‹ RomeChapitre 98 sur 133 · PRISON DE SAINT PAUL · texte numérisé non relu

PRISON DE SAINT PAUL

Sainte-Marie in via Lata. — Tombeau de la princesse Zénaïde Bonaparte. — La paroisse des Doria Pamflli. — Le souterrain où demeura saint Paul gardé par un soldat. — La parole de Dieu nest jamais

enchaînée. — Saint Martial de Limoges. — Saint Luc écrit ici les Actes des Apôtres. — L'esclave Onésime et son maître Philémon. — Les chrétiens de la maison de César. — Sénèque, Cicéron, saint Paul et Bossuet.

Scipion fut surnommé l'Africain, et Metellus, le Grétique, en souvenir des provinces qu'ils avaient conquises. Ainsi, dit saint Jérôme, Saul reçut le nom «le Paul après la conversion du proconsul Sergius Paul us, sa pacifique conquête. Saint Paul, accusé par les Juifs devant le gouverneur Festus, s'était écrié qu'il était citoyen romain, et qu'il en appelait à César1. Il fut donc envoyé A Home, sous la partie du centurion .Iule, de la cohorte appelée Augusta. « Quand nous fûmes arrivés à Home, on permit à Paul »le demeurer où il voudrait, .sous la parde

I A Jérusalem un tribun ayant voulu taire llageller Paul, celui-ci lui dit: Vous eat-il permis de flageller un citoyen romain qui n'a point »'-t»ouilamné? — Ejtes-vous donc citoyen romain? — Je le suis. — Mm, I l le tribun, j'ai achetr » •• «Iroit-la fort cher. — Kl moi, répliqua Paul. j<* l'ai par ma naissant e. Act. xmi.)

ROME. LETTRES D'il» PÈLERIN.

d'un soldat Or, Paul demeura deux ans dans une maison qu'il avait louée et il recevait tous ceux qui venaient vers lui, prêchant le royaume de Dieu, et enseignant avec une grande confiance ce qui regarde le Seigneur Jésus,

sans que nul s'y opposât (Actes, xwmj. »

Paul loua un logement dans une hôtellerie de la via Ltttn, entre le Capitule et le Cliamp-de-Mars, à portée des tribunaux où il devait comparaître pour plaider sa eaux* devant César.

Ne seriez-vous pas heureux de visiter ce lieu sanctifié parle séjour de l'Apôtre des nations? Eh bien ! suivezmoi.

Dans le Corso, à côté du magnifique palais Doria, voyez cotte jolie église qui forme le coin de la via Lata, (la rué Large) et qui, pour cotte raison, s'appelle Sonia" Mariarhwia-Lata. C'est la paroisse des Bonaparte2 et des Doria Pamphili qui l'ont ornée, comme une chapelle de leur palais, de marbres, de jaspes, de bronzes et de dorures* On y voit le tombeau d'un jeune peintre français, Drouaîs. Mais, ce qui est plus intéressant, c'est l'ancien oratoire, qui fut la demeure de saint Paul ; il est aujourd'hui sous terre, en raison de l'exhaussement du sol; au temps de l'Apôtre, c'était un rez-de-chaussée. lTn

voit le tombeau de !» priueesàe Zenaida Bonaparte, lille du roi J- Napoléon el femme de Prince de Canino, née en 1802, mort.- . n is NapleSj du choléra.

\ Les Romains avaient la pris u publique et la libéra ciistodia, rnaiso particulière où le prisonu lit au i arrêts \\>\ yé- ; une langue ehaîn

attachait la main droite du captif à la main gauche de sou Kardieu.

l'KISON !>E SAINT PACL.

petit clerc nous allume un cierge et nous crie de le suivre sous le portique de l'église, où on descend un escalier qui mène au souterrain, à l'entrée duquel on lit le verset des Actes : Permission est Paulo manere sibimet cum custodiente se milite.

Ce lieu vénérable se compose de plusieurs salles basses et voûtées; nous y voyons un petit autel, et le clerc nous dit : C'est ici que saint Paul fut enchaîné au bras d'un soldat; et il nous montra une petite colonne où était ûxé la chaîne du grand captif de Jésus-Christ. Je lus, gravé sur la colonne, ce sublime mot de l'Apôtre : Sei» verbvm Dei non est ALLKiATVM 1 Mais la parole de Dieu n'est pas enchaînée : Brava parola, non è veroy signore, me disait le clerc avec enthousiasme. Quel mot en effet ? Et il a été prononcé toujours et partout . Nos prêtres, nos évêques, nos papes n'ont jamais interrompu la prédication de la parole de Dieu, dans la paix comme dans la persécution .

Quoique captif, saint Paul ne cessait pas de poursuivre sa mission et de convertir les âmes. Il commença par le soldat son gardien, qui fut saint Martial, et envoyé dans les Gaules, devint l'évêque de Limoges. La colonne où Paul était lié était la chaire de l'Apôtre, la source qui jaillit du sol à sa voix forma le baptistère, et son geôlier fut son premier néophyte. C'est ici que Paul a écrit ses Epîtres aux Ephésiens, aux Philippiens, la seconde a Timothée, celle à Philémon, et celle aux Hébreux. C'est là aussi que saint Luc, son fidèle compagnon pendant cette captivité, a composé, ou tout au moins achevé les Actes des Apôtres : la rédaction définitive de ce livre n'a eu lieu ni avant ni après cette époque, puisque le récit se

ROME. LETTRES r>'[N PÈLERIN.

termine avec la seconde année de la détention de l'Apôtre.

