‹ Rome et la République françaiseChapitre 3 sur 30 · L EMPIRE ET LE CONCILE · texte numérisé non relu

L EMPIRE ET LE CONCILE

L incident que je viens de rapportcr a cte le point de depart de la politique dont je no me suis plus ecarte. La position etait delicate : je n avais point encore renonce a 1 esp^rance d obtenir nn sceours efficace dugouvernement italien. Je devais done eviter avec soin tout ce qui pouvait le mecontentcr, et quelque imperieux que flit le senti ment qui me faisait refuser 1 apparenee d uiie aetiou contre le Saint-Siege, je ne m y serais point abandonnc si j avais pu soupronner qu ime chance d appui arme meme eventuel en faveur de la France fiit possible.

Mais j etais convaineu qu un systerne de loyale neutrality, loin de mecontenter 1 Italie, la r.issurerait, et qu il mena[jerait les interets eleves ct res pectables dont le Saint-Pere est 1 au^usle representant.

(Test a cet ordre de sentiments que ma deter mination etait puisre, elle rut rli tout autre si je n avais suivi que Ics inspirations de la politkjue ordinaire.

11 faut reconnaitre en effet, qn envisagee au point de vue on die avait etc traitee depuis vingt ans, la question romaine n avait ete pour la France qu trae source d embarras et de deceptions. L expedition de 1849 avait en tons les caracteres d une surprise, etl Assemblee legislative ne 1 avait votee que sur la declaration forrnelle dn ministere qn on ne touch erait pas a la Republique romaine. On se rappelle le trouble et la division jetes dans le pavs par les evenements qui suivirent. Le gouvernement francais en retablissant Pie IX sur son trone pontifical voulait lui imposer des concessions Jiberales. II se brisa centre d inebranlables refus. Cetle situation etait intolerable, elle le devint plus encore apres la guerre d ltalie. Vainement Napo leon III essaya-t-il d arreter le mouvement qu il avait provoque. II etait dans la nature des choses (ju il se precipitat de lui-meme. Le Pape se vit successivement arraclier ses provinces; a mesure qu il s affaiblissait 1 Europe s eloignait de lui. Im passible ceperidant sous les coups redoubles du malheur, il opposait anx representations de la France la meme inflexibilite calme et sereine. Charges de preparer entre le Souverain Pontife el le gouvernement italien une transaction que le nouveau systeme politique rendait indispensable, nos ambassadeurs s epuisaient en efforts steriles,

et 1 un d eux en faisait le tristc aveu dans line depeche qui porte la date dn 18 Janvier 1802, dans laquelle on lit :

En resume , monsieur le ministre , Votre Exeellence posait eette question, dont je ropron duis les tonnes memes : Devons-nous nonrrir " Vespoir de voir le Saint-Siege se preter, en " tenant compte des faits accomplis , a 1 etude d une combinaison qui assurerait au Souverain Pontife des conditions permanentes de dignite , de securite et d independanee necessaires a " I exerciee de son pouvoir? C est avee un profond regret que je me vois force de repondre negativement , mais je croirais manquer a mon devoir en vous laissant nne esperanee que je n ai pas moi-meme. ><

Ivt le 20 mai de la meme annec, intervenant de sa personne dans la discussion, 1 Ernpereur, dans un document reste eelebre, trahissait ses inffiiit -tudes et presque son decouragenient en ces termes :

Mes efforts, je 1 avoue, sont venus jnsqu d > present se briser eonti-e drs rcsistam-es de tonics sortes, en ]>resencc <!(> deux partis diainclralc- > ment opposes, absolus dans leur haine coininr dans leurs convictions, sourdsanx < onscils inspi- " n -s j)ar le seul desir du bien. Est-ce une raison

pour ne plus perseverer et abandonner une cause grande aux yeux de tons et qui doit etre feconde en bienfaits pour Fhiimanite ?

" II y a urgence a ce que la question ro- <> maine receive une solution definitive, car ee n est pas seulement en Italic qu elle trouble les esprits. Partout ellc produit le meme desordre, parce qu elle touch e a ce que Fhomme a le plus a cceur, la foi religieuse et la foi politique.

