VINGTIÈME LETTRE
Coup d'ail sur [x basilique du Saint-
Sépulcre = La chapelle d'Adam — Au Golgotha !
— Une nuit sur Je Calvaire.
JÉRUSALEM, le 7 mars, 1893,
OP Cno ÇY = à :
> cs VANT de visiter le Calvaire, où je vous Le ©) \))
} ai donné rendez-vous, jetons uu apide
Sa COUp d'œil sur Pincomparable basilique
ÿé Qui doit au tombeau du Christ d'éclipser
d'ILONEE Jamais le Temple de Salomon.
: Depuis les croisés, ] à la fois le Saint-Sc
souterraine de l’Inv
a basilique actuelle recouvre pulcre, le Golgotha ct l'église
ention de la sainte croix. Certes, le
plan est loin d’être uniforme &ç ne présente pas À l’œil de l'observateur ces belles e: grandes lignes des cathédrales d'Occident.
C’est un monument colossal, une
sorte de forteresse, entourée de hautes murailles ct renfermant trois églises distinctes,
L'église proprement dite du Saint-Sépulere, où l’on constate l'alliance du style roman et de l’ogive sarrasine, a la forme d’une croix latine avec deux absides : l'une à l'occident où se trouve la tombe sacrée ; l’autre À lorient, précédée de l'antique chœur des chanoines, usurpé par les Grecs. Un déambulatoire obscur entoure cette seconde abside et conduit à diverses chapelles, telles que celles de Sainte-Marie-Madeleine, de Saint- Longin, de la Division des vêtements de Notre- Seigneur, de Sainte-Hélène et de l’Invention de la sainte Croix.
La chapelle souterraine ou plutôt l'église de Sainte- Hélène, de style bysantin, est surmontée d’une courole que supportent quatre colonnes. Située à l'extrémité orientale de la basilique, et sur le versant de la colline, elle est presque toute taillée dans le roc. On y remarque deux autels dédiés Pun au bon larron, l’autre à la pieuse impératrice. C’est ici que se tenait sainte Télène pendant qu’on faisait des fouilles pour découvrir la vraie Croix. Plus bas, un oratoire de forme irrégulière remplace la citerne où les Juifs jetèrent pêle-mêle les trois croix, les clous, la couronne d’épines, l'éponge et le titre qui surmontait la tête de la divine victime : c’est la chapelle de l’Invention de la Sainte-
Croix.
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Enfin, au sud-est de ] l'église du Calvaire,
mêne au somme
à basilique, nous äpercevons Un escalier de dix-huit m t de ce monticule peu Vrai, Mais pourtant «]
arches élevé, il est a plus haute cime de l'histoire de l'église et de l'histoire du monde,” le Sinaï de la Loi Nouvelle, — Cotte petite église,
qui n'a guère subi de modifications depuis lé
Poque du royauine latin, se divise par de lourds Pilastres en deux parties égales ; voici à droite la chapelle du crucifiement appartenant aux Catholiques ; à gauche, la chapelle de la plantation de la Croix
» Que possèdent les Crecs Schismatiques.
Mentionnons cncore, sous le Cal aire, ls , ?
à chapelle d'Adam qui s'avance jusque sur la cavité dans laquelle
fut dressée Ja Croix du $ tradition rapportée par Jérôme, saint Epiphane, Augustin, place ici la sépulture du premier homme. D’après cette respectable légende, Noé lui, dans l'arche, 1 humain, et Cham,
l'aurait déposé
auveur, — Une ancienne
saint Basile, Origène, saint
saint Ambroise et saint
aurait pris avec 8 ossements du père du genre dépositaire du crâne d’Ad dans l’excavation de ce rocheux appelé pour
am, monticule cela Cranion, Calvaire (lieu du à la mort du Christ, les rochers arge fissure se
crâne). Puis, comme se fendirent et que la ]
dans cette grotte, les
prolongea jusque ang du “nouvel Adam,” répandu
sur le Golgotha, put distiller ainsi sur la première tête coupable et nous racheter d’une manière plus sensible... — Quoi qu'il en soit du fait lui-même, on a coutume, en souvenir de cette pieuse tradition, de peindre ou de sculpter une tête de mort au pied du crucifix — touchant symbole de notre salut acheté au prix des
souffrances et du sang de l’IHomme-Dieu !
