‹ RomeChapitre 84 sur 133 · US NOUVEAU FRA ANGEL1CO · texte numérisé non relu

US NOUVEAU FRA ANGEL1CO

Je revins à casa par le Forum et le Corso en contemplant le soleil couchant sur le Colysée; c'était plutôt un fleuve, une cascade de soleils couchants, a stream of sunsets, comme dit le poète anglais Alexandre Smith. Dieu est un grand peintre, et il n'y avait pas de tableaux qui valaient en ce moment

Cet or et cet azur que sur le ciel serein Etendait le pinceau du Peintre souverain.

La peinture ne fait pas oublier au P. Besson ses devoirs de Frère-Prêcheur; il va souvent à Saint-Louisdes-Français rompre à ses compatriotes le pain de la parole divine. Il prêche tour à tour aux yeux et aux oreilles, et n'est pas moins éloquent par la parole que par le pinceau. Nous venons de l'entendre dans l'église de Saint- Louis, au milieu d'un auditoire choisi de Français et d'étrangers. Le moine-peintre m'apparut en chaire tel que je l'avais vu à Saint-Sixte, doux, simple, presque timide, mais tout débordant de charité. C'est un contraste complet avec le P. Lacordaire; ce n'est plus le fougueux et éloquent Dominicain tonnant dans la chaire de Bossuet; ce n'est pas le Frère Savonarole ; c'est le Frère Angélique, c'est l'humble Frère-Prêcheur sortant de sa cellule et de son atelier, n'ayant que l'éloquence de sa figure et de sa vie; mais combien son exemple est déjà assez éloquent? Il paraît souffrant de la poitrine, il est pale et maigri ; il semble n'avoir qu'un souffle de vie, mais ce souffle émeut ; il n'a qu'un filet de voix, si faible qu'il faut une oreille attentive pour l'entendre ; mais tout cela touche et convainc, parce que Dieu y a mis l'onction divine, sans laquelle tout sermon est stérile. Le P. Besson prit pour

texte le mot de l'Evangile : Là où est votre trésor, là aussi est votre cantr. Vous devinez tout ce qu'il a dû tirer de cette parole divine. Il nous cite l'histoire extraordinaire de saint Alexis. Tout le monde à Rome, nous dit-il, a visité son église sur le Mont-Avcntin. Et, quand il a fini son discours, en nous parlant du bonheur qu'on goûte à tout sacrifier à Jésus, jusqu'à sa santé, on le croyait sur parole, car il prêche moins par la voix que par l'exemple. L'aspect de sa figure décharnée et de son corps exténue était le plus éloquent des sermons. Un mot d'un de nos soldats exprime énergiquement l'impression qu'il nous fit à tous : Vois-tu cet homme-là, disait ce soldat à un de ses camarades, c'est un crtœifix vivant qui nous parle !

Hyacinthe Besson, encore enfant, était déjà pieux comme un ange et charitable comme un saint. Sa famille n'était pas riche. Un jour, sa bonne mère lui fit cadeau d'une belle redingote neuve. L'enfant obtient la permission de porter son vieux vêtement à un pauvre homme qu'il connaissait. Il part, mais voilà qu'il revient revêtu de cette même vieille redingote. Surprise de sa mère! — Tu ne l'as donc pas donnée à ce pauvre homme? — Si, ma mèrel — Il n'en a donc pas voulu? — Oh! si, ma mère , elle lui allait à merveille , et même il en était si content, que j'ai pensé qu'il serait bien plus heureux encore s'il avait la neuve, et je la lui ai donnée. »

Mademoiselle de M., qui vient de nous raconter cette anecdote, ajoutait qu'elle croyait redire un trait de l'enfance de saint François d'Assise ou de saint Martin de Tours.

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