‹ Rome (volume 3)Chapitre 5 sur 22 · IL · texte numérisé non relu

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Fig. 40. — Mort de Laocoon et de ses fils; œuvre des Rhodiens Agésandros, Polydore et Athénodore (Musée du Vatican).

les seize coudées que devait atteindre la hauteur des grandes crues dont le limon fécondait au loin l'P'gypte (fig. 43).

Dans la riche capitale étrangère l'art grec cesse de prendre au sérieux la religion hellénique ; il s'accommode à la vie élégante et sceptique ; il devient tout profane et « mondain ». Les reliefs et les statues qui n'ornaient autrefois que les temples, les portiques et les tombeaux, servent à la parure des habitations de patriciens et de parvenus. Au milieu des marbres de couleur qui lambrissent les salles de réception s'incrustent

des bas-reliefs qui jouent le rôle d'un tableau sur une tenture. Marbres

et bronzes se rapetissent pour trouver place dans les appartements ; les

artistes créent pour la clientèle riche une statuaire de salon et d'étagère.

La collection qui donne l'idée la plus complète des bas-reliefs dont

se composait le décor d'une riche maison alexandrine est celle du palais Spada. Les huit bas-reliefs réunis dans ce palais et qui ont été trouvés près de Sainte-Agnès hors les murs, représentent des scènes mythologiques. Le sculpteur traite les fables héroïques de la Grèce comme pouvait le faire un Callimaque. dans ses élégies savantes et brillantes.

Il prend à l'épopée et à la tragédie des épisodes qu'il réduit à une conversation expressive, à une anecdote familière ou tragique, à un simple tableau de genre : Pégase, le coursier de Bellérophon.

ne mène point son cavalier au combat ; à côté du héros, il boit paisiblement à une source. Deux grands reliefs du même style, composés dans le même goût, sont conservés au Musée du Capitole, dans la salle des Empereurs : sur l'un, le berger End^mion est endormi et son chien le garde ; sur l'autre, Persée tend galamment la main à Andromède, qui baisse devant le jeune vainqueur un front rougissant (fig. 44). Ces anecdotes héroïques ont chacune un décor : le sculpteur imite les eaux, les rochers, les « fabriques » du paj^sage. Alors que la peinture du v" et du IV siècle, telle que la font connaître les peintures des vases grecs, était sculpturale et ne prenait intérêt qu'à la forme humaine, la sculpture hellénistique et en particulier la sculpture

Fig. 41. — Boxeur pendant une pause.

Bronze grec d'Asie (Musée des Thermes).

alexandrine, replace l'homme dans sa maison ou dans la nature : elle imite la peinture et devient « pittoresque ». Les portraits mêmes sont quelquefois entourés d'un véritable décor : tel est celui de ce poète dramatique qu'un bas-relief du Latran montre assis devant une table et

Fig. 42. — Portrait de l'époque hellénistique, connu sous le nom de Sénèque (Musée des Thermes).

regardant un masque comique (fig. 45). Dans une société de délicats qui, rassasiés de luxe, apprenaient à goûter les charmes simples de la vie rustique, les artistes créent une sculpture de paysage où les premiers plans sont animés par des bêtes domestiques et par des paysans. Un bas-relief de la villa Borghèse représente des pêcheurs au bord de la mer et dansune barque ; des bergers sont hissés sur les rochers : c'est l'illustration sculptée d'une idylle. L'art s'amuse à imiter les plus menues et les

plus frêles créations de la nature : le nid d'oiseaux du musée du Vatican est un jouet de marbre qui a la finesse d'un ivoire japonais.

Théocrite n'écoutait pas seulement les chansons des chevriers dans les paysages lumineux de la Sicile : il notait les commérages de deux bourgeoises de Syracuse. Comme les poètes, les sculpteurs se mettent à étudier les types populaires de la ville et de la campagne. A côté de la sculpture idyllique se place une sculpture de caractère qui touche à la caricature.

Fig. 43. — Le Nil (Musée du Vatican)

Deux chefs-d'œuvre de ce réalisme spirituel, qui paraît être alexandrin, sont le vieux pécheur du Vatican (galerie des Candélabres) et la vieille femme ivre du Musée du Capitole. Cette vieille qui embrasse son amphore en dodelinant sa tête ridée d'un air si béat, a été chansonnée dans plus d'une épigramme de l'Anthologie. Les œuvres d'art alexandrines font toujours penser à quelques vers d'un poète. Dans la dernière période de l'art grec tous les arts : sculpture, peinture, littérature se trouvent confondus.

