CHAP. XV. — SIÈGE DE JÉROSALEH
Telle élail la situation de Jérusalem el de ses défenseurs. Titus, quant à lui, connaissait bien leur iàiblesse maté* rielle; il savait moins bien leur force morale. Touchant à ce succès qu'avaient préparé les sa<(es lenteurs de son père, il avait hâte de ralteiiidre : Rome et ses plaisirs, dont il était sevré depuis longtemps, le retour triomphant auprès de son père empertar, tout cela riiiqtelait et raiguillonnait. 11 avait en même temps un certain désir d'en finir sans trop de carnage (car il n'était pas inhumain), et sans trop de désastre pour la cité sainte (car il ne laissait pas que de la respecter.) Et, d'un autre c^té, attendre d'wn blocus la reddition de Jérusalem aurait ennuyé son impatience et humilié son amour-propre \ Pour concilier son impatience, son humanité et son amour-propre, il lui semblait que, par un coup de main hardi, accompagné de négociations pacifiques, il épouvanterait les fanatiques , encouragerait les hoihmes sages, obtiendrait la reddition d'une ville qui, en majorité, demandait à se rendre; qu'il aurait la triple gloire de vaincre promptenicnt, haidinieul el sans trop de sang ni de désastres : et il se voyait rentrant bientôt dans Rome, sur le char de triomphe, sous les yeux de Bérénice, les lauriers d'imperator sur la téte , rendant à son père la Judée pacifiée, et le temple de Salomon conservé à l'empire des Césars.
Ainsi commença le siège : au milieu des terreurs et des souf-
inlerfinploriim ii-lernaspulaiit. Ilinr ncmiramli amor vi inoiiciidi (oiilemplus. Ilist., v,5. — Du reste, sur les oiiinioiis à cet égard entre les diverses sectes juives, voir Josèphe, de UellOtU, l'2 (8, li, 14); vii, 54 (8, 7). — Ant., XVIII, '2 (1,5, 4, ,')).
* Neque digiuiin videbatur famem hostiuin opperiri, poscebanlque pericula, pars virtutc. muUi ferocia et cupidinc prselioruiu. IpsiTito Rnmt et voluptatcs ante oculos, uc ni statim Hierosolyma conaderent, monui TÎdebantur. Tac, UisL, v. 11. — Voir aussi Dion, apud The$d<»., Lxvi, 4.
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franrcs, prompleinont siMisibles, de la iiiuIIiUkIo; d<^ l'obstiiialiunexalU'c des zélateurs; de riinpaliencc cupide des soldais romains; de l'impatience plus noble de Titus, qui, glorieux et humain à la fois, comptait sur l'ardeur de ses soldats et surFéioquence de ses parlcniunlaires, sur sonépée et sur sa parole.
Mais le premier succès trompa et ses espérances de victoire et ses espérances de paix. Dès le début du siège, la drfcnse, loin de s'affaildir, se fortifia par la réunioa de deux des parlis qui la divisaient. Le jour des Azymes ii4xant., i^À avril), les Odèles se présentèrent au temple. Comme c*é- (ait l'usage, les Galiléens, maîtres de Tenceinte extérieure, leur laissaient le passage libi'e; les zélateurs, maîtres du temple iniérieury leur en ouvraient les portes. A titre de simples fidèles, et cachant leurs armes, beaucoup de soldats galiléens pénétrèrent dans cette dernière enceinte. Au bout d'un instant, ils se découvrent, jetlent le cri de guerre, frappent la foule de leurs épées. Les zélateurs, hors d*étatde soutenir le combat, se cachent dans les sonterraias du temple. On les y ponrsuil, mais on leur fait grâce; aux dé|)ens de quelques victimes parmi les neutres, Jean et Ëléazar sont réconciliés, et dans le temple, du moins, il n'y a plus qu'un seul partit
La défense, moins divisée, devint alors plus énergique. La tactique romaine était pesante; elle marchait comme la politique romaine, lentement et sûrement; comme la politique romaine, elle avait pour sa grande arme la patience; elle punissait de mort l impctuosité téméraire aussi bien que la lâcheté*. Ce courage patient, cette stratégie lente
' Joe., de B,, 11 (3, 1). Joaones, tnissis (h i speciem saciificandi qui Eleattrum mamimqueejus obtruncarent, tcmplo politur; ità in duas liictio* nés GÎTitas «liaoeiait. Tac. v, 12.
*i(».,deB., IV, 5 (1,6).