INTRODUCTION XXIII
Le personnage mystérieux, dont il a été question jusqu'ici, a été en rapports avec Rome et les jésuites. Basile Schoujski a été le premier à signaler ce fait pour l'exploiter en sa faveur et il s'étend même longuement là-dessus dans un décret adressé à Perm et daté de Moscou en 1606 (1). Les chroniqueurs russes et étrangers en font aussi mention. Marchant sur leurs traces, Karamzin fait intervenir les jésuites lors même qu'ils sont étrangers aux faits qu'il raconte. M. Soloviev élève contre eux de graves accusations par un raisonnement apriori^dont nous aurons plus tard l'occasion d'apprécier la juste valeur. M. Kostomarov affirme que, prenant des velléités pour des promesses, Rome s'est laissée trop facilement séduire par Démétrius. Nous passons sous silence les opinions exagérées de plusieurs autres écrivains, de l'ancienne école surtout, qui exploitent ces circonstances avec une partialité, que les préjugés et le parti pris peuvent seuls expliquer.
Dissiper les erreurs et redresser les faits au sujet des rapports de Démétrius avec Rome et les jésuites, tel est le but de notre travail. Nous citerons à l'appui de nos assertions les lettres adressées par Démétrius à Clément VIII et Paul V, la correspondance romaine du nonce de Pologne Claude Rangoni, les lettres des jésuites, qui accompagnaient l'armée de Démétrius. Ces documents sont pour la plupart inédits (2). Pour base chronologique de notre travail, nous avons adopté le récit du P. Jean Wielewicki dans son histoire de la maison professe des jésuites de Cracovie (3j. Il a été composé sur le
(1) Actes de rexpédition archéographique, II, 44.
(2) Ils appartiennent en partie à M. le prince Borghése, en partie au R. P. Gagirin, dont les conseils nous ont été d'un grand secours dans notre travail. Nous saisissons avec bonheur l'occasion d'exprimer notre sincère reconnaissance envers ceux, qui Font si bien méritée,
(3) Le P. Jean Wielewicki naquit en 1566 au château du même nom dans le palatinat de Kalisz. Entré dans la Compagnie de Jésus en 1584, il y enseigna plus tard les sciences spéculatives et occupa les plus hautes charges de son ordre jusqu'à Tannée 1639, qui fut celle de sa mort. Son Histoire de la maison professe de Cracovie comprend la