‹ Rome et Jérusalem [microforme]Chapitre 22 sur 101 · LE SANCTUAIRE DU COURONNEMENT D’EPINES · texte numérisé non relu

LE SANCTUAIRE DU COURONNEMENT D’EPINES

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ROME ET JÉRUSAI EM 101 de splendeurs humaines que celui deson divin Maître, Le dôme qui le recouvre est la merveille et l’'étonnement des Âges. De toutes les pierres, de toutes les colonnes, de tous les tombeaux de la basilique, il sort un parfum d'éternité ; la majesté des siècles chrétiens y réside, et l’on croit y entendre la triple voix du génie, de la Puissance ct de la sainteté chanter incessamment l'éternel Magnificat de l'Eglise triomphante,”

O Roma felix !

Le 21 Janvier, les Romains célébraient avec joie et avec enthousiasme la fête de l’une de leurs Patronnes les plus illustres ct les plus vénérées : sainte Agnès, jeune vierge de 13 ans, martyrisée sous Valérien.

Dans l’église qui lui est dédiée, à la place Navone, une foule de pieux pèlerins a -‘sité la crypte où l’héroïque jeune fille fut brutalement rentermée. Au pied de lescalier, À main gauche, voici une petite salle où un ange apparut pour Ja consoler et la défendre ; au

fond, à main droite, nous trouvons deux autres pièces,

dont la première fut sa prison, ct la seconde, celle

A \ | 4 , , La A , même où elle a été egorgée et brûlée,

Sous ces voûtes tout embaumées des parfums de la

. . . ’ LE A! Li a , 2 n - Virginité d’'Agnès, on aime à relire les admirables pages que le grand évêque de Milan a consacrées à la louange de l’angéliqne enfant.

“On rapporte, écrit saint Ambroise, qu’elle avait , s

treize ans quand elle souftrit le martyre. Cruauté détestable du tyran, qui n'épargne pas un Âge si tendre ; mais, plus encore, merveilleuse puissance de la foi qui trouve des témoins de cet Âge! Y avait il place en un si petit corps pour les blessures? A peine le glaive trouvait-il sur cette enfant un lieu où frapper ; et cependant Agnès avait en elle de quoi vaincre le ginive.

‘ A cet a Jeune fille tremble au regard irrité de samère ; une piqûre d’aiguille lui arrache des larmes, comme ferait une blessure. Intrépide entre les mains sanglantes des bourreaux, Agnès se tient immobile sous le fracas des lourdes chaînes qui l’écrasent ; ignorante encore de la mort, mais prête à mourir, elle présente tout son corps à la pointe du glaive d’un soldat furieux, La traîne-t-on, malgré elle, aux autels, elle tend les bras au Christ, À travers les feux du sacrifice ; et sa main forme, jusque sur les flammes sacrilèges, ce signe qui est le trophée du Seigneur victorieux. Son cou, ses deux mains, elle les passe dans les fers qu’on lui présente ; mais on n’en trouve pas qui puisse serrer

des membres si petits !..

“Tous étaient en larmes; elle seule ne pleure pas. On s'étonne qu’elle prodigue si facilement une vie qu'elle n’a pas encore goûtée ; qu'elle la sacrifie comme

si elle l’eût épuisée !..….,

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“Quelles terreurs “'employa pas le Juge pour l'intimider! Que de caresses pour la gagner ! Combien d'hommes la demandèrent pour épouse !

Elle s'écrie :

“La Jiancée fait injure à lépour, si elle se fait altendre,

Celui-là n'aura, seul, qui, le premier, m'a choisie. Que lardes-tu, bourreau ? Périsse ce COrPS que peuvent aimer des yeux q*e je n'agrée pus !

‘“ Elle se présente, elle prie, elle courbe la tôte. Vous cussiez vu trembler le bourreau, comme si luimême eût été condamné. Sa main était agitée, son visage était pâle sur le danger d’un autre, pendant que la jeune fille voyait, sans crainte, son propre péril... Voici donc, dans une seule victime, un double martyre :

l'un de chasteté, l’autre de religion, Agnès demeura

vierge. et elle obtint le martyre.”

Cependant, ce n’est pas ici qu'il faut chercher ses précicuses reliques, Car, aussitôt après son supplice, ses parents transportèrent son corps dans leur domaine de famille, sur la Voice Nomentane. Aujourd’hui une superbe basilique, appelée Sainte-Agnès-hors-les-murs, conserve encore son tombeau. Ici, comme dans la ville, la fête Patronale y est belle, grandiose, et se termine par une gracieuse cérémonie dont Je veux vous entretenir : la bénédiction de deux petits agneaux.

