CHAPITRE III
LES COMMENCEMENTS DE L'ART GRÉCO-ROMAIN
La victoire de la civilisation grecque à Rome fut complète et définitive. La Grèce, en faisant connaître les arts à l'agreste Latiura, avait, selon le vers d'Horace, conquis son farouche vainqueur. A ce flot irrésistible, dont parle Cicéron dans la République (II, 19), Rome n'avait rien à opposer. Le seul art qui eût été vivant autour du Capitole avant l'importation' des oeuvres grecques et l'immigration des artistes grecs, n'était pas latin : l'art étrusque des Tarquins n'avait été qu'une traduction de l'art grec. Rome n'avait point une religion vivante et « plastique » ; ses dieux paysans n'étaient que des noms, servis par des rites minutieux et mesquins : Jupiter et JMars, Junon et Minerve ne prirent une personnalité qu'en se confondant avec des dieux de l'Olympe. Ils s'incarnèrent dans les corps superbes des immortels de bronze ou de marbre que les généraux vainqueurs, après le pillage des temples grecs, conduisaient en triomphe vers les temples romains. Les plus modestes des dieux de Rome, ceux qui n'avaient pu parer le-ir nom obscur d'aucun mythe hellénique, n'eurent jamais forme humaine ou bien furent assimilés tant bien que mal à quelque dieu grec. Le musée du Vatican a acquis à la fin du xix" siècle une statue de Semo Sancus, que les Romains appelaient aussi Dius Fidius, et qui était le dieu du serment (galerie des Candélabres). Sans l'inscription de la base, il eût été impossible de donner à la statue son vrai nom : l'artiste qui l'a sculptée, au il" ou au m'' siècle de l'ère chrétienne, a fait de Semo Sancus un Apollon d'attitude archaïque.
L'esprit positif et pratique des Romains les rendait peu propres à la création d'œuvres littéraires ou artistiques. Quand les lettres et les arts de la Grèce furent connus à Rome, les métiers d'art, comme plusieurs des professions libérales, telles que celles du grammairien, du pédagogue et du médecin, furent d'abord abandonnés aux étrangers, Grecs ou Campaniens, et comptés parmi les métiers serviles. La littérature sortit bien-
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tôt de ce discrédit : tout en adoptant les formes et les « genres » de la
littérature grecque, elle exprima dans une langue qui lui était propre des
pensées et des sentiments qui n'étaient point grecs. Par l'éloquence et
par l'histoire, la littérature devint un soutien de la g'randeur romaine.
Le talent de l'écrivain et les scrupules du puriste ne semblaient pas
indignes de l'homme d'État : un Jules César ne tenait pas moins à ses
CoDimciitaires qu'à ses victoires.
Le travail d'artiste resta considéré comme une occupation indigne de
la majesté romaine. En quelques vers fameux, Virgile devait résumer
l'opinion de ses concitoyens : l'art à la Grèce ; à Rome, l'empire du
monde :
Excudcnt alii spiraiitia inullius œra..,
Tu regcre i)uperiu populos. Romane, iiiciucuto.
A côté de la longue nomenclature des poêles, des orateurs et des historiens latins, à peine est-il possible de nommer trois ou quatre Romains qui aient manié le pinceau ou le ciseau. On ne sait rien du sculpteur Caponius. Pacuvius, qui fut à la fois peintre et poète comique, au II" siècle avant J.-C, était venu de Brindes : c'était un Italien des pa5S hellénisés. Le seul patricien artiste dont le nom se soit conservé est Fabius Pictor, cj^ui vivait au m" siècle avant J.-C. De la même main il écrivit des Annales et peignit des tableaux de bataille. Le surnom porté par ce peintre historien montre qu'il s'honorait de son talent d'artiste. Alors il était d'usage d'exposer dans les triomphes, soit sur les chariots, soit le long de la Voie sacrée, des toiles peintes où étaient représentées pour le peuple les batailles de la campagne ou les vues du pays conquis. Ce genre de peinture était de l'histoire : un Fabius ne dérogeait en y travaillant. Il est possible encore aujourd'hui de contempler une peinture romaine qui remonte à peu près au temps de Fabius Pictor. Cette peinture a été découverte en 1889 dans une chambre funéraire de l'Esquilin : elle est exposée au musée des Conservateurs, dans un coin obscur de la salle des terres cuites. Les figurines, superposées sur trois zones, représentent des combats en plaine et au pied d'une ville, ainsi que des entrevues de chefs. L'un des o-énéraux est vêtu de la toge courte et tient la lance à la main : son nom, Q. Fabio, est celui de la gens illustre à laquelle appartenait le peintre patricien. L'œuvre peut être d'un Romain ; mais les contours des figurines à peine modelés rappellent les peintures des vases campaniens.
