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CHAPITRE VI

LES GRANDS MONUMENTS DE L'ARCHITECTURE ROMAINE

L'architecture de l'Empire romain, qui dura trois siècles, resta fidèle, pour une série d'édifices, aux formes gréco-italiennes adoptées depuis les derniers siècles de la République ; mais dans ses constructions les plus puissantes et les plus hardies, elle mit en usage des procédés nouveaux en Occident pour créer des œuvres dont les ruines démesurées font oublier d'abord les fragments plus nobles de l'art augustéen et restent pour le voyageur et pour l'histoire les monuments indestructibles de la grandeur romaine.

Depuis la mort de Néron jusqu'au milieu du ll'^ siècle, nombre de temples furent reconstruits ou fondés dans le Forum romain et sur le Capitole. La plupart des édifices religieux construits par les Flaviens et les Antonins ne diffèrent des monuments du temps d'Auguste que par la richesse surabondante de la décoration sculptée.

Le temple de Jupiter Capitolin, qui n'avait pas été atteint par l'incendie néronien, fut brûlé, dans l'année qui suivit la mort de Néron (69), par les soldats de Vitellius. Vespasien fit relever aussitôt l'édifice, en conservant exactement les proportions et le nombre des colonnes. Moins de dix ans après sa consécration, le nouveau temple fut détruit, sous Titus, dans le grand incendie de l'an 80. Domitien le rebâtit plus magnifiquement. Ce temple, qui domina Rome jusqu'au V" siècle, a disparu ; son image est conservée sur quelques monnaies d'argent de Domitien, ainsi que sur un bas-relief qui provient d'un arc de triomphe de Marc-Aurèle et qui a été transporté au Palais des Conservateurs. Derrière le groupe formé par l'empereur, voilé de sa toge à la manière des pontifes, et par les « camilles » et les sacrificateurs, le temple du Capitole se dresse, à côté d'un portique sur lequel étaient sculptés ou peints des jeux de bestiaires. La représentation du temple est simplifiée : la façade ne compte que quatre colonnes, au lieu de six. Mais les trois portes de la triple cella sont encore

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disposées comme celles du temple étrusque bâti par le roi Tarquin. Le fronton est chargé de sculptures. Jupiter trône sur l'aigle, entre Junon et Minerve, adorées à ses côtés dans le triple sanctuaire. Le Soleil et la

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Fig. 84. — Le Temple de Jupiter Capiiolin, rebâti par Domitien, Au premier plan, Marc-Aurèle offrant un sacrifice (Musée des Conservateurs)

Lune, pressant les chevaux de leurs quadriges, s'avancent vers la trinité divine (fig. 84).

Au pied du Capitole, Domitien bâtit un temple dédié à son père Vespasien et à son frère Titus. Trois colonnes sont encore debout et supportent un angle de l'entablement. Un morceau plus important de cet entablement est conservé à côté des ruines du temple, dans le petit musée du Tabnlariiini ; il est intéressant de le comparer au fragment d'enta-

blement qui repose encore sur les trois colonnes du temple de Castor et PoUux. La corniche de l'édifice de Domitien est beaucoup plus chargée de sculpture que celle de l'édifice augustéen : pas un pouce carré de marbre ne reste nu. Dans le plus ancien des deux temples, la frise est lisse et polie ; dans le second, elle est couverte de reliefs : entre des bucranes qui sont de vraies tètes de bœufs copiées d'après les restes des sacrifices, le sculpteur a étalé l'appareil du culte : bonnet de prêtre à

Fig. 85. — Entablement du Temple de Vespasien et Titus, bâti par Domitien au Forum.

(Musée du Tabulariiim.)

jugulaire, chasse-mouches, aiguière, patène, coutelas et hache d'abattoir

Le seul temple qui dresse encore dans le Forum toute la colonnade de sa façade est celui que le vSénat dédia en 161 à Antonin le Pieux et à sa femme Faustine. L'inscription est gravée sur la frise que portent les six colonnes de marbre cipollin. La cella, dans laquelle s'est logée l'église de vSan Lorenzo in Miranda, a conservé une partie de son revêtement en grands blocs de marbre de Carrare et sa frise, délicatement ornée de rinceaux et de griffons (fig. 86).

Jusqu'au li" et au m" siècle de l'Empire, le type des petits temples

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ronds, d'origine italiote, fut reproduit à côté du type commun des grands temples rectangulaires. Les dernières fouilles du Forum ont fait retrouver devant la basilique de Constantin, au bord de la Voie Sacrée, un fragment d'un thohis de Bacchus, rebâti par Antonin le Pieux : de même que le temple voisin de Vesta, cette chapelle était entourée d'une colonnade circulaire d'ordre corinthien.

Fig. 86. — Le Temple d'Antoni et de Faustine et la Voie Sacrée.

Pour les tombeaux, comme pour les temples, les architectes de l'époque impériale conservent des types adoptés sous le règne d'Auguste et au temps de la République. Dans le vallon de l'Almo ou vallc délia Cajfarella, entre la Voie Appienne et la Voie Latine, s'élèvent, près d'un petit bois de chênes verts, deux chapelles funéraires en brique, de proportions gracieuses. L'une a passé pour un temple élevé au dieu Rediculus, le dieu de la Retraite, pour commémorer le départ d'Anuibal, dont l'armée se serait avancée jusqu'à ce vallon (fig. 87). L'autre a été transformée au x° ou au xi" siècle en une église dédiée au pape saint Urbain. Ces deux chapelles sont probablement deux des monuments com-

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