Rome
L'accueil fait à cet ouvrage ne prouve qu'une chose : c'est l'extrême intérêt qui s'attache aujourd'hui à tout livre parlant de Rome avec amour et sincérité. Quand un fils vient de voir sa mère, reine dans un lointain pays, il est sûr au retour d'être bien accueilli par ses frères et par ses sœurs, avides d'apprendre les nouvelles du foyer de famille et du trône paternel.
Naguère on ne voyait à Rome, en fait de Français, que des voyageurs et des touristes ; depuis quelques années,! a renaissance catholique a fait refleurir parmi nous le type du pèlerin, dans toute la véritable acception du mot.
En descendant un jour l'escalier royal du Vatican, gardé par les Suisses en costume du quinzième siècle, nous avons rencontré deux pèlerins roméens 1 vêtus
1 Pèlerins peut s'entendre dan? un sens général ou restreint. Dans le sens général : en ce que, est pèlerin quiconque est hors de sa patrie ; dans le sens particulier, on n'entend par pèlerin que celui qui va à l'église de Saint-Jacques de Compostelle, ou qui en revient. Car il faut que l'on sache que l'on désigne de trois manières différentes les gens qui vont au service de Dieu. On les appelle Palmiers quand ils vont outre
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comme au moyen-âge, portant la robe brune à pèlerine, le chapeau noir à larges bords, la gourde et le bourdon. Leur barbe, leurs cheveux, leur teint, révélaient des hommes du Nord. Ils nous apprirent qu'ils étaient de Bavière, et que, par suite d'un vœu, ils venaient d'accomplir à pied un pèlerinage au tombeau des saints Apôtres.
Et nous aussi, quoique ne portant point comme eux le costume traditionnel, nous nous sentions pèlerin par le cœur au milieu delà Ville-Eternelle, et nous leur disions avec Dante, dans la Vita Nova :
Ma noi sera peregrin corne voi siete.
Un pèlerinage à Rome ! beau rôve avant, magnifique réalité pendant, ineffaçable souvenir après! En revenant de Rome, le pèlerin n'a pas de plus grand bonheur que d'en parler : c'est un droit qu'on lui reconnaît ; mais on lui conteste celui de prendre le public pour confident.
Prétendre cependant qu'il n'y a plus rien à dire sur Rome, c'est prétendre que l'histoire est un livre scellé auquel on ne peut plus rien ajouter, pas même une note, car Rome est l'abrégé monumental de l'histoire universelle ; c'est interdire à l'âme humaine les leçons des temps passés et les espérances des temps futurs, car Rome, reine du passé, est aussi la souveraine de l'avenir moral.
mer d'où ils rapportent souvent des palmes; qn les appelle Pèlerins quand ils vont en Galice, parce que saint Jacques est celui de tous les apôtres qui a été le plus loin de son pays. Enfin, on appelle Romécns, Romei, ceux qui vont à Rome. (Dante Alighieri, Vita IVova.)
Dante, dans une lettre aux cardinaux assemblés en conclave à Carpeutta* appelle Rome la Ville des voyageurs sur la terre.
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D'ailleurs rassurez-vous, la Ville-Eternelle touche presque à l'infini ; on n'aura jamais tout dit sur elle, jamais on n'en fera un portrait complet et satisfaisant. Laissez donc chaque voyageur dire son mot sur elle, et recommencer à son tour une esquisse imparfaite de cette figure insaisissable. Allez-Vous dire aux élèves de l'Académie de France à Rome : N'essayez plus vos pinceaux devant les paysages romains ; on a peint tant de fois YAgro Romano, et Saint-Pierre, et le Colysée î II est vrai, et pourtant on ne se lasse point d'en revoir des peintures, parce qu elles ne sont jamais les mêmes, parce que chaque artiste traduit à sa manière ce qu'il a sous les yeux, selon sa façon de voir et de sentir. La plume a plus de ressources que le pinceau ; les idées sont plus nombreuses et plus variées que les couleurs ; la palette du poète est plus riche que celle du peintre.
Mais cet ouvrage doit être plus modeste que tout autre ; ce n'est qu'un choix d'études et d'esquisses ; nous n'avons jamais eu la prétention de faire un tableau f.
On va voir à Rome les ateliers de ces artistes patients qui passent de longs jours, abeilles infatigables, à butiner sur les émaux, pour reproduire en mosaïques les vues de Rome que le voyageur aime à emporter comme souvenir. Tel est ce livre, si ce liv re est quelque chose ; c'est une mosaïque romaine composée de pierres vives ramassées çà et là dans la Ville-Eternelle, pierres tirées des ruines antiques, du fond des catacombes, du milieu des
< A Rome, on peut gagner une indulgence, avec les conditions requises, par le fait seul de remettre un étranger dans son chemin et de montrer aux pèlerins les reliques de la Ville Sainte. Telle serait l'ambition de l'auteur de ces Lettres, s'il pouvait en avoir une.
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monuments chrétiens. Rome est l'histoire vivante ; ses rues sont des galeries, ses églises sont des musées, chacune de ses pierres est un poème monumental ; écoutez ce que chacune de ces pierres sacrées vous crie : Lapis de pariete clamabit *.
Ce livre n'en est donc pas un : 'c'est un recueil de lettres adressées à quelques amis, et qui reflètent fidèlement les impressions si vives et si diverses qui saisissent le pèlerin à Rome ; c'est le résumé de nos flâneries journalières dans cette Ville sublime. Le genre épistolaire est le mieux approprié de tous aux récits de voyage ; sermo pedestris, il a l'avantage de permettre tous les tons depuis la causerie la plus familière jusqu'aux méditations les plus sérieuses ; il se moule, pour ainsi dire, sur le sol même de Rome, si inégal au physique romme au moral, qui s'élève et s'abaisse à chaque pas, ouvrant à chaque détour des perspectives nouvelles et des contrastes instructifs. Ces lettres, désignées chacune par un titre, sont comme autant de petits cadres où nous avons fait entrer tout ce qui nous a impressionné dans nos longues promenades à travers Rome antique, Rome moderne et Rome souterraine ; nous ne nous sommes refusé le plaisir d'aucun souvenir intéressant, depuis les tombeaux des Étrusques jusqu'aux locidi des catacombes, depuis les temps du Roi-pasteur Évandre jusqu'à ceux du Pasteurroi Pie IX.
Rien n'est petit ni indifférent à Rome; mais, dans la naïveté de son enthousiasme, le voyageur se fait centre; il croit voir ce que personne n'a vu, décrire ce que per-
« Habacuc 11-*.
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