Ce fragment de stuc peint par un contemporain des guerres puniques
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est l'un des plus précieux morceaux d'histoire que Rome ait conservés. Il est unique. La peinture retomba, avant la fin de la République, entre les mains des Grecs : les batailles des légions firent place au paysage exotique et à la m3'thologie alexandrine.
Un seul art a été romain, au même titre que la littérature latine, parce qu'il a traité des sujets romains et qu'il a été pratiqué par des
F'd- 53- — Temple de Mater Matuta (?). 1'='' siècle avant Jésus-Christ.
Romains. Encore la peinture d'histoire n'a-t-elle été romaine que pendant quelques générations. Quant à l'architecture et à la sculpture, les formes en sont restées grecques ; la plupart des artistes c[ui ont dessiné des édifices et sculpté des statues ou des bas-reliefs pour l'ornement de Rome étaient des étrangers. Cependant il est légitime de parler, à côté de l'ancienne peinture romaine, d'un art gréco-romain. Cet art est grec, comme l'art asiatique et alexandrin, dont il est le prolongement et l'agrandissement ; il est romain, parce qu'il a été digne de la majesté de Rome et parce qu'il a été appelé à immortaliser par des monuments ce qui a fait la force et la gloire du peuple souverain.
Après les murailles de soutènement et de fortification, le plus ancien ouvrage d'architecture qui se soit conservé à Rome est le sarcophage d'un Scipion, Lucius Cornélius Barbatus, qui fut consul au commencement du iii'^ siècle avant J.-C. Ce sarcophage a été retrouvé en 1780 dans le tombeau de la, gens Cornelia^ sur la voie Appienne, et transporté au Vatican (Belvédère). C'est un bloc de pépérin, en forme d'autel. Le plus noble ornement de ce tombeau est bien romain : c'est l'inscription dédiée à la mémoire du consul dont la beauté virile fut égale au courage et qui vainquit le Samnium et la Lucanie. La décoration, qui est peut-être l'œuvre d'un des Grecs de Lucanie ramenés par le vainqueur, marie de façon inattendue les volutes ioniques aux triglyphes doriques.
L'ordre dorique fut employé pour la construction des temples de Rome jusqu'au dernier siècle de la République : lorsque Sylla rebâtit en l'an 83 avant J.-C. le grand temple de Jupiter Capitolin, il fit ériger autour de la cella de marbre des colonnes doriques en marbre pentélique qui avaient été prises au temple de Zeus Olympien, à Athènes. Le marbre ne servait encore que par exception à la construction des grands édifices.
Les seuls temples contemporains de la République qui aient laissé à Rome des ruines notables sont bâtis en tuf et en travertin. Ils se trouvent réunis en un groupe près du Tibre, en face de l'île, sur l'emplacement du Forum des légumes [Forum holitorinm) et du Forum des bœufs. Les restes de trois de ces temples sont engagés dans la construction de l'église de San Nicola in Carcere, voisine du théâtre de Marcellus. L'un d'eux était dorique, les deux autres ioniques. A quelques pas de San Nicolain Carcere, l'église Santa Maria Egiziaca est logée dans la <;(?//« d'un temple ionique fort bien conservé. Ce temple est sans doute celui d'une vieille divinité italique, la Mater Matuta, fondé, disait-on, par Servius TuUius et restauré par le dictateur Camille. L'édifice actuel a été rebâti un siècle environ avant l'ère chrétienne. Les colonnes des façades latérales et celles de la façade postérieure étaient à demi engagées dans la cella. Les huit colonnes antérieures, unies aujourd'hui par le mur de brique dans lequel s'ouvre la porte de l'église, étaient libres et formaient le portique du pronaos (fig. 53).