L'Alexandrinisme fut à la mode dans la société polie de Rome sous les deux formes inséparables de la littérature et de l'art. Dans le dernier siècle de la République, un groupe de poètes de salon, au-dessus desquels s'élève Catulle, composent des épopées et des élégies où l'amour se fait érudit comme un bibliothécaire. Au temps d'Auguste, Ovide et Properce sont encore des Alexandrins. Quant à l'art à la fois coquet et réaliste

d'Alexandrie, il fut représenté à Rome, non seulement par des œuvres importées et par des copies, mais par des ouvrages exécutés sur place. Les artistes grecs durent affluer à Rome, après que César eût conquis le royaume de Cléopàtre. En 1878, les ruines d'une maison du temps d'Au-

Fig. 44. — Persée et Andromède. Bas-relief alexandrin (Musée du Capitole).

guste ont été retrouvées dans le jardin de la Farnésine. Une bonne partie des stucs qui décoraient les voûtes écroulées purent être recueillis et assemblés au 31usée des Thermes. Ces stucs qui ont fait corps avec une maison romaine ont été certainement modelés par un artiste alexandrin. Chacun des compartiments est un tableau dont les divers plans sont indiqués par des gradations de relief aussi délicates que le travail du stiacciato dans les sculptures florentines du xv" siècle. Ces tableaux sont des paysages animés ou des figurines de Victoires et d'Amours. L'accent vif

et spirituel de la touche, la légèreté aérienne des arbres et des pavillons, les détails exotiques de la végétation et de l'architecture font penser aux chinoiseries de la Régence (fig. 46). Dans le musée qui est le plus récent des musées de Rome et le plus riche peut-être en chefs-d'œuvre inattendus, le Boxeur de bronze et les stucs de la Farnésine résument à merveille les caractères des deux écoles d'art grec qui ont eu la vogue à Rome entre la fin des guerres puniques et l'ère impériale : le robuste

Fig. 45. — Un poète comique et sa Muse. Bas-relief alexandrin (Musée du Latran).

réalisme de l'art gréco-asiatique et la grâce légère de l'art alexandrin. Cet art grec d'Asie et d'Egypte a eu quelques-unes des audaces de l'art romantique et réaliste de notre xix° siècle, avec la grâce coquette du XVIII^

Au temps où l'art alexandrin était en pleine faveur à Rome, c'est-àdire dans le dernier siècle de la République, une réaction ramena le goût des amateurs romains vers les modèles grecs de l'époque classique et même au delà, vers les statues raides et souriantes des « primitifs » de la Grèce. A Athènes même, une école d'artistes érudits s'était mise à reproduire, au second siècle avant l'ère chrétienne, les statues du iv" et du v" siècle. Après la prise de la ville par Sylla, en l'an 86 avant J.-C, des artistes de cette école émigrèrent à Rome et créèrent, dans le monde

des amateurs, une nouvelle mode. Dans la sculpture, comme dans l'éloquence du Forum, les attiqncs s'opposèrent aux asiatiques.

Alors commencèrent à se multiplier les copies qui ont été citées plus haut, à la date des originaux célèbres qu'elles reproduisaient. En même temps, des artistes dont le talent s'élevait au-dessus du travail servile d'un marbrier, exécutaient dans le style ancien des œuvres qui n'étaient

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Fig. 46. — Paysage de tantaisie. Stuc provenant d'une villa retrouvée dans le jardin de la Farnésine (Musée des Thermes).

pas des copies. Le Torse du Belvédère, au Vatican, était un Hercule assis, buvant ou jouant de la cithare, que l'Athénien Apollonios, fils de Nestor, a sculpté en s'inspirant des statues athlétiques d'un Lysippe (fig. 47) . L'auteur de ce chef-d'œuvre, voué à l'admiration des siècles par l'admiration de Michel-Ange, n'est autre, sans doute, que l'Apollonios qui exécuta pour le temple de Jupiter Capitolin rebâti par Sylla une statue du dieu en ivoire et en or, pareille au Jupiter olympien de Phidias. Une caryatide imitée des jeunes filles de l'Erechtéion d'Athènes se trouve aumusée du Vatican (Braccio nuovo). Quatre autres caryatides du même style sont placées derrière le portique de la villa Albani. Il est possible que quelques-unes de ces statues, qui sont d'exécution médiocre, aient fait partie des caryatides que l'Athénien Diogène sculpta pour le Panthéon

d'Agrippa. Une caryatide placée dans la villa Albani, à quelques pas des quatre car3'alides déjà citées, porte sur sa tête une corbeille ronde derrière laquelle est gravée la signature des deux Athéniens Criton et Nicolaos : c'est une œuvre de l'époque impériale, imitée des statues contemporaines de Périclès.