Voici une histoire d'esclave que nos abolit ionnistes doivent méditer. Il y avait à cette époque un riche habitant de Colosse en Phrygie, nommé Philéraon, qui était chrétien. Onésime, son esclave, s'était enfui de chez son maître, et s'était réfugié en Italie-1. L'esclave marron arrive à Rome; un jour, par un hasard providentiel, il passe par la Via Lata, il voit des chrétiens entrer chez Paul; il y entre avec eux, et demande bientôt le baptême, jaloux d'effacer par la pénitence les fautes de sa vie passée. Quand il eut réconcilié avec Dieu ce pauvre fugitif, l'Apôtre voulut encore le réconcilier avec son maître; il ne l'excita pas à la révolte et à l'émancipation. Il dit à l'esclave de retourner à son maître; mais décrivit au maître qu'il lui renvoyait un frère en Jésus-Christ. Du fond de sa prison il adressa donc à Philémon une lettre qu'Onésime porta lui-même. En demandant que les chaînes de l'esclavage fussent changées, pour son cher disciple Onésime, en des liens de fraternité chrétienne, l'Apôtre rappelle ces autres chaînes qu'il portait luimême pour l'amour de Dieu et de ses frères. « C'est moi le vieux Paul, maintenant le captif de Jésus-Christ, qui te conjure, en faveur de mon fils que j'ai engendré dans les fers, d'Onésime, qui t'a été autrefois inutile, et

1 On a découvert à Pompéi les carcans de fer qui entouraient le cou des esclaves ; quand l'un d'eux avait fui, on gravait sur son collier cette inscription qu'on a retrouvée :

Tene me qvl a fvgi et rêvera me Domino

ni eo N.

PRISON DE SAINT l'A IL.

qui est utile maintenant à moi et à toi ; je te l'ai renvoyé, reçois-le comme mes entrailles \ »

« Il est bien intéressant, dit Mgr. Gerbet, de relire, entre les quatre murs encore subsistants du lieu où elles ont été écrites, les divers passages des Epîtres de saint Paul qui font allusion à sa captivité. A la fin de la seconde Epître à Timothée, on voit qu'il se consolait de la prison où son corps était retenu , en pensant que ce corps était lui-même une prison qui s'ouvrirait bientôt, et qu'il y avait un autre juge que César : « Pour moi, je m'en vais, et le temps de ma décomposition approche. J'ai combattu un bon combat, j'ai consommé ma course, j'ai gardé la foi : il me reste à recevoir la couronne de justice que me rendra en ce jour le Seigneur, le juste juge, non-seulement à moi, mais aussi à tous ceux qui chérissent son avènement. »

Saint Pierre vint rejoindre ici saint Paul *. Le petit clerc me montre, au-dessus de l'autel, un vieux bas-relief représentant les deux apôtres, saint Martial, le gardien du prisonnier de Néron, et saint Luc écrivant les Actes, ce premier et sublime chapitre de l'Histoire de l'Eglise.

i (Epitre à Philéraon, v.) Je vous porte dans mon cœur, vous tous qui vous associez à la joie que j'ai d'être dans les chaînes pour la défense et l'affermissement de l'Evangille..., en sorte que mes chaînes sont devenues célèbres dans tous les prétoires, et partout ailleurs, pour la gloire de Jésus-Christ, et que plusieurs de nos frères en Notrc-Seigneur, encouragés par mes liens, sont devenus plus hardis à annoncer la parole de Dieu. {Aux Philippiens, I, 12-14.)

« Pierre semble avoir eu en partage la douceur évangélique, et Paul a force apostolique. Quel feu, quelle énergie, quelle profondeur dans ses Epltres. « Frères, écrivait-il aux nouveaux chrétiens de Rome, le jour est déjà venu, réveillons-nous de notre assoupissement... Dépouillons la robe des ténèbres, et revêtons l'armure de la lumière. »

Je vis encore dans la première salle un pozzo, un puits, une source que r Apôtre fit miraculeusement jaillir pour baptiser saint Martial et d'autres néophytes. Le jour de la fête de saint Paul, on met de cette eau sur une table de marbre, creusée comme nn évier, où les fidèles la puisent et la boivent. Quels grands souvenirs ! Que peu de voyageurs à Rome viennent ici et savent seulement où est la prison de saint Paul ; mais en revanche ils vont tous voir la prison de Jtigurtha !

Paul, tout captif qu'il était, ne se contentait pas de l'aire des néophytes dans Rome, il poussait le zèle de son prosélytisme jusque dans le palais de César. Nous en avons la preuve dans la salutation qui termine l'Épître adressée de sa prison par l'Apôtre aux Philippiens : Salutant vos omnes , qui meewnsunt fratres; salutant ros orrttxes saiicti, maxime autem qui de Ccesaris dotno <tnit (ad Philippenses, rv, 22).

Et ce César était Néron !

Les relations de Sénèque et de saint Paul sont un intéressant problème historique !. Quand le centurion Jule amena Paul à Rome, il le remit au préfet du prétoire, le laineux Burrhus, collègue de Sénèque dans l'éducation de Néron :

Kl ce même Sénèque et ce même Burrhus Qui depuis... mais alors ils avaient des vertus.

Saint Augustin disait qu'il y avait trois choses qu'il eut désiré voir en ce monde : Rome dans sa gloire, Ci-

1 Voir sur cette question le tome II des Césars, de M. de Champagny, et le livre de M. Fleury, Saint Paul et Sénèque, ou relations de /' Apôtre nvec la Philosophie.

Page 1