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qu'à franchir les portes triomphales des hautes enceintes qui séparaient les Forums des Empereurs pour passer du Forum de la Paix au Forum de Minerve et au Forum de Mars vengeur. 3Iais le flot populaire une fois répandu dans ce dernier Forum, — le Forum d'Auguste, — ne trouvait de large issue que du côté du Forum de César et du Forum romain. Un dos de colline qui unissait à la manière d'un isthme les rochers du Capitole et la colline du Ouirinal s'élevait entre le Forum d'Ausfuste et la plaine du Champ de Mars, qui, avec sa large avenue, ses portiques, ses temples, ses thermes, ses théâtres, était de l'autre côté de l'obstacle, comme le prolongement naturel des Forums impériaux. Trajan eut une idée digne d'un pharaon ou d'un Xerxès : il ordonna d'entailler la colline sur une largeur de 200 mètres environ. Les terrassiers creusèrent jusqu'à 45 mètres de profondeur. L'énorme masse des déblais, qui a été évaluée à 850 000 mètres cubes de terre et de pierre, fut transportée, tombereau par tombereau, derrière le Pincio.
Sur l'esplanade, qui avait remplacée la colline, Trajan établit un nouveau Forum qui dépassa de loin en grandeur et en magnificence les autres Forums impériaux. L'architecte fut un Grec d'Orient, Apollodore de Damas. Un arc de triomphe gigantesque surmonté d'un quadrige et d'un petit bataillon de soldats romains faisait communiquer le Forum de Trajan avec le Forum d'Auguste. L'arche de cette porte monumentale donnait accès dans une aire de plan carrée, entourée de portiques et prolongée vers l'Ouest et vers l'Est par deux énormes absides, analogues à celles du Forum d'Auguste, et dont les murailles semi-circulaires, précédées de portiques, servaient de mur de soutènement à la colline éventrée. Une de ces absides est encore visible, du côté du Ouirinal. Le premier ensemble de portiques n'était qu'un immense atrium ; il précédait le monument central, une basilique à cinq nefs, dont l'axe était perpendiculaire à l'axe du Forum tout entier et qui se terminait par deux grandes absides, disposées à côté de celles de V atrium. Le plan des nefs est encore lisible sur le terrain qui a été déblayé jusqu'à la base des piliers. En traversant la basilique par de larges portes surmontées de frontons et de statues, on arrivait dans une sorte de cour assez étroite et entourée d'une colonnade, qui était ménagée entre deux hautes constructions, des bibliothèques, dont l'une était grecque et l'autre latine. Dans l'enceinte de la petite colonnade, Trajan fit ériger une colonne géante, plus haute que les édifices dont elle était flanquée. Cette colonne fut destinée à commémorer à la fois les victoires de l'empereur et la construction du nouveau Forum. L'inscription gravée sur la base du monument apprend que la
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hauteur de la colonne est égale à celle de la colline supprimée par la volonté de Trajan (fig. 18). D'après Dion Cassius, l'urne d'or qui contenait les cendres de l'empereur fut déposée dans. le piédestal de la colonne géante, qui devint le mausolée de Trajan, élevé dans son Forum. Derrière la colonne, Hadrien éleva un temple à Trajan.
Le Forum d'Auguste ne formait plus au commencement du IL° siècle
Fig. 81. — Forum de Trajan. Ruines de la basilique Ulpia et colonne Trajane.
que le motif central d'un vaste ensemble d'architecture auquel Vespasien, Domitien, Nerva et Trajan avaient attaché leurs noms. Sur le Palatin, la grande maison patricienne qu'Auguste avait fait élever pour lui et les siens fut entourée de palais gigantesques dont Domitien commença la construction. Les autres Flaviens rebâtirent, en les aerandissant. les palais de Tibère et de Caligula, qui regardaient le Capitole. Entre ces palais et l'ancienne demeure d'Auguste, et au delà de cette demeure, jusqu'à l'extrémité de la colline, Trajan et Hadrien élevèrent de nouvelles constructions. Septime Sévère acheva magnifiquement la série des palais et des édifices qui avaient couvert en deux siècles tout le
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plateau de l'acropole impériale. A l'exemple de Caligula, mais du côté opposé du Palatin, il agrandit artificiellement la colline en suspendant une haute terrasse sur un portique à trois étages. L'audacieuse construction prit le nom de Septi^onium, dont le sens reste obscur : pour arriver à trouver sept étages ou zones dans l'édifice de Septime Sévère, il faudrait compter en plus des trois portiques superposés leur soubassement et leur triple entablement. l.e Septi^oniuin, élevé devant l'extrémité de la colline qui s'avançait en éperon vers le Sud, alignait ses colonnes en face de la large avenue à laquelle venait aboutir la Voie Appienne. Les voyageurs qui arrivaient de l'Afrique et d'Orient à Rome voyaient de loin, comme un décor de fond qui leur masquait les palais et les temples, cette façade inutile et superbe érigée par un empereur qui était un Africain (fig. 82).
