‹ Rome devant l'Europe (volume 4)Chapitre 7 sur 16 · L’I’MTÉ ITALIENNE · texte numérisé non relu

L’I’MTÉ ITALIENNE

■ dés ■eiUrainenioftls crdcs conlre-coups dont rien ne peut garanlir.

Tel n’était pas le but de la France, elle ne pouvait s’armer contre ce qu’elle avait rétabli. Toutefois le pouvoir avait le pressentiment du péril et il a voulu le prévenir . par une manifestation solennelle.

Sa politique prétendait tout ensemble aiîranchir l’Italie de la domination de l’Autriche, et maintenir, affermir même le domaine temporel du Saint-Siège.

11 a proclamé lui-même qu’il avait ces deux lâches à remplir

La première a été accomplie on un clin d’œil : on en avait chargé notre brave armée, ses victoires ont répondu; l’autre regarde notre politique.

Nous avions consacré à l’une la force de nos armes, nous n’avons pu donner à l’autre que notre parole.

Mais la parole de la France ne peut être ni moins fidèle ni moins puissante que son épée.

Et celte parole, ce n’est pas seulement le chef de l’État qui l’a donnée, tous les pouvoirs ont engagé la leur à l’envi.

Le Corps législatif, qui eût voulu prévenir la guerre, et qui n’a pu rompre le silence qu’en présence des faits accomplis, a proclamé alors hautement sa pensée.

Il ne pouvait arrêter l’essor de notre armée déjà lancée

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au delà des Alpes, mais il lui a montré d’une main la révolution à contenir, et de l’autre l’Église à protéger.

Cette séance mémorable a fait éclater le vrai sentiment de la France catholique, et j’ai été heureux que le retentissement de tout ce qui nous est resté de liberté se fit entendre dans une enceinte qtii me fut chère, et pour •

Une cause qui me sera toujours sacrée.

Mais ce n’est pas seulement la guerre en elle-même qui a ébranlé l’autorité du Saint-Siège, ce sont surtout nos alliés. Le monde entier l’a vu : c’est la politique du ministère piémontais qui a mis le pouvoir temporel du Saint- Siège en péril, et c’est notre alliance qui le lui a permis.

Rêver l’unité de l’Italie par l’insurrection populaire et la propagande irréligieuse, miner le trône pontifical qui faisait obstacle à ses ambitieuses témérités, déclarer la guerre au pouvoir spirituel, en attendant le jour où il serait permis de frapper le pouvoir temporel, préluder par la saisie des biens religieux au soulèvement des provinces et à l’usurpation des territoires : telle a été la marche suivie par le gouvernement piémontais jusqu’au jour où il a fait, du cri de douleur des peuples, un cri de guerre contre les rois.

Et depuis la guerre, sa main n’a-t-elle pas apparu transparente dans tous les soulèvements contre les gouvernements réguliers de l’Italie et contre celui du Pape en particulier ? N’est-ce pas son ambassadeur qui s’est trouvé

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Florence? Ne sont-ce pas ses volontaires mêlés aux troupes toscanes qui les premiers ont envahi les duchés de Parme et de Modéne défendus par leurs armées nationales, afin d’imprimer à toutes ces révolutions intérieures le sceau calculé de sa domination envahissante ? Ne sont-ce pas ses émissaires qui ont soulevé Bologne, ses représentants qui l’ont armée, soutenue, gouvernée?

Si l’évidence des faits ne parlait pas assez haut, il suffirait de lire le curieux recueil des pièces diplomatiques récemment publié en Angleterre. Les rapports assurément peu suspects des agents anglais désignent assez l’origine des complots semés pour agiter les peuples et préparer partout une explosion générale prompte à éclater au mot d’ordre.

En ce moment, n’est-ce pas le nom du roi de Sardaigne qui fait la sauvegarde de l’insurrection bolonaise et son drapeau qui lui sert de ralliement ?

El pourtant ce drapeau lui-même ne s’est déployé qu’à l’oinhre du nôtre. En dépit de toutes les protestations contraires, c’est encore notre influence qu’on exploite, c’est notre ascendant dont on abuse.

Tout ce que le ministère piémontais a dit et fait depuis tant d’années, il Ta dit et fait en se prévalant de nous, en menaçant de nous les rois, en promettant notre appui aux peuples. Avant la guerre, pendant sa durée, depuis la paix, c’est le nom de la France qui lui a tout rendu possible.