A quelques pas du temple ionique s'élève, plus près encore du Tibre, un temple rond, dont la cella est entourée d'une couronne de colonnes corinthiennes en marbre. L'entablement a disparu et les chapiteaux sont directement coiffés d'un toit de tuiles en parasol (fig. 54). Les colonnes sont de l'époque impériale, mais le plan est ancien. La forme ronde de ce petit temple, dédié à une divinité inconnue, était celle du vieux temple d'Her-
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cule vainqueur qui se trouvait à quelques pas de là, dans le même Forum des bœufs. Les temples de ce genre furent assez nombreux à Rome : entourés de colonnes ou de pilastres grecs, ils reproduisaient sans doute la forme des antiques huttes de roseaux où avaient habité les premiers Romains.
Ce n'est pas au petit Forum des bœufs, mais au Forum romain que l'on voudrait retrouver les restes des monuments de la République. Là, les
Fig. 54. — Temple rond voisin du Tibre.
blocs de travertin racontaient la lutte des patriciens et des plébéiens, les agitations soulevées par les tribuns, la chute des décemvirs, les violences des triumvirs, les combats des partisans de Syllaet de Marins, des sicaires de Clodius et de Milon. Mais le Forum reconstruit après l'incendie allumé par les Gaulois en l'an 384 avant J.-C. a souffert de plusieurs incendies sous l'Empire, au temps de Néron, de Titus, de Commode, de Carinus (283 après J.-C). On ne voit aujourd'hui dans le Forum déblayé jusqu'au sol antique que des ruines contemporaines des douze Césars ou même des derniers empereurs. Seuls, l'emplacement et parfois le soubassement des édifices de la République peuvent être distingués.
Vers le milieu du vallon, une série de chambres groupées autour d'un atrium était le monastère des vierges consacrées à Vesta. L'édifice
actuel, découvert dans les fouilles de 1884, est du temps de Septime- Sévère ; il a été élevé sur des fondements plus anciens. A l'angle nord de l'habitation des Vestales s'élève le haut soubassement du temple de Vesta, qui avait, comme le petit temple anonyme voisin du Tibre, la forme ronde des huttes primitives (fig. 55). Un trou assez profond, creusé dans ce soubassement, servait à enterrer les menues offrandes des fidèles, notamment les statuettes votives en terre cuite. Des ruines informes, au nord du temple de Vesta, sont celles de la Régla, où le grand-prètre habitait près des enfants vouées à la garde du feu et des sept choses sacrées et « fatales », dont l'une était, dit-on, le Palladiinn apporté par Enée. Au sud de ce même temple, les dernières fouilles ont découvert un bassin carré assez profond (fig. 56) ; les abords de ce bassin étaient couverts de fragments de marbre, dont les plus importants faisaient partie de deux statues de cavaliers en marbre grec. Ces héros sont les Dioscures, Castor et Pollux ; le bassin est la légendaire fontaine de Juturne, reste des étangs marécageux de l'ancien Forum, où les deux frères divins étaient venus abreuver leurs chevaux et avaient donné par leur apparition la nouvelle de la victoire remportée avec leur aide à la bataille du lac Régille (496 avant J.-C). La fontaine se trouve au pied du haut soubassement élevé au temps de la République pour porter le grand temple dédié aux Dioscures. Les trois colonnes qui sont encore debout sur la base ancienne font partie d'une reconstruction magnifique due à Tibère : leur groupe harmonieux domine le champ de ruines. Plus loin huit colonnes ioniques, redressées gauchement sur un soubassement ancien, portent un entablement grossièrement composé de morceaux disparates. Cette reconstruction, qui est postérieure à l'incendie de Carinus, marque la place d'un édifice vénérable, le temple de Saturne, où étaient déposés le Trésor de la République et les aigles des légions.
