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SON SCEPTRE EST SUR SON ÉPAULE

En face, un autre ange soutient le titre de la croix accompagné de ces mots :

LA S1XTINE. 37

c'est par ce bois que dieu a régné.

Quelle belle avenue pour aller au palais des Papes!

En face du pont s'élève cette tour colossale que l'empereur Adrien avait bâtie pour s'en faire un mausolée, et qui depuis le Ve siècle est la citadelle de Rome, gardée aujourd'hui par les troupes françaises \ On l'appelle le château Saint-Ange parce que la tour est couronnée dune statue de l'Archange Saint-Michel, depuis que Saint-Grégoire-le-Grand aperçut dans le ciel ce messager divin qui remettait son épée au fourreau, après la cessation delà peste. L'Archange victorieux de Lucifer tire de nouveau son glaive; va-t-il nous apporter d'autres fléaux, comme une nouvelle preuve de nos fautes et de la colère du Tout-Puissant? C'est l'ange qui a fait tomber les portes de la prison de Saint-Pierre et qui délivre encore ses successeurs; c'est le protecteur de la Sainte-Eglise, c'est la sentinelle qui veille jour et nuit au-dessus du Vatican : Castos quidde nocte? Ne vois-tu pas les nouveaux Barbares qui s'approchent de la Ville sainte?

Nous assistons à la messe pontificale au Vatican dans la chapelle Sixtine, devant le Jugement Dernier de Michel-Ange. J'admire, mais je n'aime pas cette peinture,

1 Tombeau, forteresse et prison, le château Saint-Ange fut défendu par Bélisaire contre le» Goths. Crescentius, ce précurseur de Rienzi, s'y fortifia ; Benoit VI y fut égorgé, et Jean XIV prisonnier y mourut de faim. ClémeBt VII, assiégé là par le connétable de Bourbon, vit du haut des remparts le sac de sa chère Rome ; mais de là aussi partit le coup d'arquebuse qui tua Bourbon; je regrette d'ignorer le nom de l'officier français assiégé dans ce fort par les troupes napolitaines à 1 epoqne de nos guerres d'Italie, et qui répondit à une sommation de se rendre : « Je me rendrai quand l'Ange de bronze remettra son épée au fourreau.»

grandiose sans doute, mais qui n'est pas traitée comme un tel sujet le réclamait d'un pinceau chrétien. Sigalon, qui connaissait bien cette fresque pour être resté devant elle tant de longues journées à la copier , disait qu'elle avait tout le caractère de l'improvisation ; qu'elle était moitié sublime, moitié grotesque, moitié œuvre d'art, moitié caricature, et que sur ce mur Michel-Ange avait commencé un tableau, et fini par signer un pamphlet. Ce nu anatomique est intolérable; ces anges sont des jeunes gens trop matériels ; ces élus semblent presqu'aussi tourmentés que les damnés ; et le Sauveur irrité a l'air d'un Jupiter Tonnant qui montre le poing au genre humain.

J'admire le saint Barthélémy écorché, qui tient sa peau à la main : c'est le prix de son éternelle félicité ; il semble dire avec Job : Rursum circumdabor pelle mea.

Les souvenirs dantesques sont frappants dans cette peinture michel-angélique; comme le poète florentin, guidé par Virgile, Michel-Ange a mêlé les traditions païennes aux croyances chrétiennes ; le Caron aux yeux de braise de la Divine Comédie se retrouve au bas de la fresque, chassant à coups de rames les passagers de la barque infernale :

Caron dimooio cou occhi di bragia Loro accennando, tutle le raccoglie ; Batte col remo qualumque s'adagia.

Gomme Dante encore, Michel-Ange a mis ses ennemis parmi les damnés. Messer Biagio, maître des cérémonies de Paul III, ayant blâmé la nudité de ces personnages, et il n'avait pas tort, l'artiste irrité le peignit

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