Et plus loin :

Le Saint-Siege a un interet egal, sinon plus n fort, a cette reconciliation, car si le Saint-Siege :> a des soutiens zeles parmi tons les catholiques fervents, il a contre lui tout ee qui est liberal en Europe; il passe pour etre en politlque le " representant des prejuges de 1 ancien regime, < et aux yeux de 1 Italie- pour etre 1 ennemi de ;; son independance, le partisan le plus devoue de < la reaction. Aussi est-il entoure des adherents " les pins exaltes des dynasties dechues, et cet " entourage n est point fait pour augmenter en sa " faveur les sympathies des peuples qui ont renverse ces dynasties . Cependant cet etat de choses nuit moins encore au souverain qu au chef de la religion. Dans les pays catholiques on les idees nouvelles ont un grand empire, les

j hommes meme les plus sincerement attaches i\ leurs croyances sentent leur conscience se troublcr ct le doute entrer dans leur esprit , incertains qu ils sont de pouvoir allier leurs convictions politiques avec des principes religieux qui semblcraient condamner la civilisation moderne. n Si cette situation pleine de perils dcvait se prolonger, les dissentimcnts politiques risqueraient n d amener des dissidenccs facheuses dans les croyances memes.

L interet du Saint-Siege, celui de la religion

exigent done que le Pape se reconcilie avec

I ltalie, car ce sera se reconcilicr avec les idr-s

> inodernes, retenir dans le giron de 1 Kglise deux

cents millions de catholiques, et donner a la reli-

gion un lustre nouveau en montrant la foi secon-

" dant les progres de 1 humanite.

Malgre leur evidente justcsse , ces declarations ne modifiercnt en rien les dispositions de la cour de Rome. Chaque annee 1 opposition invoquait 1 esprit qui les avait dictees et reclamait la cessa tion de 1 occupation romaine. Lc gouvernement italien multipliait ses negociations. L opinion se prononcait avec force rontrc un */"/" /"" llia( missiblc. La convention du 15 septemhre 1864, en depit de tous ses temperaments, y mit un terme. Elle rendait Rome a I ltalie, en imposant

au gouvernement italien 1 obligation de s abstenir de toute entreprise violente centre le gouvernement pontifical. Le principe de non-intervention etait done consacre. Seulement << 1 Italie se reservait de la faire respecter de quiconque vis-a-vis - des insurrections du dehors comme des puissances etrangeres : elle continuerait a poursuivre dans les conditions de la convention la conciliation des interets essentiels de 1 Italic > avec ceux de la papaute , sur la base de la sepa- " ration et de la liberte reciproques des pouvoirs

de I l^tat et de 1 Eglise l .

Le Saint-Siege, qui n etait point partie a cette convention, y repondit par la violente declara tion de guerre contenue dans 1 encyclique du 8 decembre. Jamais requisitoire plus net n avait etc lance contre la societe moderne :

Vous ne Fignorez pas, venerables freres, y " est-il dit, il ne manque pas aujourd hui d hoin- ;> mes qui appliquant a la societe civile 1 impie et ^ absurde principe du naturalisme, comme ils 1 appellent, osent enseigner que la perfection des gouvernements et le progres civil exigent " que la societe humaine soit constituee et gouvernee sans plus tenir compte de la religion t[ue

1 Memorandum du 2y aout 1870.

si elle n existait pas, ou du moins sans fainaucune difference entre la vraie religion et Irs " fausses . De plus, contrairement a la doctrinr

de 1 Ecriture, de 1 Eglise, des saints Peres, ils ne craignent pas d affirmer que le meilleur gouvernement est celui ou on ne reconnait pas n au pouvoir 1 obligation de reprimer par des peines legales la violation de la foi catholique, si ce n est lorsque la tranquillite publique le do- ) mande .

Partant de cette idee absolument fausse du gouvernement social, ils n hesitent pas a favo-

riser cette opinion erronee, fatal e a I Eglise catholique , au salut des ames , ct que notre prodecesscur d lieureuse memoire, Gregoire XV[,

qualifiaitde delire,que la liberte de conscience et des cultes est un droitpropre a chaque homme, qui doit etre proclame par la loi et assure dans tout Etat bien constitue.

II etait difficile de faire comprendre en termes moins equivoques au gouvernement francais 1 inutilite cle ses efforts. Le minis tre des affaires etrangeres ne s y trompait pas; et le 7 mai 1805 il signalait la scission que volontairemcnt la cour de Home venait de creer :

u L immense innjoriir des catholiques ne voit, monsieur le comte, dans l*encycHqae du 8 dr-

cembre qu une tentative d apologie en faveur " de 1 ancien regime : e en est assez pour expli- " quer le legitime et profond regret que lui cause " ce document.

