MaUh.,xxii, 1-10. — Luc, xiv, IG-2i
♦ Ibid., vui, 1 1-12. — Luc, m, 2à-50. .
£.14 BOMB Vr U JUBÉB.
à leur tour pour remplacer ceux qui avaient failli ? La vraie syoagogueesl immortelle; où était-elle donc? La loi de Moise finie, où était la loi de Dieu? Le temple détruit, où était le
temple? Lo sacrifice aboli, où élait le sacrilice? On étaieiil les élus (loiil la semence ne devait jamais péril'? Où csl le Seigneur? disaient et les ptûens railleurs et les Juiis désespérés.
Or, il y avait maintenant ( (; (jui n'existait pas quarante nus au(m'avaul, uu peuple en dehors de la synagogue mosaïque, mab conservant la foi de Aloiae, son dogme du Dieu un et du Dieu créateur, ses livres saints, sa tradition. Ce peuple, il est vrai, n'était pas un peuple dans le sens cliariiel, uu peuple sorti d uu père couuuun et uni par une même origine. Ceux qui le composaient étaient venus de toutes les nations ; mais cela même avait été prédit vingt fois par les propliéles : « La loi du peuple de Dieu deviendra la loi de toute la terre... Kl par delà la mer, et dans Tliarsis fia Cilicic), et diez les lils de Lud (Lydie) armés de ûôcbes, et dans TImbal (Ibérie), et dans Javan (lonie et Grèce), et dans les iles lointaines ( rKurope), le Seigneur sera nommé à ceux quincl oulpas entendu uonnner jusque-là ^ » Ceux qui composaient ce peuple étaient, pour la plupart, les païens, les dis* graciés, les maudits, les derniers devenus les premiers. Car il avait été dit : « Diru léra miséricorde à celle qu'il avait nouuuée sans uiiséricordc; dans les lieux où il disait jadis : Vous n'êtes pas mon peuple, il dira : Vous ôies les fils de Dieu. Au peuple qui n'était pas le sien, il dira : Vous êtes mon peuple, et ce peuple lui dira : Vous êtes mon Dieu*. »
Il est vrai que ce peuple n était pas uni par le lien de la circoncision chamelle ; mais, au lieu de la drooncbion, il
« Isiïe, Lxvi, 18.20.
< Osée, 1, 10; u, ^, U (cité Rom., ix, 35, 26. — I Petr., ii, 10).
CUAP. XXI. - DE LtGLISE. 515
avait étèy selon la prophétie dlsaïe, « marqué du signe sacré parles envoyés du Seigneur ^ » Il était un spirituellement, comme Israël Tétait corporcllemcnt ; il avait été consaciv .spirituellement, comme Israël l'axait été coiporelleiiicnl; il était fils d'Abratiam par la foi, au lieu de l'éti'e par la chair.
11 est vrai encore que ce peuple ne gardait plus exclusivement ni le nom, ni la langue du peuple d*ïsraél. Quoiqu'il se proclainàt et pût se proclamer le véritable Israël *, il ne s'appelait pas Israélite, mais chrétien. Sans se borner ù la seule langue de Moïse, fait pour réunir tous les hommes, il parlait toutes les langues humaines. Mais cela aussi avait été prophétisé]: «Un nom nouveau le sera donné, ô Jérusalem ! «pie prononcera la bouche du Seigneur... Le Seigneur appellera ses serviteurs d'un autre nom; et qui sera béni en ce nom sur la terre sera béni du Dieu de vérité ; cpii jurera sur la terre par ce nom jurera par le Dieu de vérité... Dieu parlera à ce peuple avec la parole d'une lèvre étrangère cl avec une langue nouvelle »
Il est vi'ai enfin que ce peuple n'avait rien d'exclusif ni do fermé. Il n'élail comme Isi aél ni d une seule l ace, ni d'mi seul pays, ni d'une seule cité. 11 s'ouvrait â quiconque vouait à lui. Ce n'était pas la synagogue d'une race et d'un pays; c'était l'Église du monde. Mais les prophéties justifiaient encore cette abrogation du nationalisme exclusif d'Israël : « Le fils de rétranger qui voudi'a s'attacher au Seigneur ne dira plus : Le Seigneur me séparera par une barrière d'avec son peuple... Mais les fils de l'étranger qui s'attacheront au Soigneur, je les l éjouirai en ma mais(»n de prière, pai-<'e que ma maison sera appelée une maison de prière j^our tous le^^
* Isaie, Lwr, 1
* Hebr., XII, 22. — S. Ju>tiii, in Tryphone, 12"».
* isaie, L\ii, 2 ; uv, 15-10 ; xxtiii, 11. — Voyez 1 Cor., 21.
516 UOm ET LA JUDÉB.
peuples'. Vous partagcrei votre terre entre vous et les étrangers qui seront venus parmi vous, et ils seront pour vous
comme des indigènes *. »
C'est qu*en un mot ce peuple, quoique héritant des mêmes promesses, en était investi par une alliance nouvelle. C'est pour cela qu'il portait un nouveau nom, qu'il parlait une laugiio nouvelle, qu'il sorfnil d'une source nouvelle. Cette alliance était celle que Daniel annonçait lorsqu'il disait qu'à la soixante-dixième semaine « le Christ confirmerait à plusieurs son alliance*... » « Voici que viennent les jours... avait ditJéréinie ; et je ferai avec la maison d'Israël et la maisonde Juda une alliance nouvelle, non selon le pacte que j'ai fait avec leurs pères. ce pacte qu'ils ontbrisé et pour lequel je les ai traités en maître*... • Et, allant plus loin, le prophète avait peint ce renouvellement de toutes choses: «Comme des - cieux nouveaux et une terre nouvelle que je ferais apparaître devant moi, ainsi apparaîtra votre race et votre nom. Ne vous rappelez plus le passé, ne regardez pas aux choses aiiruiues. Je fais toutes choses nouvelles; elles naissent (1 aujourd'hui »
Seulement, ce peuple nouveau et cette alliance nouvelle reproduisaient, tout en les transfigurant et en les traduisant pour ainsi dire dans la langue des cieux, tous les traits de l'ancienne alliance. Le Juif que Dieu éclairait de sa lumière retrouvait là tout ce qu'il avait perdu ; désolé de la perte de Ka terrestre Jérusalem, il retrouvait une Jérusalem nouvelle.