A côté de l'école néo-attique, une autre école grecque fut fondée à

Fig. 47. — Le Torse du Belvédère, œuvre de l'Athénien Apollonius (Musée du Vatican).

Rome, peu d'années avant le triomphe de César, par le sculpteur Pasitélès, originaire de l'Italie méridionale. Cet artiste, qui reçut le titre de citoyen romain, fut célébré par un autre Grec naturalisé à Rome, le poète Archias, que devait défendre Cicéron. Pasitélès, comme Apollonios d'Athènes, avait ciselé un Jupiter d'ivoire et d'or. Aucune de ses œuvres ne s'est conservée ; le style de ce maître n'est connu que par celui de ses élèves. L'un d'eux, Stéphanos, a signé une statue d'éphèbe debout, qui se trouve à la villa Albani. Il n'imite plus Phidias et les chefsd'œuvre d'Athènes, mais des œuvres plus rudes et plus mâles, celles des sculpteurs péloponésiens, précurseurs de Pol3xlète. Cependant, tout en

donnant à son éphèbe la carrure des guerriers qui combattent sur les frontons d'Olympie, il adoucit et arrondit le modelé, comme ferait un Alexandrin. Stéphanos, à son tour, eut un élève, Ménélaos, qui est l'auteur d'un groupe conservé au Musée des Thermes (rez-de-chaussée, ancienne collection Ludovisi). Un adolescent converse avec une jeune femme qui le regarde dans les yeux gravement et maternellement. Est-ce Oreste et Electre? A coup sûr, ce jeune homme nu, drapé d'un manteau jeté en écharpe comme le large pli transversal de la toge romaine, et cette grande sœur à la tète bouclée ont l'attitude simple des statues et des groupes funéraires d'Athènes au iv' siècle, avec la douce mélancolie des héros de Praxilète (fig. 48).

Il est permis de rattacher à l'atelier de Stéphanos et de Ménélaos une statue d'une jeune femme nue, découverte en 1874 et exposée au musée des Conservateurs. Les Guides l'appellent la Vénus de l'Esquilin, mais elle n'est point déesse. La jeune femme serrait autour de sa chevelure l'ancien bandeau des Grecques ; son geste assez raide fait penser à une célèbre statue d'homme du V^ siècle, le Diadumène de Polyclète. Mais le sculpteur a fait poser, dans l'attitude d'une statue ancienne, un modèle dont il a détaillé avec amour le corps jeune et dodu.

D'autres sculpteurs, dont quelques-uns travaillaient certainement à l'époque impériale, ont essayé de reproduire les tuniques aux plis parallèles et les visages au sourire figé des vieux maîtres d'Olympie et d'Egine. Mais, comme devaient faire, dans une tentative toute semblable, les préraphaélites anglais, ces sculpteurs « préphidiesques « de Rome n'ont pu se dégager des modes de leur temps. Ils ont été à la fois archaïques et alexandrins. Un vrai décor, analogue à ceux qui sont modelés sur les stucs de la Farnésine, sert de fond au bas-relief de la villa Albani sur lequel Apollon et Diane, tous deux en longues tuniques droites, s'avancent vers une Victoire qui verse la libation d'un bras coquettement arrondi.

Fig. 48. — Oreste et Electre (?)

œuvre du iculpteur Ménélaos (Musée

des Thermes).

Les peintures grecques n'avaient pas été moins recherchées que les sculptures par les généraux qui chargeaient de chefs-d'œuvre les chariots de leur triomphe et parles collectionneurs de Rome. Mais les panneaux de bois et les minces plaques de marbre sur lesquels étaient peints les tableaux célèbres conservés dans les temples et les galeries particulières ont péri jusqu'au dernier. L'histoire de la peinture grecque au vi' et au v° siècle ne

F'g- 49- — Salon de réception [Tahlinuin] de la maison de Livie, sur le Palatin.

peut être suivie que sur les vases peints, qui donnent quelque idée des fresques d'un Polygnote, comme une gravure au trait donne la silhouette d'une composition de Raphaël. Une collection très importante de vases de provenance grecque ou de style grec, trouvés en Étrurie ou dans l'Italie méridionale, est exposée au Vatican, dsiusle Musco Gregoriano. Les peintures murales qui décoraient les maisons romaines n'ont pas été conservées comme les fresques de Pompéï et de Boscoreale par un ensevelissement qui préparait une résurrection. La plupart a'entre elles sont tombées avec les murs qu'elles décoraient. Une seule maison antique est encore debout à Rome, celle qui a été retrouvée sur le Palatin en 1869. Le vieux Tiberius Claudius Nero y habita avec sa femme, avant que le

divorce eût fait de Livie la femme d'Auguste et la première impératrice. Cette maison, où naquit Tibère, qui devait se faire bâtir près de là un palais gigantesque, n'est qu'une élégante maison bourgeoise, toute pareille à celles de Pompéi.