Ajoutons que c’est au seuil de cette dernière chapelle que se voyaient encore, au commencement de ce siècle, les monuments funèbres en marbre blanc des deux premiers rois de Jérusalem : Godefroy de Bouillon et Beaudoin. Deux gradins accolés aux murs remplacent
aujourd’hui leurs tombes vénérées, Les Grecs — Proh dolor !.., horresco referens !—
les Grecs ont pu profaner leurs cendres et les jeter aux quatre vents du ciel, mais la mémoire de ces héros chrétiens n’en sera pas moins éternelle ! Dans le Trésor de la basilique, les Pères Franciscains conservent avec un soin jaloux l’épée et les éperons du vaillant Godefroy. Avec quel respect j'ai pris dans mes mains cette glorieuse épée — cette nouvelle Durandul — si funeste aux Sarrasins et qui porte l’écusson du royaume latin ; une croix grecque entre les croisillons
fs
de quatre croix plus petites, où pour parler le langage
première tête lus sensible...
nn à coutume, peindre ou de 1 crucifix —
au prix des !
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ler le langage
héraldique, à lu vroir des queue
8, potencé el eantonné
de quatre !
Tel est — À part ce beau souvenir des c roisades —
l'intérieur de la basilique du Saint. -Sépulcre,
Or, le 4 mars — jour de notre arrivée À Jérusalem — après avoir vénéré le Saint- Tombeau et tout auprès le lieu de l'apparition de N-8, à Marie-Madeleine, après une pieuse visite À In colonne de Ja F lagellation, à la prison du Sauveur, à l’Invention de la Sainto- Croix, et à la Colonne des Opprobres, nous gravissons tout émus la sainte colline du Calvaire, Il y fait sombre, Seules les lampes de toutes couleurs et de toutes dimensious qui ornent la voîñte éclairent de lueurs vacillantes ce lieu terrible lerribilis est locus iste !— auquel le soleil, par pitié pour son Auteur et par horreur pour l’épouvantable déc ide, refusa un Jour sa clarté, Dans cette pénombre mystérieuse et presque sinistre se détache à gauche, sur fond d’ argent repoussé, la Croix grecque portant le S Sauveur, entre Marie et Jean vêtus de robes d’ argent miellé, Tout auprès le chandelier À sept branches et le reliquaire d’or.
Mais, vous le devinez sans peine, ce luxe d’ornemen-
tation ne nous distrait pas longtemps. Passant à droite, nous allons nous agenouiller à 1’
endroit même du cru-
manner
LOME ET JÉRUSALEM
cifiement. Ai-'e bescin de 12 dire? Ah! c'est le front dans la poussière, les lèvres collées à cette rosace de marbre qui nous cache le rocensanglanté du Calvaire ; c'est le cœur agité par un trouble compréhensible et les yeux baignés de larmes, que nous implorons ÿci pardon et miséricorde pour nous et tous ceux qui nous sont chers.
O crur, are, spes unica
Hie Christi tendens brachia,
Auge pis justiliam,
Reisque donx veniam.
Eu ce moment toutes les scènes de la douloureuse Passion se déroulent devant nous, en particulier le supplice de la crucifixion qui a eu lieu #ei même, Oui, ici le sang de l’adorable victime a jailli avec force sous lès coups de marteau ; ici ce sang m’a racheté !... Oh ! ce qui se passe alors dans notre cœur attendri, ce que l'on ressent, ne me le demandez pas. Quelle langue humaine pourrait jamais l’exprimer ?
