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CHAPITRE PREMIER Le Pape et la Politique

Thèse.

IL APPARTIENT A l'ÉGLISE ET A SON CHEF DE JUGER LA CON- DUITE POLITIQUE DES CITOYENS d'uN ÉTAT DANS SES RAP- PORTS AVEC LA MORALE ET LA RELIGION^ MAIS NON d'ëN PRENDRE LA DIRECTION ACTIVE ( I ) .

AU MÊME POINT DE VUE, l'ÉGLISE ET SON CHEF SE PRONONCENT AVEC AUTORITÉ SUR LA VALEUR DES MOYENS EMPLOYÉS DANS LA POLITIQUE, MAIS ILS n'oNT PAS A DETERMINER EUX- MÊMES LE CHOIX DE CES MOYENS.

Il n'importe pas moins de maintenir la distinction du domaine politique et du domaine religieux, que de reconnaître leurs rapports néces-

(i) Le cas de l'Italie est très spécial. Le pape y exerce les doubles droits de chef spirituel et de prince temporel. L'impossibilité de sacrifier les Etats devoirs particuliers envers h

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saires et la subordination de l'un à Tautre dans ces relations.

S'il est vrai que la politique n'est et ne peut être que l'application de la morale au gouvernement du pays, dans les Etats chrétiens, et si la morale est essentiellement liée à la religion, il s'ensuit avec évidence que l'Eglise, le Pape, gardiens de la morale et de la religion, ont, à ce titre, un droit d'intervention dans la politique.

Ce droit, l'Eglise le tient du triple pouvoir doctrinal, législatif et judiciaire, inhérent à sa constitution divine. Aucun catholique ne peut le contester ni s'y soustraire.

C'est par usage de ce droit que le Souverain Pontife Léon XIII, dans sa Lettre aux Français^ rappelait l'obligation d'accepter le gouvernement établi, de se soumettre aux lois justes émanant de lui, et le devoir, pour les catholiques, de s'élever au-dessus des divisions de partis, afin de concentrer tous leurs efforts dans la résistance à la conjuration antireligieuse.

Je suppose que, dans ce dessein, les catholiques aient fait un pacte formel avec les socialistes, pour renverser les hommes au pouvoir. Si Léon XIII avait jugé contraire à la morale de s'allier aux ennemis de la société, il aurait encore

fait usage de ce droit en le déconseillant, et sa voix aurait dû être écoutée.

Il pourrait arriver demain que le Pape, mieux informé de la véritable direction donnée à V Action libérale populaire, la blâmât d'abandonner les droits de T Eglise pour ne se réclamer que du droit commun, et de sacrifier l'alliance de vrais catholiques, tels que sont la plupart des monarchistes, à celle de libéraux partisans de la sécularisation de l'Etat. Ce serait encore l'exercice légitime, indiscutable, de ce droit; et le devoir serait de s'y soumettre.

Mais si le Pape, ou le nonce, son représentant, prenait l'initiative de présider à l'organisation des catholiques en face du pouvoir oppresseur, de recommander telle forme d'association et de s'opposer à telle autre, cette intervention n'aurait d'autre valeur que celle d'un conseil, digne évidemment de la plus haute déférence, mais enfin laissant intacte la liberté des citoyens.

Lorsqu'en juin 1871 M. de Bismarck sollicita Rome d'empêcher la formation d'un parti politico-religieux, et mettait à ce prix l'abandon de son projetde Kulturkampf, le cardinal Antonelli lui répondit au nom de Pie IX : « Le Saint-Siège ne se reconnaît pas le droit de donner aux

catholiques allemands des instructions touchant leur attitude politique, w

Une telle déclaration est d'autant plus intéressante, dans le cas débattu ici, que la formation de ce parti avait justement pour but la défense des intérêts religieux.

Les motifs de cette réserve pontificale sont faciles à comprendre. Précisément parce que tout acte politique a rapport à la morale, et parce que le souci de la religion ne doit jamais être étranger à la conduite du citoyen, TEglise se défend de revendiquer indistinctement une autorité directe et souveraine sur tous ces actes.

