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LE DROIT CÈDE A LA FORCE BRUTALE

Je donnerai à ma causerie—si je puis appeler aïnsi quelques réflexions que j'ai classées dans ma mémoire— le titre de : “ Rome et le Canada. ” Comme zouave, il m'était pour ainsi dire impossible de ne pas penser à Rome. Comme canadien-français, je ne devais pas oublier le beau pays où je suis né, Ce pays chanté avec tant de cœur par notre illustre compatriote, Sir George Cartier : ‘“ O

Canada! mon pays, mes amours ! ” . Rome pour moi, et pour tout catholique, est synonyme de Pape, de Souverain-Pontife, de successeur de Pierre, de vicaire de Jésus-Christ.

En vous parlant de Rome—que vous

connaissez déjà par les brillantes descriptions qui en ont été faites par les maîtres de la littérature canadienne —je ne veux vous entretenir que du Pape, et, pour abréger davantage, je me bornerai à répondre à cette question : “ Quelle est la situation du Pape depuis 1870 ? ”

1870 ! ah ! que cette date rappelle de bien tristes souvenirs aux catholiques de l’univers et en particulier aux anciens soldats de l’immortel Pie IX! C’est en cette année-là, en effet, que Victor-Emmanuel, enchaîné et entraîné par les révolutionnaires, osa porter une main sacrilège sur les Etats de l'Eglise. L'armée pontificale se distingua dans cette mémorable campagne de 1870 ; mais, malgré ses prodiges de valeur, elle dut

obéir à son Roi, mettre bas les armes ‘en voyant ie drapeau blanc arboré

sur la coupole de la basilique de ‘Saint-Pierre, et abandonner Rome à

une horde de sectaires et de bandits qui suivaient l’armée piémontaise.

Le droit cédait à la force brutale.

Le 20 septembre vit s’accomplir le plus grand acte d’iniquité des temps modernes. Un roi soi-disant catholique ne craignit pas d’arracher à l'Eglise le glorieux héritage que lui avaient légué Pépin et Charlemagne, et de dépouiller complètement un roi presque sans défense, et contre lequel l'Enfer avait déchaîné toute la haine des impies. Au lieu de se faire le protecteur de sa Mère, Victor- Emmanuel prit l'épée et frappa au cœur même Celle qui l'avait toujours comblé de faveurs, nonobstant ses trahisons sans cesse renouvelées.

Le roi d'Italie entra dans Rome, et Pie IX devint prisonnier au Vatican.

Victor-Emmanuel entra dans la ville éternelle ; oui, mais, en foulant cette.

terre arrosée par le sang de tant de milliers de martyrs, il mettait le pied

dans le tombeau : l’usurpateur n'était pas digne de résider dans cette ville que le Christ a choisie pour le siège de l'Eglise dans la

personne de Pierre. Quelques années

plus tard, Victor-Emmanuel mourait, et PieIX pardonnait à son bourreau et le bénissait sur son lit de mort.

Victor-Emmanuel mourait, et le prisvnnier du Vatican continuait de régner sur les cœurs des deux cents millions de fidèles répandus sur toute la surface du globe. Victor-Emmanuel mourait, et la barque pontificale continuait de voguer sur l’immense océan de la foi chrétienne.

Satan nous semble ici avoir repris Rome ; Satan se dit le maître—siamo a Roma, è ci resteremo—nous sommes à Rome et nous y resterons. ‘“ Mais, s’écrie M. Louis Veuillot, Pierre a pour lui Jésus-Christ et il ne se déclare pas vaincu.” Victor-Emmanuel ‘est passé, mais la Papauté ne passera

jamais. Le Vatican sera toujours là comme le véritable phare qui éclaire les mortels au milieu des plus épaisses ténèbres de l'erreur. Rome peut devenir la capitale de l'Italie, —suivant quelque géographe de notre pays même—mais elle sera toujours la capitale des Etats de l'Eglise, le centre de l’unité catholique et le siège de la Vérité.

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