104 ECME ET JÉRUSALEM

Il est À propos d'en retracer l’origine, Huit jours après la mort de l'illustre martyre, comme ses parents Vvéillaient à la grotte de son sépulcre, ils voient — à prodige !— au soin d'une vive lumibre, tout un chœur de vierges, revôtues de cyclades tissées d’or, Agnès tenait la place d'honneur, et, À sa droite, se trouvait un petit agneau blanc comme neige...

Or, en souvenir de cette vision, on bénit ici, chaque année, à la fête de sainte Agnès, deux petits agneaux, dont la laine sert À confectionner les palliums (écharpes blanches) destinés 4 certains dignitaires ecclésiastiques.

Cette année, j'ai eu le bonheur de suivre cette cérémonie, de point en point, au milieu d’une affuence d'étrangers extraordinaire, A l'issue de la messe pontificale, le clergé sort processionnellement de la sacristie pour entrer dans le sanctuaire. La marche est ouverte par des cleres portant des tlambeaux, l’encensoir et le bénitier ; viennent ensuite deux ecclésiastiques tenant chacun sur leurs bras un riche coussin de damas rouge, orné de franges d’or, sur lequel est mollement couché un petit agneau blane, la tête couronnée de roses, et tout le corps parsemé de rosettes en ruban rouge. Ces deux agnelets, avec les COUSSINS, sont placés sur l'autel, l’un du côté de l'Evangile, l’autre du côté de l’Epitre, L'abbé, mitré et revêtu de la

chape, monte à l'autel avec le diacre et le sous-diacre.

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Et, pendant qu'à l'orgue on exécnte un morce “ecompagnement de harpe, Je prières du Pontifical, jette de le mants petits agno:

l'encens,

üu avec célébrant récite les au bénite sur les char.

tx, et les parfume de Le même jour, on le rain Pontife qui les bénit

l'odeur de ‘présente au Souvede nouveau et les renvoie au monastère de Sainte-Cécile. Ces bonnes religieuse ct plus tard, avec la laine ressants agnelets, elles

S on prennent soin, de ces inté-

font les pallinme, x *%

Le jubilé épiscopal de Sa S

inteté Léon XIII, déjà si brillant sous tant de

apports, reçoit un nouveau lustre, un nouvel éclat des qui ont licu cette année. Il y on à six d’inscrites, Deux d'entre elles sont déjà des faits accon

béatification du véné

nombreuses béatifications

able serviteur de Dicu ! rançois- Navicr Bianchi, des cleres-réguliers 1 thites, et

celle du Vénérable Gérard-Majella, frè

lai, profès de à congrégation du Très-Saint-Rédempteur.

Que j'aimerais à vous faire connaître, ne ft-ce qu’à

es héroïques vertus, les de ces nouveaux bienheureux !

grands traits, la vie, | miracles mais le temps et l’espace me manquent, A peine puis-je rappeler

les rites sacrés de leur glorification.

Depuis la sacrilège invasion de Rome, les Béatifi A

tions et les Canonisations ont lieu non plus dans Saint- Pierre, mais dans la salle de la Loggia, qui s'étend au-dessus du vestibule de la basilique. Dans notre

pays et ailleurs aussi, cette salle ferait une magnifique

cathédrale. Quelle richesse de décorations et quelle profusion de lumières ! Toutes les parois et la voûte scintillent de : : le feux, à part une centaine de lustres disséminés dans la nef. Dans la lunette, au fond du sanctuaire, sur une draperie couleur d’azur et parsemée de fleurs de lis en or, se détache le grand tableau de la glorification du bienheureux, On a figuré tout autour les clartés du paradis. En un mot, le coup d'œil est ravissant, grandiose, féerique...

Il était neufheures et demie, le dimanche, 22 janvier, quand Mgr C.-0. Gagnon, secrétaire des archives, à Québec, MM. les abbés Raymond Casgrain, membre de la Société Royale du Canada, et René Casgrain, curé de Saint-Colomban de Sillery, ainsi que moi, nous pénétrons dans ce temple éblouissant, image du ciel, Bientôt arrive le cortège des Emes Cardinaux, suivi de dix-neuf archevêques et évêques, des supérieurs et procureurs-généraux des divers ordres religieux, ainsi que des chanoines de Saint-Pierre. Quand tous ces dignitaires curent pris place au chœur, le premier sacriste de la basilique vaticane monta À l'ambon et lat le décret de béatification,

Pu pied voile c’est lang couro!