N’est -ce pas sous le patronage de la France que son

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noies, qui, en déconsidérant les rois et en excitant les peuples, sont devenues le point de départ de toutes les agitations de l’Italie?

N’est-ce pas depuis notre alliance de Crimée qu’il a entretenu chaque jour le foyer des passions révolutionnaires qui ont fini par éclater en insurrections et en complots surtout le sol de l’Italie, depuis Livourne jusqu’aux côtes les plus reculées de la Calabre? Et pourtant il a vu à Gênes même la démagogie attaquer les soldats du roi et menacer la seconde ville du royaume, sans que de telles audaces aient pu ni avertir sa politique au dedans, ni ralentir sa propagande au dehors.

N’est-ce pas dans l’autorité d’une alliance nuptiale, destinée à resserrer par un nœud solidaire l’intimité des deux couronnes, qu’il a trouvé le courage d’organiser chez lui ces légions de volontaires recrutées parmi les mécontents de toute la Péninsule, et dont le drapeau et le but avoué constituaient en pleine paix un attentat au droit (les gens et une conspiration armée contre tous les gouvernements de l'Italie?

N’est-ce pas au bruit de nos victoires qu’il a encouragé toutes les révoltes contre les souverains italiens, dont les manifestations solennelles de la France annonçaient l’intention de respecter les droits?

N’est-ce pas entre la victoire de Magenta et celle de Solferino que ses agents ont fait éclater les insurrections de Bologne et de Pérouse ?

• N’a-t-il pas profité de la présence de nos troupes à

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Florence et dans les provinces limitrophes de la révolte pour faire croire à la connivence dé la France, au moment même où elle renouvelait avec éclat ses protestations de maintenir la neutralité des États de l’Église et l’intégritè des droits temporels du Saint-Siège? Et depuis que le gouvernement français s’est tardivement aperçu du précipice révolutionnaire où on l’entraînait si vite, et a tenté de le combler par une paix imprévue, quelle a été la conduite du Piémont? Il n’eût pas osé attaquer notre politique de front, mais il n’a rien épargné pour la faire avorter.

Au lendemain de la paix de Villafranca, toutes les entreprises de la guerre devaient cesser ; tous les corps francs devaient se dissoudre, toutes les attitudes années n’avaient plus de raison d'être : la paix était faite.

Si on voulait consulter le peuple, il fallait que le Piémont se retirât. C’est lui qui voulait l’annexion ; ce n’était pas lui qui devait présider aux scrutins par ses agents qu’il avait intronisés, ou les comprimer par les volontaires qu’il avait armés. Il ne pouvait être juge et partie.

Il appartenait à la France d’écouter les vœux de chacun, parce qu’elle donnait la sécurité à tous ; elle avait fait le succès de la guerre, elle ne clierchail pas pour elle les bénéfices de la paix.

Sa situation désintéressée eût calmé l’Italie et rassuré l’Europe. Un signe de son consul a contenu l’explosion combinée et déjà flagrante d’Ancône ; un ou deux balail- ‘ aux mi-'

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norités remuantes, rassurer les populalions paisibles et rétablir l’ordre dans les États du Saint-Père qu’elle a depuis longtemps accepté la mission de défendre. Cette mission, elle l’avait partagée avec l’Autriche; nous l’avions revendiquée pour nous seuls. Nous avions annoncé l’intention de dégager le Pape de cette pression étrangère que nous accusions l’Autriche de faire peser sur toute la Péninsule. Nos victoires avaient privé le Pape d’un de ses appuis. C’était à nous de le défendre pour deux.

La charge n’était lourde ni pour les sentiments ni pour les forces de la France; elle était digne de son honneur.

Que dis-je? une démonstration armée n’était pas même nécessaire. A ce moment décisif il eût suffi d'une parole énergique. La France avait conquis, par son sang, le droit de la prononcer. Elle eût rappelé au Piémont ce que lui avait valu notre appui, ce que notre mécontentement pouvait lui ôter. Elle lui eût révélé ce qu’il semble si étrangement affecter d’ignorer : les bienfaits de notre alliance et l’impuissance de son isolement.