C'est ce que Léon XIII exprimait dans un discours aux catholiques belges :

(( L'Eglise laisse à ses enfants toute liberté d'action dans les affaires purement politiques, pourvu que cette action soit réglée par les principes de la justice et de la morale chrétienne. ))

S'il en était autrement, la société politique serait privée de toute indépendance, contrairement à la doctrine formelle de TEglise, rappelée par Léon XIII, en ces termes, dans l'Encyclique Immortale Dei:

« Dieu a donc divisé le gouvernement humain entre deux puissances : la puissance ecclésiastique et la

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puissance civile; celle-là préposée aux choses divines, celle-ci aux choses humaines. Chacune d'elles en son g-enre est souveraine; chacune est renfermée dans des limites parfaitement déterminées et tracées en conformité de la nature et de son but spécial. Il y a donc comme une sphère circonscrite dans laquelle chacune exerce son action y^re proprio...

« Chacune a sa souveraineté propre, et aucune des deux n'est tenue d'obéir à l'autre dans les limites où chacune d'elles est enfermée par sa constitution, pour la gestion des intérêts qui sont de sa compétence . »

Or, cette formule affranchit log-iquement les citoyens d'un Etat, agissant comme citoyens et exerçant les droits civiques et politiques dans cet Etat, du pouvoir spirituel dont est affranchi rÉtat lui-même. La mesure de cette liberté est fixée par les principes de la justice et de la morale chrétienne, qu'il appartient à FÉg-lise de rappeler, d'imposer, de veng-er. Tant que cette limite n'est pas dépassée, l'Eg-lise s'abstient d'intervenir dans l'exercice des droits civiques et politiques.

Il est donc impossible d'accepter, sans les plus fortes réserves, les assertions qu'on trouve dans un article de VOsseruatore Romano du mois d'août 1895. Car si le chrétien ne doit pas être

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séparé du citoyen, il y a cependant lieu de distinguer entre eux; et le désir de justifier la théocratie à laquelle Léon Xlïl rêvait peut-être de ramener la démocratie universelle, ne suffit pas pour autoriser théolog-iquement l'absolue suprématie du Pape sur le citoyen comme sur le chrétien. Laissons en ce moment de côté, par courtoisie, la question de savoir si les catholiques italiens offrent aux Français un aussi parfait modèle que YOsservatore se plaît à le dire, n'examinons que sa théorie.

Voici le principal passage de cet article :

Un chef, dans le vrai sens du mot, les catholiques sont seuls à l'avoir, en quelque endroit et dans quelque condition qu'ils se trouvent. Quand fait défaut l'union des catholiques ? Quand ceux-ci ou ceux-là repoussent « l'unité du chef » pour prendre comme chej un homme qui ne peut être leur chef que dans un ordre spécial, secondaire, contingent d idées et de faits, de vie et d'action.

En Italie, gTâce à Dieu, les cathohques sont demeurés tous unis, parce quau lieu de se livrer à des discussions subtiles et chimériques sur l'étendue de leur soumission et de leur devoir^ ils ont obéi complètement à leur chef. Ce chef n'a pas été créé par la fantaisie, ni par la passion, ni par les préjugés, ni par l'intérêt de tel ou tel; mais ils ont respectueusement accueilli celui que Dieu leur a donné

pour leur bien spirituel et temporel tout à la fois, et cela, comme chrétiens, comme hommes et comme citoyens.

Les catholiques italiens n'ont pas distingué ni séparé en eux-mêmes le chrétien du citoyen ^yo'ûk pourquoi ils ne sont éloig^nés du Pape, ni en relig-ion, ni en politique, sachant bien que ce que le Pape prescrit ou interdit a autant de valeur pour le catholique que pour le citoyen, est aussi avantag'eux à la relig-ion quà la patrie, et qu'ainsi, en obéissant au Pape, en tout et pour tout, on se montre en même temps bon catholique et bon patriote.

Ces paroles semblent l'affirmation de la souveraineté universelle du Pape, elles posent le principe d'une théocratie qui n'est nullement dans l'esprit de FÉg-lise et contre laquelle les Papes seraient les premiers à protester.

A un point de vue différent, M. l'abbé Brettes, chanoine de Paris et prédicateur justement renommé, a publié une brochure dont F Univers et la Croix firent le plus grand éloge. Il y fait valoir des raisons spéciales de reconnaître au Saint-Père un droit de diriger la politique en France. C'est, explique-t-il, « que la France est le peuple de Dieu du Nouveau Testament, le peuple-prêtre de Jésus-Christ. »

Sans recourir à des arguments d'exception aussi singuliers, voici comment la Croix, à la veille des élections de 1898, formulait elle aussi le droit direct et absolu du Pape en matière politique, dans un dialogue dont il faut savoir excuser ici la forme populaire et triviale :

— Pour lors, qu'est-ce qui est ton chef?