Le tabliiuiin ou salon de réception, qui s'ouvre au fond de l'atrium, a conservé une décoration peinte dont les tons pâlissent de jour en jour. Le fond du décor est comme un portique d'architectures légères et vivement colorées ; trois grands panneaux à fond clair, peints entre les colonnettes, représentent des scènes diverses qui semblent vues à travers des baies ménagées dans la paroi (fig. 49). Une femme s'avance dans une rue de Rome, étroite et sombre :

c'est un tableau de genre, qu'on dirait copié sur nature (fig. 61). Galatée blanche et menue chevauche un monstre marin qui bat les flots de sa queue noire ; Polyphème, le cyclope amoureux, surgit de la mer, derrière un rocher.

L'eau du rivage est d'un vert profond : au loin la mer, dominée par des falaises, se perd dans une lumière nacrée. Ce paysage d'idylle alexandrine fait penser à la fois au Cyclope de Théocrite et à la poésie panthéiste des tableaux d'Arnold Boecklin (fig. 50). La troisième composition est simple et sévère comme un basrelief attique. Sur un tertre qui forme à lui seul tout le paysage, la jeune lo est gardée par le vigilant Argo : Mercure s'approche, l'épée à la main, pour enlever la femme aimée par Zeus (fig. 4g). Cette fresque de style ancien est sans doute une réplique d'un célèbre tableau de Nicias

Fig. 50. — Galathée et Polyphème (Maison de Livie).

d'Athènes, un peintre contemporain d'Alexandre. Les trois grandes peintures de la maison de Livie, exécutées par un même artiste, ont leurs modèles dans trois périodes différentes de l'art, à Rome, à Alexandrie, à Athènes. Elles sont rapprochées dans un salon, comme des tableaux de maîtres différents dans la galerie d'un patricien éclectique. ])e même, sur les lambris de la maison de la Farnésine, dont les fresques, comme les stucs, ont été transportées au Musée des Thermes, quelques figurines dessinées d'un trait se détachent sur un fond blanc, comme sur l'argile d'un lécythe funéraire d'Athènes ; les compositions voisines, modelées et comme gouachées, sont tout alexandrines.

Les autres peintures antiques qui ont pu être exhumées des ruines de Rome se trouvent réunies dans une salle de la bibliothèque du Vatican. La plus célèbre de ces peintures, la première qui ait été connue et admirée, est celle des Noces Aldobrandines, qui appartenait depuis 1606 à la famille Aldobrandini. Au milieu de la composition, l'épousée est assise sur le lit nuptial, enveloppée d'un long voile ; une femme, sans doute la pûranvinp/u' ou dame d'honneur est assise à côté d'elle L'époux, nu et brun comme un athlète, le front couronné de lierre, attend sur une pierre qui représente le seuil. D'autres jeunes femmes, compagnes de l'épousée ou figures allégoriques, font des libations et chantent l'épithalame. Le décor est réduit à deux pans de mur ; les personnages, alignés sur un seul plan, semblent former un bas-relief peint. Cette fresque, sans profondeur et sans décor, est probablement, comme l'Io de la maison de Livie, la copie d'un original du iv° siècle ; peut-être est-elle inspirée d'un tableau des noces d'Alexandre et de Roxane, sujet qui fut traité par Aétion, l'un des peintres officiels du conquérant, près de vingt siècles avant que Sodoma ne le reprît dans la décoration de la Farnésine

(fig- 5 0-

Les fresques antiques qui font cortège aux Noces Aldobrandines, dans la salle du Vatican, sont des imitations fidèles d'originaux alexandrins. Une série de huit peintures, découvertes sur l'Esquilin, met en scène les aventures d'Ulysse. L'Odyssée était un sujet d'étude favori pour la science alexandrine, curieuse de géographie et de mythologie, l^es fresques de l'Esquilin sont grecques jusque par la langue des légendes qui accompagnent quelques-uns des minuscules personnages. Le récit se continue à travers des paysages panoramiques, séparés les uns des autres par des colonnes, et que le peintre a brossés dans des tons lumineux, avec l'audace d'un '< impressionniste ». Les peintures qui font face à cette suite de paysages représentent une série de figures féminines, qui ont été

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