Le Septi\onium de Septime Sévère resta debout jusqu'à la fin du xvi^ siècle. Il fut démoli par ordre de Sixte V, qui employa les restes de la gigantesque colonnade dans plusieurs de ses grandes constructions. Les palais mêmes des Flaviens et des Antonins n'ont laissé que des pans de murs, des morceaux de voûtes, des colonnes redressées çà et là dans les restaurations du xix" siècle. Cependant les vestiges de la Rome impériale sont encore assez distincts pour permettre de reconstruire sur des bases solides l'image du vaste quartier qui formait le centre de la ville. Avant Auguste, le seul ensemble d'édifices qu'un Grec pût regarder dans Rome, avec une curiosité d'artiste, était formé par le Capitole et le Forum. Au temps de Septime Sévère le quartier officiel et monumental avait grandi en tous sens. Un visiteur parti du Colisée pouvait traverser la vallée du Grand Cirque dans toute sa longueur, parcourir le Palatin, descendre la Voie Sacrée et monter au Capitole par le chemin des triomphateurs, passer d'un Forum impérial à l'autre jusqu'à l'extrémité du Forum de Trajan ; dans les vallons et les hauteurs, à la place de la colline dont Trajan avait fait une esplanade, plus de maisons de rapport, à peine quelques-unes de ces villas qui au temps de César brillaient parmi les jardins du Palatin. De tous côtés, des palais destinés à l'empereur et à la cour, des temples, des basiliques, des portiques. Ni Pergame, ni Alexandrie n'avaient pu montrer une pareille profusion d'édifices consacrés aux dieux, au prince et au peuple.
Au delà du Capitole, Flaviens et Antonins continuent l'embellissement du Champ de Mars. Une série de monuments nouveaux s'alignent devant les monuments du temps d'Auguste. Néron avait bâti, à côté des thermes d'Agrippa, d'autres thermes qui furent rebâtis entièrement par Alexandre
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Sévère. Domitien ouvrit non loin du vieux cirque de Flaminius un stade dont la Piazza Navona conserve la forme elliptique ; il construisit encore un Odéon pour les concours de musique et de poésie. Ces monuments n'ont laissé aucune ruine appréciable. A quelques pas au nord du temple de Neptune, bâti par Agrippa, Antonin le Pieux établit le lieu de crémation {iistrinum) de sa famille ; il érigea à côté de cet enclos une haute colonne de granit surmontée de sa statue. Les tronçons de la colonne et
Fig. 82. — Ruines du Palais de Septime Sévère sur le Palatin.
les bas-reliefs de la base ont été retrouvés au commencement du xviir siècle sur la place de Monte-Citorio. Une colonne monumentale, copie de la colonne Trajane, est encore debout sur la place voisine (Piazza Colonna) : cette colonne, souvent appelée colonne Antonine, fut élevée à côté de la via Lata par Marc-Aurèle.
Un large espace fut laissé libre jusqu'à la fin de l'Empire, entre l'assemblée des grands monuments et le Tibre : le Mausolée d'Auguste demeura isolé au milieu de la partie de la plaine qui restait promenade publique. Mais plusieurs monuments furent élevés au delà du fleuve. Hadrien bâtit sur la rive droite du Tibre le mausolée massif dont les papes ont fait le château Saint- Ange. Un nouveau pont [Pons /Elius), qui devint au moyen âge le pont Saint-Ange, relia l'entrée du mausolée
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au quartier du Champ de Mars : c'est le pont le plus reculé en amont qui ait été jeté dans l'antiquité en face de Rome (fig. 83). Un cirque fut établi par Hadrien au delà du mausolée ; son emplacement occupe le milieu du moderne quartier des Prati. Un autre cirque, celui de Caligula, où Néron donna des fêtes sanglantes, se trouvait au pied du Vatican. Un troisième cirque fut bâti hors de Rome, dans une direction tout opposée,
Fig. 83. — Mausolée d'Hadrien (château Saint-Ange) et pont ^Elius (pont Saint-Ange), avant la construction des nouveaux quais.
par l'un des derniers empereurs païens, Maxence, qui le dédia, en l'an 309, à la mémoire de son fils Romulus ;. des ruines très importantes de ce cirque ont été dégagées au xix" siècle près de la Via Appia, à deux milles du faubourg antique. Ainsi des monuments destinés à recevoir une foule s'étaient avancés à quelque distance des habitations, sur l'une et l'autre rive du Tibre.
Les derniers de ces monuments impériaux qui s'accumulaient dans la ville et qui parfois débordaient ses limites furent fondés par des empereurs qui n'avaient plus leur résidence à Rome et qui y venaient en
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étrangers. Dioclétien construisit sur le Quirinal, en l'an 305, des thermes immenses dont les ruines regardent aujourd'hui la grande gare de chemin de fer, Constantin acheva au Forum romain une énorme basilique commencée par Maxence ; il éleva sur la Voie Sacrée, près du Colisée, un grand arc de triomphe ; il bâtit à son tour sur le Quirinal des thermes, dont quelques restes ont été retrouvés près du palais royal.