Je n ai pas a entrer ici dans une discussion qui exigerait des developpements considerables ; je me bornerai a vous dire que dans Fopinion du gouvernement de 1 Empereur, Fencyclique de " Sa Saintete tend a porter atteinte en general >< aux principes de la souverainete nationale, du suffrage universel, de la liberte de conscience et des cultes.

II etait des lors publiquement etabli que le gouvernement francais s etait condamne nonseulement a de lourdes depenses , mais encore et surtout aux embarras interieurs, nt?s du trouble moral que provoquait son intervention en faveur du Saint-Siege, et que loin de rapprocher les puissances qu il s etait donne la mission de concilier, il avait fait eclater leur irremediable dissidence. Toutefois la convention tlu 15 septembre etait executee. La France semblait s etre desinteressee de ce penible debat, lorsqu en octobre 1867, Garibaldi marchant sur Rome avec ses volontaires, TEmpereur se croit oblige de faire une nouvelle expedition pour garantir le Saint-Siege, il ccrase a Mentana 1 armee assaillante , et fait

occuper Civita-Vecchia ainsi que quelques autrrs points clu territoire pontifical.

C etait rentrer clans I impasse d ou on avait eu im instant la bonne fortune de sortir. C etait aller gratuitement an-devant d une serie d humiliations steriles. Le cabinet de 1 Empereur !< sentit, et loin de repousser 1 Europe comme il 1 avaitfaiten 1863, il 1 appela a son aide. II ordonna a ses agents pres les cours etrangeres dc demontrer la necessite d une entente commune sur la question romaine , et de la regler par nn congres. Le gouvernernent italien n y fit aucun obstacle. Mais les puissances invitees declarerent unanimement qu un congres ne pourrait que sanctionner une solution qui se serait dejja produite d<fait entre 1 Italie et le Saint-Siege. L Autricbe et la Prusse furent particulierement explicites. Le gouvernement francais restait done seul charge de la responsabilite de son intervention et de son denoument. Le cabinet ne recula pas devant ce . peril, et dans la memorable seance du 2 drcembre 18G7, M. Rouher, entraine paries emo tions du Corps legislatif , lui cedant cette fois plus qu il ne 1 inspirait, declara solennellcmcni <jur jamais 1 Empereur n abandonnerait la defense du Saint-Siege.

Ce mot fameux, accucilii par ies applaudisse-

ments enthousiastes de la majorite de I assem blee , ne devait pas tarder a recevoir un eclatant dementi. Deja la politique dont il etait 1 expression avait reeu un leger echec au moment oil les deliberations du eoneile semblaient menacer 1 ordre civil et politique de 1 Europe de leurs anathemes sacres.

Le ministere francais ne dissimulait pas son mecontentement et ses alarmes. Cependant il diseutait sans prendre de parti, lorsque M. le comte Darn, ministre des affaires etrangeres, catholiqne sincere, mais gallican convaincn, ne crut pas qu il lui flit possible de livrer au hasard I ^ventualite des solutions redontables qni se preparaient. II invoqna le droit incontestable de la France de se f aire representer an concile pour y combattre des opinions contraires a ses interets. II alia pins loin : il condamna avee autant de force que de inesnre les fansses et dangereuses doctrines qne le Saint- Siege cntreprenait de faire convertir en articles de foi, et donna a M. le marquis de Banneville , notre ambassadenr a Rome, 1 ordre de faire connaitre au Saint-Pere cette formelle disapproba tion. Voici, en cffet, comment se termine sa depeche du20fevrier 1870 :

Dans le cas oil le schema de ecclesid tel qu il a etc public serait reellernent soumis au

" concile, nous entendons laisser, meme sur ce " point, toute liberte aux deliberations de 1 auguste assembled. Mais le gouvernement pontifical comprendra a son tour que nous ne pouvons nous desinteresser de telles questions, etil ne s etonnera pas si nous lui demandons de nous donner le temps d exercer le droit qui nous appartient d apres le concordat, de faire connaitre au concile notre opinion reflechie sur des " resolutions qui touchent si incontestablement a " 1 ordre politique.

" En vain on nous dirait que les declarations " auxquelles nous faisons allusion ne sont que des > enonces de principes purement theoriques et de

- theses proposees a la foi des fidcles. Evidem-

- ment si ce projet etait adopte sans de profondes -modifications, il serait eu contradiction avec " 1 esprit ct le texte des lois positives que les ci- " toyens de tous les Etats du monde ont a prati- > quer.

