‹ Rome et la République françaiseChapitre 2 sur 30 · BUT DE GET ECRIT · texte numérisé non relu

BUT DE GET ECRIT

Le 22 juillet 1871, 1 Assemblee nationale avail a se prononcer sur les petitions qui reelamaient 1 intervention de la France en faveur du Saint- Siege. Elle avait a choisir entre 1 ordre du jour et le renvoi au ministere. Le premier de ces votes maintenait la politique de neutralite quo le gouvernement de la Republique avait jusque-la suivie, le second la faisait devier dans le sens d une action diplomatique et peut-etre plus tard d une action directe au profit du pouvoir temporel. Ce fut a ce dernier parti que 1 Assemblec crut devoir s arreter, apres toutefois avoir donnc son entiere approbation aux paroles eloquentcs

du chef du pouvoir executif , declarant nettement

que pour le moment il etait sage de s attacher an statu quo, en laissant an gouvernement une liber te absolue d appreciation. Ces restrictions, quelles que fussent les intentions de ceux qui se les appropriaient par leur vote, creaient une situation nouvelle , forcement equivoque, et qui par la meme ne pouvait etre acceptee par le ministre qui avait pris une attitude franche et resolue^ absolument incompatible avec le moindre encou ragement donne au Saint-Pere a propos du retablissement, me me eventual, de son pouvoir tem po rel.

,1 avais d ailleurs tres - nettement declare a M. Thiers et a mes collegues que si le renvoi au ministere etait adopte, je me retirerais. En resis tant a des instances affectueuses dont j etais profondement touche, je ne faisais qu obeir a un devoir de conscience. Tout autre eut agi commc

moi.

J ai cru toutefois qu il ne serait pas sans interet de faire connaitre quelles ont ete les relations de la France et de la cour de Rome, du 4 septembrc au 22 juillet. L histoire les jugera. Nous pouvons sans inconvenient, non devancer son verdict, mais eclairer les faits qui le determineront. C est dans cet unique dessein que je prends la plume.

CHAPTTRE II.

DECLARATION DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES A M. NIGRA, APRES LE 4 SEPTEMHRE 1870.

En se presentant auministere des affaires rtrangeres, le 6 septembre 1870, M. le chevalier Nigra , ministre d Italic, temoigna haiitement son amitie pour la France et son desir sincere de la secourir. II fit valoir avec tristesse les raisons qui, scion lui, empechaient son gouvernement d agir, et repeta plusieurs fois quc si Time des deux grandes puissances qui dominaient toutes les resolutions nous donnait son concours, Vltalie serait heureusc de s y associer. .Te le pressai vivement de les devancer. Mon insistance n eut malheureusement aucun resultat. 11 se levait apres line longue conversation, quand il me (lit : Je suis charge officiellement de vous fnire - savoir que mon gouveraement nc pent plus supfl porter \cstatu (JHO en ce qui concerne Rome. II n a envoye an Saint-Pere M. Ponza di San Martino , avec mission d ohtenir un arrangement amiable. Si, comme tout me le fait craindre, ces propositions echouent, nous serons dans la

necessite d occuper Rome. Notre interet et notre honaeur nous le commandent. Le salut de la " papaute ne Fexige pas moins imperieusement. Nous aurions pu tout sauvegarder, meme apres " le depart des troupes francaises ; mais les succes " inouis de la Prusse ont completement change la face des clioses. Us ont abattu les conserva- > teurs, exalte les violents. Notre inertie acheverait de tout perdre. Les partis demagogiques seraient les maitres de Rome, et la tempete qui ferait disparaitre la papaute nous exposerait aux " plus graves desordres. II ne nous est done plus- " possible de retarder une solution d ailleurs ine- " vitable. Nous la precipiterons de gre ou de force. Nous sommes du reste heureux dans cette crise d avoir pour nous Tappui moral du nouveau " gouvernement que la France s est donne. Mais |)ourquoi ne feriez-vous pas un pas de plus?

" Pourquoi ne denoneeriez-vouspas la convention " du 15 septembre 1864? Vous 1 avez constamment attaquee, elle est aneantie de fait. Joignez a la condamuation prononcee centre elle par la " fortune la consecration rle votre autorite. Get acte sera le couronnement de votre carriere, et 1 ltalievous en sera reconnaissante.

.le sens, lui repondis-je, tout ce qu il y a d irv refutable dans vos observations. I^a coiiventioii

du 15 septembre est hien morte. Oependant je > nc la denoncerai pas. Si la France etait victo- > rieuse et prospere, je cederais avec empresse- > ment a votre desir. .le serais, comme vous le dites fort bien, consequent avec moi-meme, r puisque j ai toujours combattu 1 immixtion de la France en faveur du Pape dans les affaires ita-

liennes. Mais mon pays est vaincu, je suis trop " malheureux pour avoir le courage d affliger un " venerable vieillard, douloureusement frappe lui- " meme, et qui souffrirait d une demonstration inutile d abandon. Je ne veux pas davantage

contrister ceux de mes compatriotes catholiqnes v que les malheurs de la papaute constenieut. Je " ne denoncerai done pas la convention de septembre. Je ne 1 invoquerai pas non plus. Per- " sonnellement je ne le pourrais : un autre ministre ne le pourrait pas davantage sans humilier la dignite de la France par une menace frappee " a I avance d impuissance. Je ne peux ni ne veux rien empecher. Je erois, comme vous, que si vous n y alle/ pas, Home tornbera au pouvoir

d af^itateurs dangereux. J aime mieux vous y n voir. Mais il est bien enlendu que la France ne vous donne aucun consentement, et que vous " aecomplissez cette entreprise sous votre propi-e " et unique responsabilite.

Pour faire cette reponse je n avais point consuite mon gouvernement , qui ne la blama pas lorsque je la lui fis connaitre. Deux jours apres j etais chez le ministre d ltalie, et cornme Favantveille j insistais energiquement, mais inutilement, aupres de lui pour obtenir un secours efficace de son gouvernement. II revint a la charge sur la question romaine. Vous ne maintiendrez pas votre decision, me dit-il, elle est trop en opposition avec votre passe politique. Elle blessera 1 Italie sans aucun profit pour vous.

Est-ce line condition que vous me posez ?

repondis-je a mon interlocuteur en le regardant fixement. En aucune maniere, repliqua-t-il. J ai " le regret de perseverer dans la ligne que je vous ai indiquee.

Eh bien, lui dis-je, je vous saurai beaucoup " de gre de ne plus revenir sur un sujet qui me " peine et ne peut nous mener a rien.

Et en effet il n en fut plus question entre nous.

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