— Dame, c'est le curé de Grenelle, puisque c'est ma paroisse !

— Et après lui?

— C'est Tarchevêque de Paris.

— Et après lui ?

— C'est le Pape.

— Bien, petit!... Donc tu dois écouter le Pape, et ton archevêque, et ton curé, qui sont plus futés que toi,

— Ça c'est juste ! Seulement^ père Narquoisy, il j a un cheveu !

— Passe-moi-le, fiston, ça me rendra service I

— Père Narquois j, vous n'êtes pas sérieux ! Je vous parle de politique, et vous, vous me parlez de la religion, ça n'est pourtant pas la môme chose!

— Apparemment, moutard!... Qu'est-ce que je t'ai dit tout à l'heure?... Que la politique, c'était delà blague!... Eh bien, le Pape, qui est un malin, s'est aperçu que, dans la politique, il y avait des gens qui parlaient très bien :« Pour Dieu ! Pour la patrie ! sauvons le catholicisme ! Le trône et l'autel I Le Roi, bientôt, viendra restaurer la religion chrétienne et reprendre les traditions des rois et empereurs chré-

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tiens, Philippe le Bel, Louis XIV, Napoléons I^^, Louis XVIIÎ,etc.)) Il en était bien heureux !

Seulement, il s'est aperçu aussi que ces g'ens qui parlaient si bien restaient les pieds sur les chenets, ou, tristement et tout en pleurs à la vue des malheurs de l'Ég'lise, s'en allaient danser et caqueter dans les salons du noble faubourg-, que la religion, au nom de laquelle ils parlaient et qu'ils défendaient, recevait tous les coups, que les rois ne se souciaient pas de revenir, que les apprentis empereurs, ou mangeaient du saucisson le Vendredi-Saint, ou se suicidaient sur le tombeau de leur maîtresse, bref,

LE PAPE s'est dit que LA POLITIQUE n'ÉTAIT Qu'uNE BLA- GUE IMMENSE, et comme chef du catholicisme, il a

DÉCIDÉ qu'on ne SERAIT PLUS EN FRANCE QUE CATHOLI- QUE ET FRANÇAIS.

— Tiens ! c'est déjà pas si bête I

— J'te crois, Narcisse!... De sorte qu'il n'y a plus pour nous, qui sommes baptisés, de radicaux, de conservateurs, d'opportunistes, d'anarchistes, de possibilistes. . .

— A vos souhaits, père Narquoisj ! . . .

A quoi la Gazette de France répondait très justement :

Les catholiques n'ont aucune opinion politique. Ils sont prêts à retourner à leurs errements monarchiques, comme ils ont abdiqué leurs préférences, selon la tactique conseillée et ordonnée par la Curie romaine .

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Ils se rallient et se dérallient, non par conviction personnelle, non par devoir civique, non par intérêt national, non parce que la raison, l'expérience, le patriotisme les inspirent etlesg'uident,mais pourcom* plaire au Souverain Pontife.

Et l'on s'étonne ensuite que les républicains sachant que, sur un ordre du Vatican, les ralliés, tous ou presque tous abandonneraient la République, on s'étonne que les républicains traitent les catholiques comme de mauvais Français et de mauvais citoyens.

Ne voit-on pas, ne sent-on pas que le pire outrag-e que Ton puisse jeter à la face des catholiques, c'est de supposer qu'ils sont étrang-ers aux conflits d'opinions et de doctrines qui divisent notre pays, et que, n'étant d'aucun parti, ils les renient et les trahissent tous, par obéissance ou complaisance aux ordres de la Curie romaine?

Les républicains seraient vraiment naïfs ou bien débonnaires s'ils livraient leur rég-ime à des hommes qui, sur un sig-ne de Rome, l'embrasseraient ou l'étoufferaient avec un ég-al empressement !

Et ce journal faisait remarquer très judicieusement queTultramontanismede ces catholiques autorise le g^ouvernement à leur tenir celang-age : « Vous n'êtes pas des Français comme les autres. Vous n'êtes pas fondés à réclamer des garanties accordées au reste des citoyens... Puisque vous vous mettez hors du droit commun, il est juste qu'on vous place sous des lois d'exception. »

Ces doctrines exagérées sont, en effet, des armes à deux tranchants, elles blessent ceux qui s'en servent.