" Les principes du schema peuvent, en effet, se resumer comme suit :

1 L infaillibilite de 1 Eglise s etendnon-seulc- > ment a tout ce qui renferme le depdt de la foi , " mais a tout ce cjui rsl ncccssaire pour gardcr d " conserver ce depot, c cst-a-din- quo la prero gative de rinfaillibilite de I K^lise .Miibrasse

non-seulement toute la revelation , mais tout ce qui, sans etre revele, serait juge necessaire a 1 exposition et a la defense de la revelation, faits historiques, faits philosopbiques , faits scientifiques.

2 L Eglise est une societe divine parfaite ; sa puissance s etend an for exterieur comnie an for interieur. Elle est absolue dans Fordre legis- > latif , judiciaire, penal; elle doit etre exercee -" librement , independamment de toute puissance seculiere et avec tout pouvoir; et comme on " veutfaire eriger en dogme que Finfaillibilite du Pape sera Finfaillibilite meme de 1 Eglise , 1 in- " faillibilite du Pape, par une deduction rigoureuse , s etendrait a tout cc que 1 infaillibilite de " 1 figlise embrasse d apres 1 article precedent.

Les consequences qui decoulent naturelle- " ment de ces deux principes peuvent se resumer " ainsi :

Sont subordonnes au magistere supreme, declare infaillible comme 1 Eglise elle-meme :

1 Les principes constitutifs de la societe, les droits et les devoirs des gouvernements, les " droits et les devoirs politiques cles citoyens, " leurs droits electoraux, municipaux, etc.

" 2 Tout ce qui dans 1 ordre legislatif ou judi- " ciaire, soit relativementaux personnes, soit rela-

ji tivement aux choses , soit relativement aux " peines, conticnt ou peut contenir le licite ou 1 illicite au point cle vue non-seulement du droit >- naturel ou du droit divin , mais du simple droit > ecelesiastique ; ainsi le mariage , la constitution cle lafamille, les droits et les devoirs meme civils " des epoux, des peres, des enfants, les contrats, " les moyens d acquerir, les prescriptions, etc.

3 Les regies de 1 administration et des fonctions publiques , les droits et les devoirs des cor- " porations de toute nature et specialement des corporations religieuses, la part de 1 Ktat dans I enseignernent, les impots et tout ce qui s y " rattache; enfin le droit de paix et de guerre, le " droit de conquete, le service militaire, et en " particulier le privilege des ecclesiastiques en " ce qui concerne 1 exemption du service inilitaire.

De pareilles dispositions ne sont pas autre chose que la consecration de Fautorite supreme de 1 Eglise sur la societe, et la subordination absolue de tous les droits politiques et civils, tie toute autorite queleonque a la papaute proclamee infaillible.

On ne parait j>as avoir [)ressenti suffisainment a Rome 1 imprcssion profonde que devait causer dans le monde entier la seule ( iioncialion de

pareilles doctrines, alors meme qu elles ne se- > raient pas sanctionnees par le concile. II y a, en effet, un veritable danger a reveiller de nos jours des questions de cette nature , malgre la marehe des evenements et des idees depuis un siecle, et la presence meme des interets vivants de toutes les societes existantes.

.Te me demande, quant a moi, comment les >< eveques de la catholicite consentiraient a renoncer a leur autorite episcopale pour se preter ;V la concentration absolue du pouvoir spiritual entre les mains d un seul, et comment on a pu " penser que les princes indineraient la souverainete dontils sont revetus devant une declaration de principes etablissant la suprematie de la " cour de Rome. Us le voudraient, qu ils ne le pourraient pas; et 1 esprit public qui se revele tous les jours avec une puissance croissante nc leurpermettrait pas une telle abdication de leurs droits. Les gouvernements sont tenus dans cette circonstance de remplir sans faiblesse les devoirs de leur charge. Us prient le Saint-Pere, puisqu il s agit de questions qui les concernent, " puisqu on discute des interets politiqnes et non " religieux, de les entendre, on tout au moins de les admettre a deposer comrne temoins des caracteres et des dispositions d esprit des societes

" qu ils representent. La France surtout, qui etend " sa protection sur Rome depuis vingt ans, a des devoirs particuliers a remplir dans la situation grave et delicate qui lui est faite.

