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Rome et l'action libérale populaire

La principale, et, à vrai dire^ la seule, est celle de contrister involontairement nombre de personnes faisant partie de l'Action Libérale et qui, à bon droit, s'estimeront parfaitement indemnes de mes critiques.

Ce sont d'excellents catholiques, donnant avec générosité leur concours et leur argent, très désireux de suivre la bonne direction et convain- ^ eus qu'elle ne leur a pas fait défaut. 27 ïl y 2L même une certaine diiïérence de régions ^ et de milieux qui, non seulement empêche l'îns- ^- piration maîtresse de cette Ligue d'avoir un ^ rayonnement partout égal, mais encore lui sous-

ROME ET l'aCTIOjX LIBÉRALE. — I

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trait complètement, ici ou là, l'esprit de ses adhérents.

Les éclairer sur cette direction est donc une tâche ingrate. La désillusion et la déception qui doivent en résulter pour tant de braves gens me touche infiniment plus que la perspective claire de passer pour un censeur rétrograde, méticuleux et chagrin.

J'ai eu un moment,avant de prendre la plume, je n'ai plus aujourd'hui l'appréhension de manquer de justice et d'outrepasser la vérité.

Cette crainte m'avait causé un instant de trouble. Le procès était déjà tout débattu dans mon esprit, quand je vins à relire l'Almanach de l'Action Libérale Populaire pour l'année 1906. Après avoir passé en revue ces comptes-rendus pleins de promesses et ces articles excellents, je fermai la brochure pour recueiUir mes impressions. Alors je demeurai perplexe. Etait-il juste, était- il sage, était-il opportun d'aller publiquement à rencontre d'une direction avec laquelle il semblait qu'on fût complètement d'accord? Tout à coup une pensée me traversa l'esprit :

dans cette publication populaire destinée à répandre par le pays le programme de défense et d'action des catholiques français, il n'y a pas une seule affirmation de croyance, et le nom de Dieu s'y rencontre à peine !

C'était exact, je le constatai en reprenant chaque page (i). A cet instant, je me sentis affranchi de toute incertitude. — Aime Dieu et va ton chemin.

L'unique souci de l'honneur divin et du salut national me guide. Je ne crains donc pas qu'à l'égard du chef très méritant de l'Action Libérale il m'arrive d'oublier, en écrivant, la haute considération que tous les catholiques lui doivent, ni d'être blessant envers qui que ce soit.

Cet audacieux essai ne devrait-il pas m'inspi-

(i) Le nom de Dieu s'y trouve deux fois, dans deux citations, l'une de M, Piou parlant de cette armée « qui sera, Dieu aidant, l'armée delà revanche », l'autre de M. de Marcère, dans un discours : « Pour Dieu et pour la Patrie! )> C'est tout. Non seulement on n'y voit aucune affirmation de croyance, mais quoi qu'on attribue à telle ou telle personnalité la qualité de catholique, l'Association se garde bien de se l'appliquer. Il n'y est question que de son libéralisme. Ce n'est pas une alliance des catholiques avec les libéraux, c'est une fusion avec ceux-ci. Toute la question est là.

rer quelqu' appréhension personnelle? « Le Pape lui cassera les reins », disait récemment un évoque, en parlant de votre serviteur. Ce prélat était probablement bien informé des efforts déployés en vue de ce résultat, par des gens qui ont, en effet, le bras très long-, et qui trouveraient plus simple ce moyen de discréditer certaines études sur la politique régnante de Ralliement et sur la dangereuse école du Sillon,

Nul ne peut, évidemment, s'il touche à ces questions brûlantes, se croire complètement à l'abri d'un blâme d'inopportunité. Naïf, plus encore que présomptueux, celui qui s'en flatterait. Je suis donc bien loin de le braver; mais enfin ce blâme, même accidentel, n'est point encore venu de source autorisée.

Quant à un jugement portant sur le fond et atteignant les propositions émises, je confesserai bonnement pourquoi je ne le redoute point. C'est d'abord parce que je n'aurais aucune répugnance à l'accepter avec docilité, car rien ne met plus à l'aise que « d'aller au vrai avec toute son âme »; mais c'est aussi parce que j'ai la confiance de défendre la vraie doctrine de l'Eglise.

Même cette confiance est telle que, loin d^indiquer seulement par ci par là mon opinion pour échapper plus facilement, je vais la formuler en thèses au début de chaque chapitre. Les contradicteurs auront donc beau jeu pour les dénoncer ou pour en infirmer la démonstration.

UOsservatore Romano a publié surnos récentes élections lég-islatives une série d'articles de valeur très contestable. L'un d'eux était même si manifestement tendancieux, il blessait si injustement les catholiques et contenait des informations si ridicules que, deux jours après, la direction du journal dut en dégager sa responsabilité.

Le dernier de ces articles donnait le jugement de VOsseruatore sur le résultat des élections, et relevait, malgré nos échecs, deux principaux motifs d'espoir pour les catholiques français : la division qui ne peut manquer de mettre aux prises les fractions de la majorité sur les réformes sociales, et les progrès croissants, les succès de l'Action Libérale sur laquelle il s'exprime ainsi :

« Ce parti autour duquel nous-mêmes, à la veille

de la lutte, avons exhorté les catholiques français à se grouper, et qui représente, pour ainsi parler, le germe fécond de la future régénération de la France, cette France qui, avant de penser et de se préoccuper si elle doit être républicaine ou monarchiste, a à se rappeler, si elle ne veut faillir à ses traditions les plus glorieuses, qu'elle est essentiellement et sincèrement catholique. . .

« C'est autour de ce parti, qui représente ce qu'offre de mieux à présent l'organisation des catholiques français, que ceux-ci doivent se grouper toujours plus nombreux et plus compacts, assurés qu'ils sont qu'à ce parti est réservé Favenir, que de grand cœur nous lui souhaitons prospère et riant... »

{L'Univers, 27 mai 1906.)

Suivant l'habitude d'esprit que certains meneurs de l'opinion catholique en France nous ont inculquée depuis une quinzaine d'années, on s'est efforcé d'attribuer à ces paroles la valeur d'un oracle pontifical. C'est ainsi que la Semaine religieuse d'Annecy dit à ce propos, sans plus de phrases, et textuellement : FOsservatore Romano a parlé, les catholiques n'ont cju'à obéir,

La seule nécessité de redresser une mentalité aussi fausse et aussi, dangereuse expliquerait ce livre.

L'occasion est donc favorable pour entrer dans le fond du débat; et l'époque même y est propice, puisque nous sommes à cette heure de recueillement qui précède la reprise d'une campagne.

Et maintenant le moi haïssable, qui a pris une trop grande place dans cespremières lignes, n'a plus qu'à s'efïacer pour laisser parler les faits.

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