J'ai déjà eu roccasion de faire observer que la traduction des Encycliques de Léon XIII, vulgarisée en France, contient parfois des assertions très différentes de celles du texte authentique (i); et j'ai cité en exemple lepassage où l'indifférence de l'Eglise à l'égard des diverses formes de gouvernement se trouve érigée en règle de conduite pour les citoyens (2). C'est la théorie impliquée dans l'article de la Croix, une erreur formelle.

Voici un autre passage de la même Encyclique où Ton pourrait être tenté de chercher l'affirmation de la suprématie absolue du Pape en politique, du Pape et des évêques : tout serait soumis à leur sagesse politique. Mais il n'est personne qui, comparant les textes, ne reconnaîtrait cette trahison des mots par laquelle la sagesse de gouvernement dans Tordre où l'Eglise l'exerce, au sens précis de la thèse énoncée plus haut, comme le contexte le prouve clairement,

(0 Cas de conscience, chapitre XI.

(2) Sapientiœ christianœ. Maison de la Bonne Presse, p. 291,

devient la sagesse politique des chefs ecclésiastiques.

Léon XIII traite de la subordination néces-

saire

Hœc dispositio atque hic ordo tanto magis valere in christiana republica débet, quanto Pontificis politica prudentia plura complectitur ; ejus enim est non soium regere Ecclesiam, sed generatim civium christianorum actiones ita ordinare, ut cum spe adipiscendœ salutis œternœ apte congruant. Ex quo apparet, prœter summam sententiarum concordiam et factorum, necesse esse politicam potestatis ecclesiasticse observare in agendo sapientiam. Jamvero christianse rei administratio proxime et secundum Pontificem romanum ad Episcopos pertinet : qui scilicet , quanquam pontificalis

Ces mêmes dispositions et ce même ordre doivent se retrouver au sein de la société chrétienne^ et cela d'autant plus que la prudence politique du Pontife Suprême s'étend à un plus grand nombre d'objets. En effet, il n'a pas seulement à gouverner TEglise dans son ensemble^ mais encore à ordonner et à diriger les actions des citoyens chrétiens en vue de la réalisation de leur salut éternel. On voit parla combien il est indispensa-' ble qu'outre la parfaite concorde qui doit régner dans leurs pensées et dans leurs actes, les jidè^ les prennent toujours religieusement pour

fastig'ium potestatis non attingunt, sunt tamen in ecclesiastica hierarchia veri principes.

règle de leur conduite la sagesse politique de l'autorité ecclésiasti que. Or, immédiatement après le Pontife Romain, et sous sa direction, le gouvernement des intérêts relig-ieux du christianisme appartient aux évoques. S'ils ne sont pas placés au faîte de la puissance pontificale, ils sont cependant véritablement princes dans la hiérarchie ecclésiastique...

Traduttore traditore.

Il importe donc de ne pas confondre des choses très distinctes. L'infaillibilité du Souverain Pontife n'est pas identique à son autorité, car son autorité pontificale s'étend plus loin que l'infaillibilité ; et cette autorité s'étend plus loin en morale qu'en politique. Le Pape, on le sait, n'est infaillible que quand, en qualité de Pasteur et de Docteur de tous les chrétiens, il définit une doctrine ou condamne une erreur.

Mais son autorité pontificale a un domaine

plus vaste, embrassant tout ce qui concernela foi, les mœurs, la discipline et le gouvernement de l'Eg-lise. La moralité des actes civiques et politiques lui est directement soumise ; mais la politique pontificale et ses directions diplomatiques ne se réclament de cette autorité qu'autant qu'elles visent et atteignent le rapport de la politique avec la morale et la religion. Hors de là elles n'obligent nullement en conscience. Cette politique, ces directions se réfèrent à des questions de tactique, elles varient avec les temps et les lieux, avec les circonstances et les hommes, et sont sujettes à des méprises même chez les papes les plus éclairés.

C'est donc encore une erreur d'attribuer un caractère d'infaillibilité à cette autorité ordinaire du Pape et à ses jugements sur ce qui convient ou ne convient pas au point de vue moral, dans la politique. On n'est pas médiocrement surpris d'en trouver l'expression dans VOsseruatore Romano, cdiT tel est manifestement le sens d'un article du i4 juin 1892 reproduit par r Univers, Il est facile d'imaginer les conséquences regrettables de telles assertions, émanant d'un organe dont on exagérait à l'envi les attaches avec le Saint-Siège.

