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LES ÉTATS DU KOI MON PÈRE

proclamer le rédempteur de l'Italie, ma parliamo d'altro.

Nous quittons la Scala au point du jour. Route triste, sauvage et pittoresque, désert aride, ravins étroits, monticules tapissés de bruyère, groupes grisâtres de montagnes basaltiques, cratères de volcans éteints, nature travaillée par les tremblements de terre, rochers fendus et entrouverts comme ceux de la Judée à la mort du Sauveur : il semble qu'on approche moins de Rome que de Jérusalem.

M. Poujoulat, qui n'a vu Rome qu'après Sion, trouve la môme ressemblance aux environs des deux Cités saintes ; il nous représente surtout les montagnes de la Judée comme singulièrement hardies, escarpées, heurtées, presque douées de mouvement et comme prèles à bondir, selon l'expression du Roi-Prophète, qui a traduit en poète la nature qu'il avait sous les yeux, quand il s'écriait : Montes exultaverunt ut arietes, et colles sicut o (/ni ovium.

Nous arrivons à midi au bourg de Radicofani, perché avec son vieux château en ruines sur un pic aigu comme une pyramide; il nous rappelle l'aventure de notre abbé de Cluny avec un chef de brigands, si bien racontée par Boccace ; c'est une de ces rares nouvelles du Décaméron qu'on peut lire et citer à tout le monde (Giornata x, novella 2.)

Radicofani possède, comme Glermont-Ferrand, une fontaine pétrifiante dont on nous offre des produits. Nous restons ici quelque temps ; c'est la sortie de la douane toscane. Cette douane est un grand bâtiment avec une loggia. En face je vais boire à une jolie fontaine qui porte cette inscription hospitalière :

8 HOME. LETTRES li'lJN PÈLERIN.

FERD1N lANDVS MEDIC1 M A G . DVX ETRVRIAE III

4*3 3^$>^IATORVM COMMODfTATI.

Radicofani est une des stations de la Voie douloureuse des Papes \ Pie VII enlevé la nuit brutalement du Quirinal par le général Radet, le 6 juillet 1807, enfermé à clef comme un vil criminel dans une de ces voitures grillées qu'on appelle à Paris paniers à salade, et à Rome de l'ignoble nom de bastardellc (casseroles), le Souverain- Pontife fut dirigé en poste vers Florence. A Monterosi on le reconnut; beaucoup de femmes du peuple, imitant la tendre compassion des femmes de Jérusalem pleuraient en suivant ce Chemin de la Croix du Vicaire du Christ, et criaient avec désespoir : Santo Padre ! santo Padre !

Dans ce désert de la campagne de Rome, par une chaleur étouffante, le Pape mourait de soif; on ne voulait pas s'arrêter ; le maréchal des logis Gardini puisa de l'eau dans une bouteille h une source qui coulait surla route, et l'offrit au Saint-Père; comme Celui dont il était le représentant surla terre, le Pape but de Peau du torrent, etc'est ce qui la glorifié : Detorrentein via bibet;proptereaexaltabitcaput. (Ps. cix.) Enfin, Pic VII arrivaàonze heures du soir à Ra- . dicofani où nous sommes. Voici ce que nous lisons dans les Mémoires du cardinal Pacca, le fidèle et courageux compagnon de Pie VII, le Cyrénéen qui l'aida à porter sa croix sur cette Voie douloureuse : « N'ayant pas de vêtements pour changer, il nous fallut garder ceux que nous avions tout trempés de sueur. Il n'y avait rien de prêt dans

1 Voir le livre que nous avon3 publié *ous ce titre.

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