La Lombardie au Piémont, à condition qu’il abandonnerait tous ses rêves, désavouerait tous les complots, rappellerait tous les agitateurs et se rallierait aux principes de notre politique, sans réserve, sans retard, sans arrière-pensée, à l’instant et partout; la Lombardie à ce prix ; sinon ; non.

lin tel langage eût été efficace; il eût dispensé de l’actioni La France n’a pas voulu le tenir; on s’est étonné de son silence; sans doute elle a cru devoir ménager des

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susceptibilités inquiètes ; elle a craint de iiioiitrer à ses alliés une injurieuse méfiance.

On sait comment les ministres piémonlais ont reconnu cette longanimité. Ils ont transformé leurs commissaires en dictateurs, leurs soldats en volontaires, leurs généraux en chefs de partisans. Ils ont poursuivi partout l’annexion contre laquelle nous avions protesté.

Nous étions engagés au rétablissement des dynasties exilées; ils ont fait prononcer leur déchéance.

Nous avions garanti l’intégrité des domaines de l’Kglise; ils y ont soufllé la révolte et organisé la séparation.

Nous avions posé la base de la confédération italienne ; ils ont travaillé à la rendre impossible.

Ce n’est pas tout. Le ministère piéinontais a inspiré ces réponses royales qui encouragent tout ce que la France déconseille, où on trouve un hommage au Saint-Père qu’on accuse de violer tous ses engagements, et l’éloge de Napoléon 111 dont on rend les promesses dérisoires et la politique impuissante.

Enfin, on s’est hâté à tout prix pour nous gagner de vitesse, pour entraîner les populations, compromettre les esprits hésitants, engager des noms honorables, créer partout des obstacles à nos efforts, et mettre du côté de la révolution la puissance des faits et l’autorité de la possession.

Et quand la paix de Zurich et rannoncc d’un congrès provoqué par la France ont déféré les grandes solutions

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ET LA SOUVERAlîiETÉ Dü PAPE. lOU

de la parole de l’une et de forcer la main à l’autre, en se présentant avec l’autorité d’une annexion inuluelleinent et irrévocablement consommée.

Au même jour, quatre unanimités, obéissant électriquement au même fd conducteur, ont déféré la régence de ritalio centrale au prince de Carignan, qui fût venu, avec les armées du roi de Sardaigne, prendre possession du palais pontifical de Bologne déjà surmonté de ses armes.

L’indignation des grandes monarchies et les avertissements de la France ont brisé cette audacieuse combinaison; il a fallu reculer. Mais, comme il était constamment arrivé depuis le commencement de la guerre, la retraite de la politique piémontaise a masqué un pas en avant. Le prince de Carignan a dû refuser, mais il a désigné un remplaçant. Ce régent est un ancien commissaire de Sardaigne en Toscane qui va gouverner les Étals du Pape à l'ombre du drapeau de son roi, et qui remplacera le prince avec la liberté des compromis de plus et la haute responsabilité de moins.

Ainsi trois États, définis séparément par les traités, auront brisé des nationalités solennellement reconnues pour se constituer d'abord en un seul État et s’incorporer ensuite à un quatrième, à la veille même du congrès où doivent siéger les puissances qui avaient fondé sur leur individualité distincte l’organisation de l’Italie et l’équilibre de l’Europe.

11 y a plus. Ces États se garantiront les uns aux autres l’inviolabilité de leurs insurrections mutuelles, eu se

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prêtant leurs volontaires armés, et en les envoyant tour à tour sur leurs territoires respectifs pour empêcher le retour de l’ordre reconnu et garanti par les traités.

Et ce qui est plus fort que tout le reste, la couronne qui les a insurgés, et prétend les absorber tous, se servira d’eux pour envahir une province appartenant à un autre État dont la neutralité a été solennellement reconnue par toutes les puissances belligérantes.

Et cet État envahi, c’est l’État de l’Église, dont l’indépendance importe au monde c;athoIique et dont la France a promis de faire respecter l’intégrité. Le roi de Sardaigne y régnait déjà par son nom, par ses armes, par son drapeau. 11 y gouvernera désormais olTiciellement par son lieutenant, au mépris des droits du Saint-Pére et des proclamations de la France. Seulement il n’y enverra pas ses régiments ‘, il le fera garder contre les troupes lidèles du Saint-Pére par ses soldats toscans, sauf à comprimer Florence par ses volontaires romagnols. On fera ainsi peser partout l’intervention étrangère de la révolte, au moment môme où on proteste contre toute ijitervention bbératrice de la France, de l’Europe et même de l’Italie.

Telle est la situation faite à l’Italie centrale en général et aux États du Saint-Pére en particulier.