Sur le rocher du Capitole, un monument de la République qui domine le Forum laisse encore distinguer les lignes de sa construction primitive. Ce monument est le Tabnlariiiin, élevé entre les deux sommets occupés par le temple de Jupiter et par la citadelle. Il fut construit en l'an 78 avant J.-C. par le consul Catulus pour recevoir les archives de l'Etat. Toute la partie de l'édifice antique qui se trouvait du côté de la place du Capitole a disparu pour faire place au palais du Sénateur ; mais la façade du Tabnlariuin qui regardait le Forum est restée comme encastrée dans le mur du palais moderne. Sur un mur de soubassement, digne d'une citadelle, s'élevait un portique à deux étages composé d'arcades auxquelles étaient adossées des colonnes. Le premier étage est assez bien
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conservé; les colonnes; aussi bien que les arcades, sont en travertin (fig. 55). Le Tabiilariitm est actuellement le plus ancien exemple du système d'architecture qui combinait l'arcade et la voûte avec les ordres grecs, réduits au rôle d'une forte décoration en relief. L'ordre des colonnes adossées aux piliers de cet édifice est une altération italienne de l'ordre
Temple de Castor et Poilus. Le Tabularium du Capitole.
Fig. 55. — Soubassement du temple rond de Vesta, au Forum.
dorique dont Vitruve fera une variété nouvelle, l'ordre toscan. Quant à l'arcade toute nue, sans décor architectural ni colonnes adossées, elle avait été connue des Étrusques qui l'employèrent à la construction des portes d'enceinte. Il n'est pas certain qu'elle ait été adoptée à Rome avant le IV siècle de la République (il" siècle av. J.-C). La voûte en berceau de la Cloaca maxima ne remonte pas au temps des rois. Le premier aqueduc romain est, comme la première route romaine, l'ouvrage d'Appius Claudius l'Aveugle, qui fut censeur en l'an 312 avant J.-C. Cet aqueduc était plus bas que la chaussée construite par les légions et entièrement souterrain. C'est seulement en l'an 144 avant l'ère chrétienne que le préteur Marcius Rex construisit un aqueduc dont une partie était
montée sur arcades. Les arches gigantesques qui traversent encore le désert de la Campagne romaine sont des tronçons de VAqiia Claudia, l'aqueduc de l'empereur Claude ; mais l'aqueduc impérial, bâti en travertin comme les monuments de la République, reproduit sans doute l'appareil des plus anciens aqueducs romains à arcades (fig. 57). Les
Fig. 56. — La fontaine de Juturne, au Forum.
ponts en pierre sont encore de plus récente origine. Le premier qui ait été construit à côté des vieux ponts de bois est celui qui fut inauguré par Fabricius, en l'an 62 avant J.-C, un an après le Consulat de Cicéron. Il est donc douteux que la tradition d'une architecture voûtée ait été transmise aux Romains, avec celle des grands travaux d'ingénieurs, par les Étrusques.
L'usage des aqueducs a pu contribuer à la vogue des arcades. Cependant l'union de l'arcade et des ordres grecs n'a pas été réalisée pour la première fois à Rome. Sans doute les Grecs d'Athènes et du Péloponèse n'avaient connu, à l'époque classique, que les lignes perpendiculaires des colonnes et des entablements : mais les Grecs d'Asie employèrent
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l'arcade, dont le tracé était resté usuel dans les pays tels que la Perse. L'architecture gréco-asiatique dont le Tabitlariurn est le premier exemple à Rome, put être importée vers la fin des guerres puniques par des artistes tels que cet Hermodore de Chypre qui construisit au Champ de Mars deux temples et un grand portique de marbre dédié en 146 par le consul Métellus.
F'g* 57- — Un aqueduc dans la campagne romaine [Aqua Claudia).
L'architecture à arcades, décorée de colonnes toscanes, fut sans doute employée dès le dernier siècle de la République à la construction des basiliques, espèces de grandes halles couvertes, à plusieurs nefs, qui servaient de lieu de réunion pour les affaires et aussi de tribunal. Le modèle des basiliques de Rome est à Alexandrie et à Pergame, où d'immenses portiques couvraient l'esplanade. Le nom même de l'édifice est mystérieux. Il veut dire en grec édifice royal ; les grammairiens anciens cherchaient l'étymologie de ce nom à Athènes, où l'archonte roi aurait rendu la justice sous un portique. Les basiliques de Rome rappellent bien plutôt les constructions de ces rois grecs qui, après Alexandre, rivalisaient de faste avec le grand roi de la Perse Achéménide, le basileus.
L'arcade et les colonnes adossées servirent peut-être à orner la façade circulaire du premier théâtre de pierre élevé à Rome, celui que Pompée fonda dans le Champ de Mars en l'an 55 avant J.-C. Cet édifice fut plusieurs fois brûlé et rebâti. Les arcades en travertin dont les restes ont été retrouvés près du Campo dei Fiori faisaient partie d'une construction de l'époque impériale.