LE PAPE ET LA POLITIQUE sS

« Nous voyons reparaître une vieille distinction. « On dit que le catholique doit obéir au Pape dans les choses de foi, mais qu'il g-arde la pleine liberté de ses propres actes pour ce qui • regarde les affaires politiques intérieures de chaque nation.

« On croit que c'est là un invincible et inébranlable arg-ument pour qui, peu disposé à obéir, désobéit d'abord en politique et, sans s'en apercevoir, en vient à désobéir aussi sur le terrain de la foi et sur le terrain de la religion. Mais c'est, au contraire, un sophisme manifeste, parce que l'on ne sait pas ou Ton ne veut pas savoir ce qu'est la politique pour tout peuple chrétien et pour toute nation catholique.

« La politique est l'application de la morale à l'action sociale des gouvernements et à la vie publique des peuples.

« Opy le Pape est le maître infaillible de la foi et de la morale; ce qui implique quil est le juge indéfectible pour l'une et pour Vautre, et décide si l'application pratique de la morale, soit par le fait des individus, soit par faction des peuples,ne lèse et n offense pas les intérêts et les droits de la foi.

« Donc ilestclairetévident que le Pape, qui est un maître infaillible pour ce que l'on doit croire religieusement et moralement, est aussi un juge indéfectible pour ce que Von doit faire ou omettre, soit dans la vie privée, soit dans la vie publique, pour que Foeuvre de l'homme et du citoyen ne contredise pas la vérité de la foi catholique et la justice de la morale chrétienne...

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Citons encore un autre article du même Osservatore,égSi\emeni reproduit par l' Univers du 2 octobre 1892. Le lecteur y verra justifiée par avance la thèse que nous aborderons plus loin sur la politique de Léon XIII. Cet article est une correspondance parisienne. L'importance que son auteur trouve moyen de donner à ce qu'ilappelle avec insistance l'entrevae de M. Ernest Judet avec Léon XIII, et la portée qu'il attribue à cette information offrent un spécimen du savoir-faire de ce correspondant universel des journaux du ralliement, qui ne craignait pas de dire dans Fintimité : les directions pontificales, c'est moi. — On lit donc dans l'Univers :

Nous avons donné récemment un des articles sous forme de lettre parisienne que VOsservatore Romano, organe du Saint-Siège^ a publiés sous le titre le Fapeet laFrance. Nous donnons aujourd'hui divers passages d'une autre lettre, où il est traité plus spécialement de l'audience accordée par le Saint-Père à M. Judet, rédacteur du Petit Journal.

Après avoir fait l'historique de cette audience et de ce qui l'a précédée et suivie, VOsservatore Romano dit :

« Tout le monde voit, y compris les moins clairvoyants, que de cette « entrevue » ressort l'idée nette et claire que la Papauté, sous l'ég-ide de Léon XIII,

dans rintention de sauver la société des maux immenses qui l'oppriment, loin de fuir la démocratie, qui veut la dévorer, a pris la ferme résolution d'aller au-devant. La Papauté se met à l'œuvre en vue de faire concorder les aspirations démocratiques avec la loi divine et d'apaiser la démocratie en la faisant entrer dans l'ég'lise, puisque celle-ci est disposée à s'accommoder de ses exig-ences, du moment que la démocratie fera des lois justes et inspirées de la vérité.

« Et après avoir travaillé à son amélioration matérielle et morale, et après l'avoir, pour ainsi dire, délivrée du joug" des sectaires, et ainsi légitimée aux jeux du monde, le pontificat romain est décidé à s'unir à elle pour travailler, d'un commun accord, à résoudre les plus formidables problèmes qui agitent la fin du xix® siècle, à améliorer la condition sociale de tant de millions d'êtres et — ce qui est plus encore — à chercher à obtenir pour elle, par l'Eg'lise, cette vraie liberté dans le sens le plus élevé du mot, que l'on a attendu vainement des monarchies et des parlements inféodés à la maçonnerie (^.).

