LA SIXTINE
parmi les réprouvés, enlacé par un serpent. Messer Biagio conjura le Pape d'exiger son changement. Paul III répondit que, s'il avait été mis en purgatoire, le Pape aurait pu l'en faire sortir par ses prières ; mais qu'une fois en enfer, il n'y avait plus moyen.
Les peintures de la voûte sont aussi de la main de Michel-Ange. Le Créateur, animant le premier homme et la première femme, est d'une conception sublime. La nécessité prolongée où l'artiste se trouva de tenir les yeux en haut pour peindre cette voûte fit contracter à son organe visuel une telle habitude de cette direction, qu'encore plus de deux mois après il ne pouvait ni regarder un dessin, ni lire une lettre sans élever l'objet au-dessus de sa tête. Ces peintures de Michel-Ange écrasent l'imagination sans satisfaire entièrement la pensée. On aime à se reposer en regardant autour de la Sixtine les gracieuses fresques du Pérugin et de Ghirlandaio, Signorelli, Botticelli. La messe pontificale m'a rappelé exactement un des plus beaux tableaux d'Ingres : le Pape à la chapelle Sixtine, dans lequel le plus grand peintre de notre époque a montré qu'il était un puissant coloriste, quand il le voulait, comme Raphaël l'a prouvé pour luimême dans le Miracle de Bolsène.
La Sixtine est la chapelle particulière du Pape. Cette messe, célébrée devant Sa Sainteté et le Sacré-Collége, est imposante par sa simplicité ; tout y a un caractère particulier, jusqu'à la musique, qui n'est composée que de voix. Devant le Pape on ne prêche qu'en latin : c'est la langue officielle et sacrée.
On nous montre le cardinal Antonelli, secrétaire d'État, premier ministre. Tous ces cardinaux, ayant h leurs
R03IE. LETTRES d'un PÈLERIN.
pieds leurs caudataires en robes violettes, et couverts de la pourpre, symbole du martyre, forment autour du Pape une couronne royale. En ce jour de TÉpiphanie, les splendides costumes de ces porporati me rappellent ces Mages de Rubens accourus à la crèche pour offrir à l'Enfant-Dieu l'or, la myrrhe et l'encens. Ils sont le sénat de la chrétienté, et, comme Cyneas, j'étais tenté d'y voir une assemblée de rois. Le Pape portait aujourd'hui avec une majesté surhumaine la tiare aux trois couronnes, le trireçjno, en sa triple qualité de Père, de Pontife et de Roi.
Père, on ne peut lui contester ce doux nom. Pontife, il l'est de droit divin et c'est un fait historique. Roi, ah ! les impies n'en veulent plus à ce titre, parce qu'ils savent bien que la royauté lui est nécessaire pour exercer librement son autorité paternelle et pontificale, et nous les entendons crier, comme les Juifs au tribunal de Pilate : (( Nous ne voulons plus qu'il règne sur nous. » C'est pour cela que l'auréole des confesseurs de la foi brille autour de la tiare de Pie IX et en éclipse l'or et les pierreries.
En sortant de la messe pontificale, nous nous arrêtons dans la salle royale qui sert de vestibule aux chapelles Sixtine et Pauline.
Au-dessus de la porte de la Pauline on lit cette maxime, que développent ensuite les grandes fresques de la salle :
Dieu rend à chacun selon ses ceuvres.
Au centre de la salle royale domine la grande figure de Charlemagne, avec cette inscription :
Charlemagne remet C Eglise romaine en possession de son patrimoine.