* Isaïe, cvi. 5-7.
» Éiccli., xLvii, 22, 25. Et alii alibi. » Oaii., IX, 27.
* Jcmi)., XXX. 51-55. (Voir llehr , viii, 8; x, IG.) — Sur U prophétie ti'unc nouvelle alliance, voir eiu ore Isaï»', xi.ii, G ; xlix, 8.
* Isaie, xLiii, 18, 19; i.xv, 17 ; uti, 22. — Voir Apoc.» xx», 1. — Il Cor., V, 16.
CUâP.. XXI. — DE L ÉULiSE. 517
Il y refroimiU la synagogue, le lieu d'assemlilée, l'Église (car tous ces mots veulent dire une mônic chose), dans laquelle la prière, la lecture et rinterprétation des Livres saints, Venseii^einent de la loi, se faisaient comme dans les synagogues du judaïsme. Il y retrouvait bien plus : il y retrouvait son temple détruit; car, dans l'alliance nouvelle, tout lieu d'assemblée était un temple : n Les vrais adorateui-s, avait-il été dit, n'adoreront ni sur la montagne de Garizini ni à Jérusalem, mais ils adoreront le Père en esprit et en vérité. 1» En d'autres termes, le culte parfait de Dieu ne devait avoir de limites ni dans le temps ni dans Tcspace. Tout lieu d'assemblée était un temple; car dans tout lieu d'assemblée se célébrait le sacrifice, qui avait cessé d'être cclébi^é dans le temple juif, mémo avant le jour de sa ruine. Le juif baptisé retrouvait là le sacrifice, se renouvelant aussi chaque jour; mais, au lieu d'être limité à un certain pays, à une certaine dté, à un certain autel, donné à tous les peuples, présent dans toutes les cités, possible dans tous les lieux : il le retrouvait tout autrement saint, pur, efficace, conformément à la pi^hétie de JUalachie ; « Ma volonté n'est pas avec vous, a dit le Seigneur aui fils de Juda, et je ne recevrai pas Toffrande de vos mains. Mais du lever du soleil à son coucher, mon nom est grand parmi les nations, et, en tout lieu, on sacrifie et on offre en mon nom la pure victime »
Dans ce temple nouveau, le Juif retrouvait encore, sous une forme nouvelle, des trésors mystérieux pareils à ceux du tabernacle mosaïque. Dans le tabernacle, sept objets sacrés demeuraient couverts d'un voile, visiUes aux seuls prêtres, maniés par eux seuls : l'arche d'alliance, la table des pains
* Halachie, 10-11. • Le Seigneiir ten adoré dut èhaque pajs et dios tentei In îles des mtioiis. Soplion., v, 11 . — Voir S. Justbi, in Tryph,, m, 107.
M 8 RONB BT LA JDDÂB.
(io |ir()|M»silit)ii, le chaiidclior à sept branches, l'aulcl (1<'S parruiiis, l'autel des holocaustes, la mer d'airaio, les vases du ministère sacrée Dans l Ëglise aussi, sept sacrements, sept grands mystères, confiés aux mains de l'évéque et du sacerdoce, cachés eu ces premiers temps pai* une prudente réserve, formaient le trésor de la communauté chrétienne. La nier d'airain se retrouvait dans la source baptismale ; la table des pains de [)ro[)osilion dans la table mystique de l'Eucharistie; le candélabre sacré n'était (pi'une li;^ure des lumières de ri>pril-Saint cl des sept dons qu'il porte au\ fidèles. Au sac du temple, et au triomphe de Titus, le véritable Israël, s 'û savait le don de Dieu, n*avail donc rien perdu.
|);iiis l'Ki^lise chrélicniuî se retrouvait aussi pour lui et sou ponlilicat anéanti et sou sacerdoce perdu et ses tribus ell'acées. Un autre grand prêtre, qui était, lui, le pontife des biens fîitnrs, était lui aussi entré dans le tabernacle et avait passé sous le voile du sanctuaire, en ce sens que, Dieu, il était entré dans le tabernacle de I humamlc et s'était caché sous le voile de la chair. 11 y était entré comme le pontife descendu d*Aaron, en versant le sang de la victime; mais cette viclîmc était lui-même, et ce sanj^ était un sang divin. 11 a\ail pénétré dans le Saint des saints, c'esl-à-dirc dans le ciel, cl il avait monlrè aux hommes la voie, nouvelle pour eux, qui y «H)nduit. Étranger, il est vrai, à la tribu de'Lévi, il n*étdtt pas selon Tordre d'Aarou; mais il était fjrand prêtre de ce
(M-doce éternel et universel, selon l'ordre de 31elchisèdccli, dont le sacerdoce aaronique n*avait été que la continuation locale et temporaire. Il était le grand prêtre, « seul créé tel par nu serment de Dieu même, saint, innocent, immuculé, Si'*paré des pécheurs, plus haut que les cicux, ijn-
* Ori^., H<»ni. .'», iti Niiiu.