LE TRÈS-SAINT SÉPULCRE
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Jérusalem n'entre pas dans ma ligne d'opération.” — Sa ligne d'opération !. Le rocher de Sainte-Hélène n'y entrait pas non plus, et pourtant !….
Quant À nous, la Ville Sainte, voilà précisément le but à atteindre, Aussi, le lendemain, 4 mars,
au petit jour, nous nous élancions
au grand trot vers les montagnes de Judée dont les gracieuses ondulations sem- Le] Le ]
blaient fuir au loin devant nous.
Le paysage est toujours riant et le sol Autrefois, David avait ie
fertile, i de nombreux troupeaux sous la garde de Sétrai, Toutefois, à l'extrémité de la plaine, voici le désert dont Châteaubriand disait qu'il
‘semble respirer encore la grandeur de Jéhovah et
les épouvantements de la mort.”
Enfin, nous Commençons à gravir les Montagnes, Ce petit village à gauche, ÆEl-Latroun, est ni plus ni moins la patrie du bon Jarron.
De pauvres masures, habitées par quelques fellahs
arabes, recouvrent le repaire présumé de ce brigand, de ce “oleur heureux pour voler en
assez quelque sorte le bonheur éternel,
Plus loin, au versant d’une haute colline, apparaît une bourgade considérable qui a échangé son nom biblique de Kariathiarine contre celui be:
\uCOUp moins poétique d'Abougosche, — On
sait que l'arche d’allance, si funeste au Dagon des Philistins, fut
déposée ici duns lu maison d’Abinadab, Elle y resta
vingt ans, après lesquels David la transporta à Jérusulem,
Vers midi et demi, nous sommes en vue de Kalounieh, village pittoresque dominant une belle vallée que
traverse le torrent de Térébinthe, — En souvenir des cinq cailloux dont le jeune David arma ici sa fronde, nous descendons en prendre quelques-uns dans le même torrent aujourd'hui desséché, Et, entre nous, sans être des frondeurs, qui sait si ces petites pierres ne nous serviront pas tôt ou tard pour nous défendre contre quelques Goliaths de Bédouins ?
En attendant, ici commence l'ascension abrupte et tortueuse des dernierssommets qui servent de piédestal à la Ville Sainte : Zece usrendimus Hierosolymam. La vérité est qu'il faudra monter beaucoup avant d'atteindre la ville, située à 2,400 pieds au-dessus du niveau de la Méditerranée. Quelle route âpre, raide et sauvage! Et comme ces hauteurs sont désolées : Aucune trace de végétation : ce sont partout des montagnes nues et stériles, des rochers brûlés à blanc, alcinés ; tableau désolant qui rappelle ces terrifiantes paroles du Prophète : “ Même l’étrauger qui viendra de loin s’étonnera de la misère répandue sur ce pays.” — Saluons en passant ce petit village à nain siuche : c’est Ramatha, patrie de Samuel; plus loin, Gabaon,
où Josué arrêta le soleil,
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ROME ET JÉRUSALEM olt
Enfin, au sommet d'un plateau inégal et derribre un pli de terrain, se dessinent les arêtes aiguës du mont des Oliviers, Devant nous et à notre droite, voic’ les coupoles, des minarets, des maisons aux blanches ter-
asses et une enceinte crénelée : Æ1 K'ods U (La Sainte !), s'écrie le guide. — “ Jérusalem ! Jérusalem !” répétons-nous À la suite des anciens croisés, Et alors, descendant de voitures, nous chantons, avec l'enthousiasme de la foi, le psaume ZLæetatus sum... in atriis tuis, Jerusalem ! Notre émotion, où le devine, était grande ; elle gagna même un ministre protestant — un de nos compagnons de route — qui vint nous prier de chanter encore, C'est pourquoi, les veux mouillés de larmes et tournés vers Sion, nous disons en fauxbourdon le Zauda Jerusalem ; puis, silencieux, graves et pensifs, l'âme inondée d’une joie indicible, nons atteignons bientôt la porte de Jaffn. Dix minutes après, nous étions À Casa-Nova, le magnifique hospice franciscain,
Est-l bien vrai que nous sommes à Jérusalem ? N'est-ce pas un rôve?... ITé quoi ! Jérusalem qui nous paraissait +5 loin, si loin; Jérusalem dont nous avons appris le nom sur les bancs de l’école, et bien avant celui de Rome et d'Athènes: Jérusalem qui résume l'Ancien et le Nouveau-Testament ; Jérusalem, la glo-
rieuse cité de David et le théâtre non moins glorieux
de notre Rédemption.. — nous en foulons en ce moment le sol sacré !— Rien de plus vrai, et voilà pourquoi, oubliant les fatigues de Ta journée, nous montons tout de suite sur la terrasse du couvent pour jouir de notre bonheur et satisfaire notre pieuse curiosité, Oh! le panorama incomparable, grâce surtout au prestige des souvenirs ! Voyez, à l’ouest, le mont Sion et la tour de David; à l'Est, le mont Moriah et le mosquée d’'Omar; et plus près, le dôme massif de la basilique du Saint-Sépulcre. Toute notre âme était dans nos yeux! À peine jetons-nous un regard fugitif sur le mont des Oliviers et la longue chaîne bleue des montagnes de Moab, notre cœur et notre foi nous ramènent irrésistiblement vers ce point qui marque la tombe du Christ !
Une demi-heure après, conduits par l'excellent Frère Lucas, nous nous rendions au Saint-Sipulcre, À travers des rues absolument orientales, c’est-à-dire étroites, sales, tortueuses, voûtées et disposées en forme d’escaliers. =
Quel saisissement étrange nous éprouvons au moment de franchir le seuil de la basilique !
Ce demi-jour mystérieux qui vient de la voûte, cet entremêlement de couloirs, d’escaliers, de portes, de chapelles et d’habitations monacales, ces parvis et ces
murs couverts de tapisseries bizantines, ce: enlumi-
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