Vers l'an 120 avant J.-C, le consul Quintus Fabius, vainqueur des Allobroges, avait fait ériger au Forum le premier arc de triomphe romain : l'arc s'élevait sur la Voie sacrée, entre l'ancienne Regia et l'emplacement du temple d'Antonin et de Faustine. Les édifices de ce genre se rattachaient au système des constructions hellénistiques à arcades .Mais Rome, au temps de la République, transforma les portes solennelles de Pergame et d'Alexandrie en monuments de ses victoires.
Les petits temples en travertin qui sont les monuments les mieux conservés de la République romaine n'ont pas de décoration sculptée. Sur le tombeau de Bibulus, voisin du Capitole, et qui a la forme d'une chapelle à pilastres toscans, les reliefs de la frise ne dessinent que des festons et des bucranes (fig. 58). Les textes seuls font connaître que sur les frontons du temple de Jupiter Capitolin, rebâti par Sylla, de grands reliefs de marbre, sculptés sans doute par des Athéniens, représentaient la déesse Rome, à côté de la louve et des deux jumeaux. Les artistes grecs ne trouvèrent point à Rome une tradition artistique, mais des sujets et des types nouveaux qu'ils eurent à interpréter.
L'orgueil national et familial des Romains multiplia les statues-portraits, nombreuses déjà dans les villes hellénistiques. Dès la fin du IV° siècle Manlius et Camille eurent leur statue équestre; en l'an 260 la première victoire de la flotte romaine fut commémorée au Forum par la colonne ornée de rostres qui fut érigée près de la tribune aux harangues et qui servit de piédestal à la statue de Duilius. Les héros mêmes de l'histoire légendaire furent représentés en bronze : une statue équestre élevée sur la Vélia, près de l'emplacement de l'arc de Titus, était celle de Clélie, sœur des Amazones.
Dans les maisons des patriciens, une coutume toute romaine avait préparé les voies à l'art du portrait. La pratique de l'incinération avait fait abandonner l'emploi des sarcophages sur lesquels les Etrusques s'étaient fait représenter couchés, le visage grand comme nature et marqué de traits individuels. Les portraits qui n'avaient plus place sur les tombes furent admis dans le tabliniim, la salle de réception. Ces portraits furent d'abord des masques modelés en cire qui ne sortaient de la
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maison que le jour où l'un des membres de \a.£^ens allait rejoindre les morts de sa famille. Alors ces masques étaient portés par des figurants en toge qui représentaient les ancêtres. Les visages impassibles précédaient la litière funèbre, comme un cortège de fantômes.
Fig. 58. — Tombeau de Bibulus, au pied du Capitole (i'''' siècle av. J.-C.).
Quand Rome eut été conquise à l'art grec, les masques de cire furent peu à peu remplacés par des bustes. Les sculpteurs eurent à représenter, non seulement des héros et des morts, mais des vivants. L'art hellénistique imita l'ampleur oratoire de la toge, comme il avait fait pour les saraballes et les tiares persanes des cours asiatiques.
Les artistes de Pergame et d'Alexandrie avaient excellé à caractériser
les races, Gaiates aux cheveux roux, Nubiens ou nègres. Les Grecs qui travaillaient à Rome copièrent avec vigueur les crânes ronds, les fronts bas et les mentons carrés des peuplades italiennes qui étaient devenues le peuple-roi. Ils ont gardé à la postérité la ressemblance de ces solides
Fig. 59. — Époux romains (Musée du Vatican).
bourgeois de Rome, dont les changements politiques et les transformations religieuses ne modifièrent que lentement les mœurs et les allures. Un haut-relief du temps de l'Empire, au musée du Vatican, unit dans un même bloc de marbre deux époux romains : la tradition les appelle Caton et Portia (fig. 59). Et en effet ces deux inconnus sont bien les représentants de l'ancienne Rome. L'homme déjà ridé, la femme, jeune et cependant grave, comme doit l'être une matrone, s'appuient l'un sur l'autre à jamais, comme ils ont fait dans leur vie commune : UbL tu Gains, ibi ego Gain.