(( En somme, de cette « entrevue », il résulte que Léon XIII a la ferme volonté d'inaugurer, comme complément de ce qu'il a exposé dans l'encyclique Rerum Novarum^ une de ces grandes politiques populaires auxquelles personne ne résiste et de laquelle doivent jaillir pour la société les plus utiles réformes. »

VOsservatore Romano expose qu'une telle politique, ÉMANCIPANT LES CATHOLIQUES DE TOUT LIEN POLI- TIQUE, devait engager ceux-ci non pas à attendre ou

à mendier leur liberté et leurs droits de tel ou tel prince, de tel ou tel g-ouvernement, mais à les réclamer comme chose due (i). Puis il ajoute :

« Le succès de l'entrevue du Petit Journal nous porte naturellement à demander quels résultats on aurait obtenus si certains journaux qui se disent catholiques, au lieu de combattre à outrance la noble initiative de Léon XIII, s'étaient inspirés de ses sages enseignements et avaient fait des efforts pour les faire pénétrer dans les masses populaires. »

Si vraiment VOsservatore Romano a prétendu qu'une telle direction eût le pouvoir d'affranchir les catholiques de tout lien politique, c'était encore aller contre la doctrine certaine et contre les déclarations les plus formelles du chef même de TÉg-lise.

Voici, entre autres, la protestation élevée par Pie IX, à la date du 20 juillet 1870, c'est-à-dire au lendemain même de la définition de l'infaillibilité, dans un discours adressé à une députation de l'Académie catholique. Elle est reproduite dans la collection des discours de ce Pape.

G'estune erreur pernicieuse de représenter l'infaillibilité comme renfermant le droit de déposer les souverains et de délier les peuples de leur serment de fidélité. Ce droit a été, en effet, dans des circons-

(i) Hélas !..

tances extrêmes, exercé par les papes, mais il n'a absolument rien de commun avec l'infaillibilité pontificale. Il était une conséquence du droit public encore en vig-ueur, et du consentement des nations chrétiennes, qui reconnaissaient dans le Pape l'arbitre suprême de la chrétienté, et le constituaient jug-e sur les princes et les peuples, même dans les questions temporelles.

La situation actuelle est toute différente. La mauvaise foi seule peut confondre des objets si divers et des époques si peu semblables. Comme si un jugement infaillible porté sur une vérité révélée a quelque analogie avec un droit que les Papes, sollicités par le vœu général des peuples, ont dû exercer quand le bien général l'exigeait.

Les déclarations solennelles de Léon XIIÏ dans le même sens sont assez connues pour n'avoir pas besoin d'être rapportées ici.

Sans nous complaire à relever les affirmations erronées qu'on peut rencontrer dans VOsservatore Romano^ nous extrairons encore celle-ci d'un article intitulé : le Pape dans la Société moderne, U Univers du i5 septembre iSgS ne manque pas de la présenter en ces termes :

UOsservatore Romane, V organe autorisé du Saint-Siège^ publie sous ce titre un article de fond qui est en même temps une étude doctrinale, en voici la traduction :

Les récentes élections françaises et les conseils donnés à cette occasion par le Pape aux catholiques de France ont soulevé une polémique derrière laquelle se cache une question d'une importance capitale pour la société moderne...

Le droit public moderne a confié au peuple V exercice de la souveraineté et l'a fait, au moins en paroles, arbitre de ses destinées. Il est donc bien naturel que l'Eglise et le Pape doivent lui dicter les règles pour l'exercice des droits nouveaux qui lui ont été conférés et de l'autorité sociale qui lui a été reconnue...

Non, ce n'est pas le Pape qui transporte son action sur le terrain politique, c'est le droit moderne qui a déplacé le centre de l'autorité en le confiant au peuple^ et le Pape ne fait qu'exercer^ en face de lui, la mission exercée de tout temps et qui est une partie essentielle de son ministère...

On fit remarquer, non sans raison, que cette appréciation du suffrage universel avait quelque chose d'excessif, et que « l'organe autorisé du Saint-Siège », en disant que le droit moderne a déplacé le centre de V autorité, ^diTldSi comme les partisans de la Souveraineté du peuple condamnée par le Syllabus,

UOsservatore Romano s'en défendit, mais il dut en même temps expliquer que ses articles n'engageaient que la rédaction, et qu'on ne doit

pas à tout propos chercher en lui l'organe autorisé du Saint-Siège. Le ton amer et irrité de sa réponse, mise au diapason d'une vulgaire polé^ mique de presse, en aurait d'ailleurs ôté toute envie en cette circonstance :

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