DIX-NEUVIÈME LETTRE
Jaffa à vo! d'oiseau — De Jaffa à Ramleh — Aboug seche — Te au Saint-Sépulcre,
Jérusalem — Laplaine de
rébinthe — Jérusilem !
Séron —
— Une visite
JÉRUSALEM, le 5 mars 1898,
HER UES de loin, les villes d'Orient ont en '
n] , ) général la plus belle apparence, A Ja moindre brise
, des bosquets de palmiers,
à la tête gracieuse et élanc au-dessus des toits et des D]
ée, ondulent
anches terrasses,
absolument comme, dans la plaine voisine,
les champs de blé balancent légèrement leurs ten]
montent dun
ur flèche aiguë qui
épis dorés,
Des centaines de minarets seul bond et dressent fièrement le déchire le firmament d'azur... V
aiment le coup d'œil
est pittoresque, enchanteur ; mais, pénétrez-vous À
l'intérieur de ces antiques cités de l'Asie, oh !l'illusion
sq SEP PAPE ENT RCA SEAL ER R
qui vous à séduits, tout À l’heure, disparaît bien
vite. — Par exemple, la petite ville de Jafa, étagée
en amphithéâtre, est d’un aspect ravissant, Mollement l accoudée sur sa poétique colline, elle semble n’avoir il rien perdu des charmes qui lui ont valu son nom de J belle, gracieuse….. Vous mettez pied À terre !.… Quelle el horreur ! J Assaillis tout d’abord par des essaims d’Arabes en haillons qui, dans tous les jargons inimaginables, vous HS demandent vos colis et le bakchiche, vous traversez des rues sales, étroites, tortueuses, voûtées, mal pavées — véritables casse-cous indescriptibles. Et, pour agrémenter la promenade, vous croïisez, à tout moment, a ces longues files de chameaux, venus de Gaza et d’un qe peu partout, avec leurs énormes charges d’oranges ou Li" de céréales. Gare à vous ! Comme leur ancêtre, le sis chameau de Jérusalem, ils ont un goût prononcé pour a les trous d’aiguilles ” ; et alors, jetés À terre ou ne contre la muraille, vous pourriez voir du même coup ( plus de chandelles que vous ne le voudriez... Voilà “a Jaffa la belle ! Voy Cependant, à un carrefour voisin, regardez ce clocher Se j i du de l’église des Franciscains qui, sur la hauteur, domine ie tous les minarets de l’Islam ! N’est-ce pas merveilleux a de voir la croix supplanter ainsi le croissant dans une - Ces
ville essentiellement mahométane ?
ajout
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Certes, nous aurions voulu nous agenouiller tout de suite aux pieds du Christ vainqueur, et saluer chez lui le “lion de Juda ” ÿ Mais notre inexorable, IL faut Partir à Ramleh, Jérusalem. Déjà deux coupés traînés chacun par trois chevaux arabes aux Jarrets d'acier nous attendent Jallah ! (en route !) s’écrie
Programme est en route pour
l'un des moukres, Mustafa :
—Jüllah ! répond l’autre, Mohammed. Tout est prôt :
NOUS partons,
+*+ Au bout de cinq minutes, nous traversons le marché arabe avec ses Pyramides de pastèques, d’oranges, de
citrons, de figues, de grenades— et une population bigarrée, gesticulante, mêlant ses cris gutturaux qui
écorchent l'oreille, au charivari plus où moins harmo.
nieux des Ânes, des mulets et des chameaux qui gémis-
sent lamentablement sous les coups de fouet,
Quelle vision fantastique ! — À coté du soldat ture
en pantalon blanc, veste bleue et fez rouge, vous voyez l'Arabe portant sous son burnous la j
aquette en coutil blanc et sa veste de ch
asse fringante, Le bédouin du désert se reconnaît au koufieh (voile) multicolore, roulé autour d’un chapeau indien
en écorce d'aloès. Les femmes ont ]
4 tunique bleue où blanche :
c’est une longue chemise flottante ajoutent, en guise de voile,
à laquelle elles Un capuchon noir où blanc
de AE NC RE ET AE ARTE ANS OR A
Al
qui enveloppe la tête et finit aux sourcils ; 14, il se joint, pour laisser juste la place des yeux, À une bannière d'étoffe de même couleur, attachée sous les paupières (au moyen &’une douille de cuivre dorée), couvrant hermétiquement le visage et descendant jusqu'aux genoux.
Comme ensemble, quel fouillis de couleurs, et quel
tohu-bohu ! C’est le marché arabe, passons.