Sous l'empire de la plus vive émotion, nous nous
relevons pour saluer à droite, par une petite fenêtre
grillée, la chapelle extérieure de Notre-Dame des
Sept-Douleurs, érigée à l'endroit où se tenait avec saint Jean et sainte Madeleine, au moment du crucifiement, la Reine des Martyrs. Revenant sur nos pas et franchissant l’arcade voisine, nous nous prosternons un
instant devant l’autel de la Compassion ou du Sfabut,
sa san teu rest don véri mot l'éve rete F plus un P autel les f
c'est le front tte rosace de du Calvaire ; réhensible et mplorons ici *eUX qui nous
douloureuse particulier le mème, Oui, rec force sous heté !... Oh! endri, ce que Quelle langue
1, Nous nous etite fenêtre e-Dame des ait avec saint crucifiement, s pas et fransternons un vu du Sfabat,
dressé 1à où la Sainte Vierge reçut dans ses bras le
COrps inanimé de Jésus.
Tout à côté, soulevez cette plaque de marbre et voyez la fente miraculeuse qui coupe transversalement les veines de la pierre ; il est done bien vrai qu'à la mort de Notre-Seigneur le rocher du Calvaire se fendit, pend
ant que le voile du temple se déchirait !
Avancez de quelques pas, toujours plus inclinez-vous profondément sous l regardez dans le
à gauche, autel des Grees, et roe à nu cette Ouverture : ici fut plantée la Croix !
Quelle douce jouissane» pour Île pMlerin de plongor sa Main tout entière et de Promener ses doists frémissants dans cette cavité imprégnée jadis de sang rédempteur ! Ze durant trois longues heures Jésus crucifié rest suspendu entre le ciel et la terre,
donna Marie pour mûre, Ze
Tei il nous il pria pour nous, s0s véritables bourreaux. Lei par amour: pour nous, il mourut, erpiravit!…. Ah! que ce cri poussé par l'évangéliste : erpiravit ! même après dix-neuf siècles,
retentit encore douloureusement dans notre Âme !
Frappant notre poitrine comme le centurion, mais
plus éclairés et plus confiants, nous nous écrions avec
un pieux phlerin : “Salut, montagne de la Ridemption,
vtel du divin sacrifice, rocher du désert d'où ont jailli es flots vermeils du fleuve de la vie!
Tontes les
grandes choses qui ennoblissent l’humanité chrétienne, vérités, vertus, civilisations, saintetés, sont descendues de ton sommet radieux. Tu esle Sinaï des splendeurs, l'horizon des âmes, la vision sanglante et douce de l'amour cruxifié! Le martyr qu’on torture, le malade qui gémit, l'agonisant qui meurt, se tournent vers toi et ils se sentent fortifiés. Les cœurssouillés qui reviennent à Dieu, les Âmes pures qui embrassent le dévoue-
ment, pensent au Calvaire, et cette pensée met dans
leurs repentirs des larmes délicieuses, dans leurs sacri- L ,
fices des joies enivrantes.”?
Cependant il faut nous arracher à ces douces attendrissantes impressions, car il se fait tard et basilique se refermerait sur nous.
La nuit me parut interminable.
Trop lengue nuit, Gureras-tu toujours ?
Ne vous scandalisez pas de mon impatience: je devais ce matin célébrer la sainte messe sur le Golgotha et alors... comme le temps me durait ! Enfin, à six
heurcs, messieurs les Tures daignent ouvrir les portes de
œravissalis en
Les
la basilique : un quart d'heure après, je chasuble la sainte montagne.
J'y lus ln messe votive dela Passion à l'autel du
Crucifiement, Nouvelle émotion. En effet, y songez-
té chrétienne, nt descendues es splendeurs,
et douce de are, le malade nent vers toi és qui revienent le dévoucsée met dans
ns leurs sacri-
ces douces et ut tard et la