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Puis, au moment où l’évêque céléb pied de l’autel, le 7% Deum d’ voile qui recouvrait l’im c’est l’apothéose !

ant entonnait, au actions de grâces, le age du bienheureux, tombe :

…. Et le serviteur de Dieu, envir anges, nous apparaît tout À coup sé couronné de lumière et de gloire ! !

onné levant au ciel,

Ce dévoilement du table

au est un vrai coup de théâtre. Nous nous sentons r

emués, saisis, ravis À nous- … Les yeux avidement attachés heureux, nous le suivons d’

mêmes sur le bien-

esprit et de cœur jusque dans les splendeurs de la Jérusalem céleste, avec des

chants qui semblent un écho des concerts angéliques !

En ce moment solennel, quel est ce

lui d’entre nous qui n’a pas redit avec une foi viv

e etune vive espé- Ælernà fac cum ari?7 Faites, à Seigneur, qu’un jour nous soyons réunis À vos saints dans nel séjour de Ja gloire ! ”...

rance cette touchante strophe :

sanclis tuis in glorià numer

Péter-

Oh ! qu’une béatification est une fête vante, incomparable, divine !

chœur de cent artistes en reh

radieuse, émou- Aussi bien un Puissant aussait l'éclat. La messe, exécutée avee un entrain, un brio ravissant,

Dans l'après-midi, nous revinmes au V.

Saint-Père, suivant l'usage,

Pour y prier devant l’im

atican, car Le devait se rendre à Ja Logyia

age et les reliques du bienheu-

reux, À quatre heures, la salle était littéralement remplie. Soudain il se fait un mouvement dans la foule. Où venait d’apercevoir la garde suisse, la garde palatinc et la garde noble. Bientôt après, une immense acclamation retentit : “ Vive Léon XIII! Vive le Pape-Roi ! Vive le Pape, roi de Rome !”.. Et l’on voit en effet Léon XIII s’'avancer lentement et bénir la sympathique assemblée. Entre-temps, les mêmes acclamations recommencent avec une intensité croissante. L'élan était irrésistible. Jamais, dit-on, depuis la aptivité du Pape, on n'avait été témoin, au Vatican,

dun pareil enthousiasme. Tel, autrefois, l’hosanna

des Iébreux saluant l'entrée triomphale de Jésus Christ à Jérusalem.

Cependant, arrivé dans le chœur, le Saint-Père vient s’agenouiller au fuldistorium, où il reste pendant une demi-heure profondément absorbé dans la prière. Alors, tous ensemble, mous récitons le rosaire, heureux unir nos faibles invocations À celles de Léon XIII, et d’alterner avec lui !

A la bénédiction du Saint-Sacrement, c’est le Souverain Pontife qui bénit l’encens et vient chaque fois, au pied de l’autel, encenser l’ostensoir d’or. Tout le monde à remarqué l’aisance et la souplesse de sa démarche. Nous avions peine à en croire nos yeux. Ne vous figurez pas un vieillard courbé, voñté et marchant

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avec difficulté ! Au contraire. Son allure cst légère,

dégagée... Ah ! Dieu veille sur son Pontife !

Est-il besoin d'ajouter qu'au sortir de la salle, Léon

XIII reçut une Ovation encore plus enthousiaste que

la première ? Comme son cœur de Pontife et de Roi dut tressaillir d'émotion et de sainte allégresse !

La santé excellente et la vigueur extraordinaire de l'auguste vieillard du Vatican font bien des heureux. Depuis deux mois, Sa Sainteté accorde tous les jours, et pendant plusieurs heur. nsécutives, une série ininterrompue d'audiences 1"; r, l’infatigable Pontife a reçu, dans la basilique de Saint-Pierre, le premier groupe des pèierins italiens (de l'Italie méridionale), Ils étaient bien dix mille, Léon XIII Les 4 tous admis, après la messe, au baisement du pied, et leur a fait distribuer à chacun une médaille d'argent commémorative. La cérémonie à duré sept heures, Après la retraite des Dir Mille, qui se fit en bon ordre, les Italiens du Nord, tout aussi nombreux, eurent leur tour, aujourd’hui même.

