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jusqu'à douze cent mille. Ces cbilTres ne doivent pas trop nous étonner. Il ne s'agil pas ici de la population
habituelle et sédentaire, qui [loiuail monter peut-être à deux cent mille âmes *, mais d'une population accidentelle et violemment déplacée que la guerre avait jetée dans son eneeintè. Les Romains, maîtres de la Palestine, en avaient refoulé les peuples vers la ville sainte ; de tant de bourgs de Galilée où les hommes avaient été massacrés, les femmes, les enfants/les vieillards, étaient venus chercher un 1 edige à Jérusalem ou sous l'ombre de ses remparts *. Et en même temps que les bourgades incendiées et détruites envoyaient leurs fugitifs, les bourgades soumises et respectées, encouragées par cet armistice tacite qui durait depuis neuf mois, avaient envoyé leui's pèlerins pour la PAque. On sait que, dans les années ordinaires, la popidation de Jérusalem, au temps de la fêle, fut quelquefois de trois millions. Toute celte foule de pèlerins et de fugitifs, qui avait dû camper aux alentours de la ville, à l'approche de l'armée de Titus, se précipita dans Penceinle comme dans son dernier asile. Elle fourmillait là entassée, couchant sous les portiques ou Inémc sur les toits, misérable, souffrant déjà les premières atteintes de la faim. C'était véritablement la nation juive tout entière sur laquelle P»ome allait jeter son filet.
Cette population ne fournissait pas à la défense des ressources proportionnées à son nombre. On comprend que dans cette foule, en grande partie échappée au fer du vainqueur, les êtres sans défense devaient surabonder. Faut-il croire avec Tacite que, sous l'influence du patriotisme, tout ce
< Uécatéc d'Abdère dit 130,000. Mais» depuis son temps, renceiote de Jériisaiem s'était bien aocnie.
* Magna colluvie et cetcrnrum urbium dade aiicti. Tac, t, IS. — Multitadinem obsessorum onmb setalis virile et omliebre aecus. 15.
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qui, à la lettre, pouvait porler les armes, les avait prises Josèphe nous peint au contraire la grande masse de la population découragée, épouvantée, opprimée, avide de sonmission et de luilt'; la milice propre »Ie la ville désarmée ou détruite; les pontifes et les anciens, les cbeis les plus réguliers et les plus dignes, suspects et proscrits, inutiles par conséqiicid, sinon hostiles, à la défense. 11 réduit la force année de l'insurrection sous les différents chefs qu'il énumère, à deux mille quatre cent zélateurs, six mille galiléens soldats de* Jean, cinq mille iduméens, dix mille partisans de Simon, en tout vingt-trois mille quatre cents hommes, réguliers ou irréguliers *. Faut-il y ajouter un certain nombre de Juifs transeuphratiques ou de prosélytes de TAbiadéne, ^nus sons la conduite do quelques-uns de leurs princes au secours de Jérusalem^? Ou bien encore quelques restes derancienne milice urbaine, armée bon gré mal gré, faibles et suspects auxiliaires? Toujours est-îl que le nombre des défenseurs était sans proportion avec celui de la population désarmée. S'il lui eût été proportionnel ou même supérieur, comme dit Tacite ; s*il y avait eu derrière les murailles une armée de cent mille hommes, Titus, qui, par les transfuges, connaissait bien rintérieur de Jérusalem, n'eût probablement pas, avec cinquante ou soixante mille soldats, entrepris le siège; il ne l'eût certes pas entrepris avec cette confiance dans la facilité
• Arma concUs qui ferre possent, et plures quam pro numéro audebaot. f, 13. Les NX cent mâle individus auraient pu donner ainsi eei|t mille cooh battants.
• Tô f*.axiu.'-v T, <TT«maÇ6v. t, i6, 6, 1.
• Dion Cassius, l\vi, 4; et Josèjtlie, vi, 54 {(>, 7)). — Il parle plusieui-s fois lies princes de l'Adiabènc venus ;iu secours tic Jérusalem, vi, 5G (6, i). — A l'époque de la campagne de Ce^lius, il nomme Munubazeel Céuédœus, parents du roi dcrAdiubcne, Monobaze, ii, «^8(19, 2).