* Il n’a pas craint de les envoyer d^s les Marches depuis que la tolérance de l’Europe a permis de lever tous les masques. {Note de

Les explications les plus habiles ne peuvent pas plus la changer que les protestations les plus énergiques ne sauraient la détruire.

Le fait aurait beau se renier lui-même pour se faire pardonner son existence, il grandira chaque jour par la possession jusqu’au moment où il prétendra se faire obéir, parce qu’il aura passé à la dignité de fait accompli.

Mais l’Europe ne se courbera pas devant celte puissance nouvelle des faits accomplis, si rapidement élevée par toutes les audaces et toutes les faiblesses du siècle, et dont l’inviolabilité ne peut s’asseoir que sur la ruine de toutes les aulrcs.

Elle ne voudra ni se laisser jouer par de telles ruses, ni se laisser imposer par de telles témérités.

La France le pourra moins que personne ; elle ne subordonnera pas à d’injustes exigences l’accomplissement d'un devoir. Elle seule serait responsable de la spoliation du Saint-Siège. Elle doit le sauver des périls qui lui sont venus de ses alliés, grâce à son appui pendant la guerre, grâce à sa confiance depuis la paix.

11 peut se trouver autour du chef de l’État des conseillers plus dévoués que scrupuleux, qui trouveraient habile que la parole impériale se fût engagée à Villafranca pour gagner l’Autriche et apaiser l’Europe, et qu’elle se dégageât aojourd hui pour complaire au Piémont, qui nous doit tout, et à l’Angleterre, à qui nous ne devons rien.

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A les entendre, il aurait élé sage d’avoir prodigué au Saint-Siège de soleimelles promesses pour rassurer le clergé de France, qu’il importait de ménager au début de la guerre ; et il serait glorieux de les éluder aujourd’hui pour ne pas déplaire aux unitaires d’Italie et aux ennemis «le l’Église dons le monde entier.

On caresserait ainsi à la fois les principes monarchiques et les passions révolutionnaires. On aurait des consolations pour les princes déchus, des encouragements pour les députations italiennes. La France et la révolution se seraient partagé les rôles.

La France se serait chargée de l’action pendant la guerre, en Laissant à la révolution la parole ; puis, la paix venue, la révolution agirait seule, et la France se verrait réduite aux avis officieux et aux condoléances dérisoires.

Le Piémont chasserait les dynasties et usurperait le domaine du Saint-Père, et la France se résignerait au rôle des protestations stériles. Elle se chargerait de faire accepter par l’Europe les faits accomplis sans elle, malgré elle et peut-être contre elle.

On espérerait un double bénéfice de cette politique à double face. On exploiterait à la fois la révolution et l’ordre, en se prévalant vis-à-vis de l’une de ce qu’on lui laisserait prendre, vis-à-vis de l'autre de ce qu’on lui permettrait de garder. On prétendrait ainsi s’asseoir sur la monarchie et vivre de la révolution.

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rable. Elle ne pourrait être toujours heureuse; elle ne passerait même pas longtemps pour habile, et, en tout cas, elle ne serait ni catholique ni française.

Elle ne pourrait plaire à rarinée, qui professe l’horreur de la révolution et le culte de la parole donnée ; elle ne ferait point d’illusion au clergé, qui se souvient de tant d’éclatantes promesses, et qui ne voudrait croire ni à l’inhabileté ni à l'impuissance.

Cette politique surtout ne serait pas royale, dans un pays qui doit à un de ses anciens monarques cette belle maxime qui a dominé toute son histoire : « Si la loyauté était bannie de la terre, elle devrait se retrouver dans le cœur des rois. » Non, jamais une politique de détours, de ruses, de désaveux, une politique qui voudrait tout gagner fors l'honneur, ne pourrait se naturaliser dans le royaume de François l*'. •

Cette politique peut être celle des conspirateurs et des courtisans ; elle n’est jamais celle des rois.

Napoléon 111 ne la suivra pas.

Ses promesses, son intérêt, son avenir, tout la repousse loin de lui.

Un plus noble rôle s’offre à son ambition ; il peut ramener la paix entre lePapeet ses sujets, en se posant comme unméd\ateur respectueux pour l’un, équitable pour les autres.

Mais pour être respectueux, il rendra d’abord la force au droit, la vie à l’autorité, le sceptre au roi, au Pontife, au père. 11 se gardera surtout de lui demander l’apothéose

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