Le 19 janvier, le Pape à créé Quatorze cardinaux : c’est le plus grand nombre qui aient été élus dans le même consistoire, Trois Jours après, huit d’entre eux,

parmi lesquels S, E, le cardinal Persico (bien connu À 4]

Québec), $. E. le cardinal Logue (Pr'mat d'Irlande), ! D

S. E. le cardinal Vaughan (archevêque de Westmins- , man €

ter), ont reçu le chapeau cardinalice. dom

Ce jour-là, à dix heures et demie, au milieu du silence , ,

le plus profond, voici les membres du Sacré Collège qui 1 font leur entrée solennelle dans la Salle Royale du | N Vatican, Tous ‘8 yeux se portent vers la Chapelle ‘ anti Sixtine. Puis un eri formidable éelate : “ Evviva ! donn Evviva il Papa-Re ! ” —“ Vive! Vivele Pape-Roi :..” val à Et le Pape, porté sur la Sedia gestatoria, nous appa- | en fa raît dans toute la beauté, la splendeur, la majesté de î carna sa triple royauté. Sa main se lève pour nous bénir : et le nous nous inclinons ; mais bien vite, nous relevons nos révol fronts pour contempler encore et plus longtemps £ct k Qu. auguste vieillard dont le regard vif et profond, dont h bonne l'intelligence toujours jeune, donttoute la physionomie Corso enfin révèlent une force, une puissance merveilleuse. ries, e Après la cérémonie, qui dure une heure et demie, gues fi le Souverain Pontife se lève. Et de son trône, auprès au pal: duquel S. G. Mgr Bégin, coadjuteur de l'Eme cardi- | bomba nal-archevêque de Québec, occupait une place d’hon- bunbor neur, le Saint-Père, d’une voix forte, sonore, vibrante, è en s’éc donne la bénédiction apostolique. L’émotion gagnait : d’un n tous les cœurs. Et eile éclata de nouveau en vivats lazzis e indescriptibles quand Léon XIIT, repassant avec le à c’est un même cérémonial de tout à l’heure, au milieu de nos k ct d’écl

rangs, daigna nous sourire et nous bénir encore. Parce

Pi

[rlande), estmins-

u silence lège qui >yale du Chapelle Evriva !

-Roi !...” US APPpaajesté de 18 bénir :

vons nos emps 2e nd, dont sionomie reilleuse.

t demie, , auprès 1e cardi- *e d'honvibrante, | gagnait on vivats avec le u de nos

PR St

Pas un SOUvVerain couronné ne mér

maude le respect, l'amour, 1 Comme le noble e

ite ni ne com.

‘admiration, l'enthousiasme,

t immortel prisonnier qu Vatican !

#*# Nous sommes en plein carnaval, et, suiv antique et solennel, les d donnent à cœur-joie, À bouche que veux-tu ! Le val à Rome, oh ! c’est une affaire, en fait foi: I! santo NM Carnavale, c’est-k-dir

ant un usage escendants de Romulus s’en

carna- L’antique proverbe tale, la Pasqua ed it santissimo e: le saint jour de Noël, P

Âques, irnaval !... Avouons que J

et le très saint +£ a dernière

révolution l’a gâté tant soit peu.

Quoi qu’il en soit, Don Curnavale à extéricurement bonne mine,

“Rien de joli comme ja longue rue du Corso garnic de gradins, les balcons tendus de drape-

ries, et une foule serrée le long des trottoirs... De longues files de voitures circulent de ja Place du Peuple

au palais de Vénise. Le Carnaval à Rome, c’

est un bombardement général =

; les projectiles sont les confetti, e qu’on se lance à tours de br en s’écrasant sur les habits,

bonbons en plâtr as, et qui,

couvrent les combattants d’un nuage de Plâtre, au bruit des cris joyeux, des lazzis et d’un tumulte général... De balcon À balcon, c’est une petite guerre amusante

, mêlée de bavardages ct d’éclats Qc rire.”

Parcourez la ville, ce n

est que mascarades partout.

Chez nous, les Murdi-gras comme les Mi-carêmes, ne

se pavanent qu’un jour et en petit nombre. Ici, ils circulent librement dans les rues pendant une quinzaine de jours, et sont légion... Bref, la Ville Eternelle présente alors l'aspect le plus bizarre, sans perdre néanmoins son caractère dominant :

Veuve du Peuplc-Roï, mais Reine encore du monde

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