Comme conclusion de cet expose irrefutable, le ministre invitait M. de Ranneville a demander la communication de tous les documents devant servir a la discussion, un delai pour les etudier, et Fadmission d un representant de la France charge de defendre nos interets dans le concile.

Le cardinal Antonelli repoussa ces ouvertures. II expliqua dans une longue depeche en date du 19 mars que les decisions du concile ne touchant aux societes civiles que par les injonclions de la conscience, les gouverncments laiques n avaient point a s en alarmer. Sans trancher d une maniere bien nette la demande d admission d un representant dc la France an concile , il 1 ecartait par les habiles considerations qui terminaient on travail.

.< II me parait utile d ajouter, ecrivait-il, que " si le Saint-Siege n a pas cm opportun d appeler " les princes catboliques au concile, comme il a " etc fait dans le j)ass( ; , cbacnn peut comprendre T facilement que ce cliangement de conduite doit ,etre attribue aux circonstances difii6rentes d< s " temps qui, en alterant lYtat des rchirions entre

- 1 Eglise et les gouvernements civils, out rendu plus difficile leur action mutuelle dans le regle- " ment des choses religieuses. Je veux pourtant esperer qtie le gouvernement de Sa Majeste I Emperenr, pleinement satisfait des expli- " cations par moi donnees au nom du Saint- Siege sur les divers points de la depeche de AT. le comte Daru, et reconnaissant en nieme > temps les difficulties dans lesqnelles se tron-

> verait le Saint-Fere, n insistera pins sur la " demande d une communication prealable des > projets de constitution a examiner par les Peres du concile , soit parce qu il s agirait - d une chose de nature a embarrasser la libre action du concile, soit parce quo 1 Kglise restant > dans les limites qui lui ont ete assignees par

> son divin fondateur, aucune preoccupation ne doit rester au gouvernement de Sa Majeste a 1 egard des deliberations qui seront adoptees " par Fassemlilcc des eveqncs, soit enfin parce " que le gouvernement francais donnera ainsi une nouvclle preuve des dispositions bienveil- " lantes qu il a manifestoes relativcment a la pleine liberte des deliberations conciliaires et " de la confiance qu il declare mettre dans la > sagesse et la prevoyance du Saint-Siege apo- " stolique.

M. le comte Darti n accepta pas cette solution ; le 4 avril il formnlait officiellement les p reten tions du gouvernement francais dans un memo randum detaille aussi remarquable par la force du raisonnement que par 1 elevation du style ,dans la depeche qui accompagnait ce document, il ecrivait a M. de Banneville :

u II est necessaire qu il ne puisse exister d equi- > voque pour personne et qu il soit bicn entendu > que le Saint-Pere accepte notre eommuni- >< cation pour la soumettre a 1 assernblee des eveques reunis au Vatican. Je m en rapporte a " votre sagesse pour remplir votre mission de la " maniere la plus respectueuse pour le Souverain " Pontife et la plus conforme aux droits dont " nous revcndiquons 1 usage. "

La com* de Rome ne devait pas meme donner au gouvernement francais cette derniere satis faction cependant bien pen compromettante pour elle. M. de Banneville, qui certainement etait le negociateur le mieux fait pour reussir T constatait son echec dans sa depeche du 23 avril : x Le Pape m a repondu qu il a.cceptait volontiers le Memoire que je lui presentais, mais il m a > declare qu il ne lui paraissait pas possible de faire au concile la communication que je lui " demandais. "

Aprcs s elre ainsi inulilemenl avarice, le ministre ties affaires elrangercs n avait plus qu a rompre et a exiger le retrait de nos troupes. S il faut en croire uoe lettre publiee par une de ces indis cretions trop familieres aux affaires de ce genre, il en avail exprime Fintention, el rien n elail plus logique. Le eabinel recula clevant une resolution si graA r e, et ne consultant qu une delicatesse assez rare pour qu on la puisse loner, M. le comic Daru donna sa demission.

Reprenanl la plume apres lui, M. Emile Ollivier, dirigeant par interim le departement des affaires etrangercs , ecrivaitle 12 mai 1870 :

" Averti paries bruits de 1 Europe des dangers " que certaines propositions imprudentes feraienl courir a 1 Eglise , desireux cle ne pas voir " s augmenter les forces d agression organisees centre les croyanees religieuses, le gouvernement de 1 Einpereur esl sorli im instant de sa reserve pour donner des conseils et presenter > des observations.