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ilu succès que Josèplie laisse voir en lui et que Tacite lui i^proche.
De plus, à ces défenseurs, nombreux ou non, les ressources de la guerre manquaient. Ni leur tactique ni leur armure n'étaient comparables à celles des Romains. Ils n'avaient point de cavalerie. La déroute de Cestius et la prise de la tour Antonia les avait mis en possession d'une artillerie nombreuse * ; mais l'art diilicile de la manœuvrer leur fut longtemps inconnu, ou médiocrement enseigné par quelques déserteurs romains. En outre, autour d'eux, s*agitait une population immense, parmi laquelle beaucoup de timides, d'affamés, de désespérés, rêvaient la fuite, rêvaient la soumission, étaient prêts à se révolter pour se soumettre. Les magasins de vivres avaient été détruits ; et, quelques magasins qn'eùt possédés Jérusalem, dès le premier jour où une telle multitude la remplissait, elle devait craindre la famine. Enfin, pour comble de douleur, les défenseurs eux-mêmes étaient divisés, guerroyant depuis deux ans les uns contre les auti'es, assiégeant et soutenant des sièges entre eux, tandis que tous allaient être assiégés par les Romains. Et c'étaient ces vingt-cinq mille hommes, bandits plus que soldats, mal armés, mal aguerris, encore moins disciplinés, sans chefs ou avec des chefs mutuellement hostiles, qui devaient, au dehors, tenir tèle, dans une enceinte achevée i la hâte, à une armée decin- (juante à soixante mille Romains, pourvue de toutes les ressources de la guerre; au dedans, contenir des centaines de mille êtres humains inutiles et en partie mal disposés, les dompter jusqu'à la mort, leur imposer l'agonie de la faim pour vivre soi-même; et à travers tout cela, faire face à leurs mutuelles
' Tidis ( ents machines jirojitcs h lancer des dards (il/o/.i'.;) ; quaranle piupres à lancer des pierres (Xiô&^s/.&u;). Jos.,(it' B», v, 25 (9, 2).
inimitiés, el, au milieu de tant de périls, s'entre-tuer encore
qiielf|uc peu. Le fanatisme juif accomplit ce clief-d' œuvre ; il I accomplit, connue de raison, à force d'atrocité, mais, il faut le dire aussi, à force de courage. Ce fut l'énergie révolutionnaire à sa plus haute puissance ; ces révolutionnaiEes-Ià du moins savaient se dévouer.
U est vrai que ces révolulionnaires-là croyaient à (juelque cbose. Ce n étaient point des Sadducéens, niant la résumelion et l'autre vie. C'étaient des Pharisiens, instruits par leurs traditions ù crone à une eùstence future. lUeu n'est plus vague et plus contradictoire que les opinions rabbiniqnes sur l'autre vie. Mais je ne sais à quelle époque une pensée s'était produite, hien adaptée à l' intelligence charnelle des Israélilcif, bien propre aussi à exaller leur fanatisme belliqueux. Tacite rattribue aux Juifs en général, et Josèphe, par un caprice bizarre, la met dam la boodie de Titus. On prétendait que, « chez les hommes morts de maladie, l'àmc, atteinte par la lente corruption de la chair, reste ensevelie avec le corps, et, qudque purement qu'elle ait vécu, demeure dans les ténèbres, oubliée de Dieu comme des hommes. Les âmes au contraire qu'une mort violente dans le combat on dans les supplices a délivrées en une fois des liens corporels, s'élèvent, saines et libres, dans les limpides régions de l'éther, et deviennent des anges proLecteui"s pour leurs debcendanls n Ou comprend quel encouragement donnait cette croyance au combattant, au supplicié et même au suicide. Elle inspirait aux exaltés du judaïsme ce goût de la mort qui rendit leur résistance si longue et si cruelle. Elle formait ces soldats de Simon qui, sur un mot de leur chef, dit Josèphe, se seraient feit une joie de se donner la mort.
* Jos., de Belle, vi, A {% 5), el Tacite : Animas praelio aut suppUci»