Le spectacle change et s'agrandit au delà des portes de la ville. La route est large et bordée de hautes haies de cactus dans lesquelles nichent des pigeons-ramiers. Plus loin, ce sont des allées sinneuses, ombragées de figuiers de Barbarie, de mûriers, d’oliviers, de greuadiers, de nopals, de bananiers, de cannes à sucre, de dèr sycomores et de térébinthes. Enfin, des éclaireies dans de les bois de cactus nous font voir des vergers luxuriants une avec de grands carrés de légumes plantureux et de dat fruits exquis ; véritable Eden où imagination du 1 Tasse a placé les € Jardins d’Armide.” tou
Nous voici dans la plaine de Sâron, longue de trente dan lieues et bornée au sud par les montagnes bleues de la Séb Judée, Aujourd’hui comme au temps dIsaïe, elle est À nou d’une prodigiense fertilité. Or, pendant que nous admi- Au rons ces superbes tapis de verdures, ces gras pâturages fom
tout émaiilés des fleurs les plus brillantes et les plus rait
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variées, ou bien ces champs de grains déjà chargés d'épis jaunissants, notre imagination mettait encore devant nous — mirage biblique — ces deux scènes inoubliables qui égayèrent notre enfance, mais frappèrent d’effroi les habitants de cette contrée : Samson dévastant les moisson: au moyen de 300 renards à la queue enflammée ; Samson tuant, aux environs de Ramleh, mille Philistins avee une mâchoire d'âne !
Bercés par ces souvenirs et cahotés par la voiture, nous atteignons Ramleh vers einq heures et demie du soir. Nous ÿ pasesrons la nuit convenablement installés au couvent des bons lères Franciscains.
Ramleh est l’ancienne Atimathie, patrie de Nicodème et de Joseph d’Arimathie qui eurent l'honneur d’ensevelir Notre-Seigneur. C’est une Jolie bourgade, une délicieuse oasis plantée d'oliviers, de figuiers et de dattiers aux stipes élancés.
A dix minutes du couvent, nous allons visiter la tour des Quarante-martyrs, dominant un souterrain dans lequel reposèrent, dit-on, les restes des martyrs de
ébaste. Au retour, traversant le cimetibre musulman, nous assistons À une scène toute nouvelle pour nous. Auprès d’une tombe fraîchement fermée, un groupe de
femmes arabes, flanquées d’un derviche aveugle, pleu-
rait ct criait À qui mieux mieux, Rien de saisissant
comme ces roulades aiguës et mélancoliques, poussées
par des fantômes qu’éclaire À peine la lumière blafarde de quelques torches ! Le visage caché sous leurs longs voiles blancs, remuant la tête comme un balancier d'horloge, cherchant à se surpasser l’une et l’autre, elles poussent des cris déchirants, ces lou-lou-lou, qui rappellent l’ululatus de Rachel (Matth. II, 18.)
En Orient, il n’y a Pas, à vrai dire, de crépuscule, Le soleil a-t-il disparu, il fait déjà nuit, Et qui s'en plaindrait? elles sont si belles, les nuits d'Orient ! Longtemps, ce soir, nous en avons contemplé le spectacle ravissant, La lune resplendissait de tout son éclat et les étoiles biillaient avec une intensité incomparable. Regardez aussi ces myriades de soleils étincelants, ces constellations scintillantes, ici comme nulle part ailleurs — jusqu’à la Petite-Ourse qui se détache sur le ciel bleu avec une netteté vraiment étonnante !..
Cependant, il faut que les plus belles choses aient un terme ; rentrons au couvent, pauvre il est vrai, mais riche en souvenirs, Il est bâti sur l'emplacement de la maison de Nicodème, et Ja chapelle remplace son atelier. En 1799, lors de l'expédition française de Syrie, Bonaparte logea dans le monastère, transformé en hôpital pour les blessés. Or, comme ses officiers lui demandaient s'il se rendrait À Jérusalem, Napoléon, d'ordinaire si fertile en bons mots, ne trouva cette fois que cette platitude : « Non, répondit-il,
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LÉGENDE
| Première porte le nom de :
aux $Saintes-Femmes Ja Résurrection du Sauveur ; elle forme une sorte de vestibule, long d’environ douze pieds (2 mètres, 45 centimètres) sur neuf de | large (2 mètres, 90 centimètres).
| la Pierre sur laquelle Ange était a sis, | De cette Chapelle, une petite porte cintrée, haute
| de quatre pieds et large de deux, pratiquée dans le |
| mur Est, conduit dans la :
CHAPELLE pu T..S. TOMBEAU : sa longueur est de | six pieds et demi (2 mètres, 7 centimètres) sur six | Pieds de large. Les parois extérieures sont revêtues
| de plaques de marbre blanc, qui cachent Je saint Rocher,
Le TRÈès-SAINT TOMBEAU, que l’on a, à main droite |en entrant, s'élève au dessus du pavement de 65 | centimètres : il a 93 centimètres de large et un mètre, 89 centimètres de long (c’est-à-dire, environ 12 pieds de haut, 8 de large et 6 de long). Il est inhérent aux parois Nord, Ouest et Est. Le devant et le dessus sont entièrement revêtus de marbre blanc. Quarante-trois lampes brûlent Jour et nuit au-dessus du T.-S. Torbeau : 13 appartien ent aux Franciscains, Gardiens des Saints-Lieux ; 13 aux
| Grecs schismatiques ; 13 aux Arméniens schisma.
tiques, et 4 aux Cophtes schismatiques !
CHAPELLE DE L'ANGE : c’est IA « ue l’Ange annon a | £ Ç
La Gravure représente le Monument du Tombeau de N.$. J..C, Il est divisé en deux parties : la
Au centre, sur un iédestal, et enchâssée dans un. , ? | cadre de marbre blanc, on conserve un fragment de |