Le Saint-Pcre n a pas cru devoir ecouler les conseils, ni accueiilir les observations, nous n insistons pas , ct nous renirons dans noire " altitude d abstenlion el d allenle.

Et le 2C mai :

" Les jugemenls que nous portons sur les vues

ET LA REPUBLIQUE l- R ANCAISE. 27

* de la cour de Rome dans les dangereuses questions soulevees par clle sont aujourd hui connus de tons et ne sauraicnt etre Fobjet d un seul

- doute pour le gouvernement pontifical. Nous

- n avons mil besoin d en reproduire la manifes- " Nation, et une nouvelle demarche serait sans " dignite quand la premiere a etc sans resultat. > Je ne vois done d autre conduite a tenir que

celle que je vous ai tracee avec 1* approbation v de 1 Empereur. Notre responsabilite est pleinev ment sauvegardee par les avertissements que nous avons donnes ; nous devons laisser le v Saint-Siege vis-a-vis de la sienne, et il ne nous " reste qu a attendre Tissue des deliberations con-

- ciliaires dans le complet silence qui s impose a > nous apres Fiiisucces de nos deliberations . >

M. le due dc Gramout ay ant pris possession de son portefeuille , confirmait ccs instructions le 2juinl870.

l^e gouvernement de 1 Empereur, ecrivaif-il > a M. de Bannevillc, a eru devoir se renfermer dans 1 abstention et le silence, apres Tinsucces

- des conseils qu il avair flonnes par un senti- " ment de sollicitude pom- les inlerets de 1 Egtise. Xous laissons an Saint-Siege la responsabilite de ses actes , ma is nous reservons toule la liberte de nos appreciations et dc notre action

" en presence des decisions qni seront adoptees.

Cette politique n etait pas fiere, mais elle etait sage, la sagcsse dans les affaires humaines consistant a ne vouloir que ce qui est possible. Or comment rcmonter brtisquement le courant auquel on s etait laisse entrainer pendant plus de vingt ans? Comment irnposer au Saint-Pere des idees qu il avait constamment condamnees? On 1 ent essaye vainement, car on rencontrait devant soi la plus invincible des resistances : celle d un principe depouille de tout appui materiel. Se retourner centre lui apres 1 avoir tolere et meme soutenu, c etait le grandir en s affaiblissant soimeme sans obtenir aucune concession.

Je m etais permis de soumettre ces objections a M. le cornte Daru, qui m avait fait 1 honneur de s ouvrir a moi sur ses desseins, et jc ne 1 avais point ramene. II etait retenu par un double scrupule : comme catholique, il croyait servir 1 Eglise en 1 arretant sur la voie qui 1 eloignait de plus en plus du monde moderne; comrne Francais, il ne voulait pas que notre drapeau put abriter une deliberation d oii devait sortir la condamnation solennelle de notre organisation civile et poli tique. Mais, lui disais-je, votre intervention " n empechera rien, loin de la, elle precipitera

les evenements. Comme catholique , vous IK* pouvez, sans irreverence, vous opposer aux n resolutions du Saint-Siege. Comme Francais, vous vous donneriez a vous-meme un fachcux dementi en vous retirant an moment ou le calme et la securite sont le plus necessaires a it Rome. On vous accuscrait d avoir exerce uno pression par le vide siir cctte cour que votre epee seule defend. II fallait ne pas revcnir; etant revenu, vous ne pouvez pour laisser le * Pape a lui-meme choisir 1 licure ou ii a le plus besoin de votre protection .

C ctait en effet la fatalite dc. la situation. f,a France expiait ses fautes en en epuisant les cons( -quenccs. Elle donnait ce singulier spectacle d un Etat qui viole les regies de la justice , compromet ses interets et nuit a ceux qu il veut servir, pour n atteindrcd autreresultat que son propre amoindrissement du a la constatation eclatantc cle ses illusions et de son impuissance.

Et toutefois il rtait facile de deviner que cette crise devait amener avec la cour de Rome des rapports plus difficiles et peut-etre une rupture. I^e Saint-Siege en avaitle pressentiment , et cette impression plus qu tm esprit de hravade le detrrmina a user des mesures les plus scabreosefl pour obtenir, sans delai, le vote du dogme de I infail-

libilite pontificate. CY;tait Ja 1 objet supreme dc ses desirs; il croyait avoir tout sauve par cette dangereuse hardiesse, il (Halt a la veille de tout perdre.

CTTAPITRE IV.

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