporel pour compromettre l’autre; ils savent que, pour la papauté, l’amoindrissement aujourd’hui, c’est le détrônement demain, la persécution après-demain.

Ce n’est pas le territoire qu’ils défendent, c’est le principe.

Le. principe de la souveraineté une fois entamé, tous les démembrements sont écrits d’avance, et ils viendront vite. Il n’y a que les premières violations qui coûtent. Leur consécration obtenue donne aux vainqueurs la force d’un premier triomphe, et elle enlève à la résistance l’énergie d’un droit qui s’est déjà abandonné lui-même.

De tels abandons ne seront jamais ni proposés ni consentis. On n’y gagnerait pas même du temps; on y perdrait la dignité et jusqu’aux retours de l’avenir.

En effet, le lendemain de la séparation des Légations, quelle sera la situation de tous? La révolte victorieuse sera recompensée; les insurgés obtiendront ce qu’on nommera la liberté; les provinces fidèles garderont ce qu’on nommera l’esclavage. Ou exploitera la puissance des mots ; personne ne voudra êire esclave ; la rébellion gagnera de proche en proche. Le privilège d’appartenir aux États de l’Église, de ne dépendre que de son chef et

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Ce n’cst pas pour préparer un toi jour que l’Europe acclamait, il y a dix ans, le retour du successeur de saint Pierre dans ses domaines usurpés par la révolte. L’Europe ne peut pas souffrir qu’on se joue ainsi de ses manifestations solennelles; elle voudra maintenir son œuvre.

La France y est tenue plus que personne ; elle y est engagée par sa foi, sa grandeur, son histoire.

Elle le doit, car elle est la fdle aînée de l’Église; c’est à elle surtout qu’il appartient de défendre sa mère.

Elle le peut, car elle est la favorite du Dieu des armées; elle semble avoir reçu entre les plus vaillants peuples la force de la gloire militaire. Depuis les fiers compagnons de Clovis jusqu’aux héroïques soldats de Solferino, l’histoire de ses luttes n’est qu’une suite de prodiges.

Elle le fera : car elle l’a toujours fait. Son bras est toujours resté l’appui de Rome chrétienne, comme il fut la terreur de Rome antique. Les vainqueurs du Capitole sont devenus les protecteurs du Vatican. Rien ne s’est fait de grand dans l’Église, comme dans le monde, sans qu’ils y aient mêlé leur nom. 11 semble que Dieu lui-même ait mis la main à l’épée de la France pour accomplir les desseins de sa sagesse. C’est toujours le mot de l’histoire : Gesla Dei •per Francos.

Après tant de services, la France est engagée. Les services obligent plus encore celui qui les rend que celui qui les reçoit. Service oblige comme noblesse. La France s’est dévouée à cette grande cause. Depuis Charlemagne, tous

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niercle tous, queje m’honorerai loujoni s d’avoir mi vÎ, â|>i'és* avoir encouragé Pie IX dans ses réformes libérales, s’apprêtait à le garantir des flots déjà soulevés, quand leurs débordements emportèrent son trône constitutionnel et avec lui l’espoir des libertés pacifiques et conservatrices de l’Italie

Et, quand la mesure du désordre a été comblée par le renversement du trône pontifical, c’est notre dernière république qui est allée le rétablir et briser une autre république pour ne pas déserter la mission immémoriale de la France.

Le chef même de notre république éphémère, devenu empereur, doit maintenir une œuvre dont il a souvent revendiqué la gloire; il ne peut ni démentir de solennelles promesses, ni renier les plus beaux souvenirs de son pouvoir.

Mais ce n’est pas tout. La France est obligée à protéger le trône de Saint-Pierre, non-seulement par les services qu’elle lui a rendus, mais par les périls que lui ont attirés ses alliances. Notre guerre d’Italie devait inévitablement susciter des attaques directes contre la papauté; il est

‘ Pour sauvegarder La Papauté, déjà menacée par la démagogie, 5,000 hommes étaient réunis à Toulon et à Port-Vendres. Le général Anpick était désigné pour les commander, et M. Guizot, alors président du conseil, écrivait le 29 janvier 1848, à M. Rossi, notre ambassadeur à Rome, que nos troupes étaient disponibles et n’attendaient qu’un signal pour s’embarquer pour Civita-Vecchia. {Note de'

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