OUVERTURE D*DN MONDE NOUVEAU
taies, qui achèvent de nous montrer dans ces régions lointaines une sorte de rendez- vous de Tancien monde. Le commerce antique avait été ainsi, comme par un dessein providentiel , sollicité sans cesse à la découverte du Nord, et, si le souvenir des entreprises phéniciennes s'était effacé et perdu, voici que les Romains, à la suite des campagnes qui leur ouvraient la Germanie septentrionale, se rendaient au même appel. L'ambre avait été toujours fort recherché par le luxe de Rome ; mais il semble, que la mode ait eu à ce sujet un mouvement prononcé de recrudescence au temps de Pline TAncien et de Tacite. Pline nous apprend que telle statuette d'ambre, ariistement travaillée, coûtait plus cher qu'un esclave sain et fort \ Sous le règne de Néron, un chevalier romain, envoyé vers les marchés des embouchures de la Vistule, en avait rapporté une assez grande quantité pour qu'au prochain combat de gladiateurs on pût en orner leurs armures et les diverses parties du cirque '. Les itinéraires que donne la Géographie de Ptolémée offrent deux routes qui, de Carnuntum, près de Vienne, sur le Danube, à travers le pays occupé aujourd'hui par la Silésie, la Pologne et la Poméranie, se dirigeaient vers les bouches de l'Oder. C'étaient sans nul doute de très-anciennes voies de commerce : Rome avait dû les reprendre aisément.
Quelles idées l'imagination romaine attachait-elle à cette matière de l'ambre pour la tenir en si grande
I » Pline, //. X, XXXVll, 12.
' Ibid., 11.
estime, pour Tégaleraux perles, aux. vases mur au cristal? On en connaissait à peine la nat rorigine ; les interprétations les plus étranges, c on peut le voir dans Pline, avaient été prop A vrai dire, la série des conjectures modernes n été moins bizarre, jusqu'à ce que la science eC tement reconnu que Tambre est une résine d' fossiles^ d'une espèce disparue de conifères, qui dant les premières époques du continent eurc couvrait les rivages de la Baltique et de la n Nord. Lorsque, par la tempête, les flots sont vi ment agités, ils arrachent du sol ces fragments, roulent et dont ils se jouent, mais qui, grâce densité presque égale à celle de l'eau de mer, tent à la surface pour aller s'échouer sur la Cette origine de l'ambre, Pline et Tacite la co saient en partie, puisqu'ils préfèrent entre dénominations le mot de succin, de nature à m; qu'il s'agit du suc d'un arbre ou d'une résii curiosité de leurs contemporains admirait ici choses : d'abord la propriété électrique, éveill le frottement, et puis cette intéressante particu la fréquente présence d'insectes ou de fragmei gétaux dans l'intérieur même de la matière tr cide *. Martial a, de son style le mieux r adressé de jolies épigrammes à l'abeille, à l au vermisseau, emprisonnés de la sorte :
(( Enfermée dans une larme des Héliad briller cette abeille ; elle apparaît captivf
« PUne H, N. XXXVU, xi, 58.
OUVERTLRE d'UxN MORIUS NOUVEAU. 21
propre nectar. C*est ainsi qu'elle recueille le prix de ses merveilleux travaux. Elle-même sans doute aura choisi cette tombe.
« Pendant qu'il rampait sur les branches que mouillent les larmes des Héliades, ce vermisseau s'est vu pris dans la liqueur visqueuse. Gesse, Cléop&tre, de vanter ton royal sépulcre ; un vermisseau repose dans un cercueil plus précieux que le tien ^ »
Les petits vers de Martial n'avaient pour but que de plaire aux belles, dames de Borne et à la cour de l'empereur; il est donc évident qu'il avait pris pour sujet non pas une particularité obture, mais ee qu'on remarquait autour de lui avec surprise. Cette surpHse, en excitant l'imagination des Romains, aurait pu les mettre sur la voie de l'étude et les avancer vers
' Martial, Épigrammes, IV, 32. — De ape eleciro inclusa.
Et blet et lucct Phaeihontide condiia gutia
Ut videatur apis neciarc clausa soo.
Digtiuni taniorum pretium tiilit iUa laborum;
Credibile est ipsam sic voluisse mori.
— Épigrammes, IV, 59. -- De vipera electro inclusa.
Flentibus neliadam ramis dum iripera serpit, Fluiit in obstantem saccina gemma feram ;
Qiue dum miratur pingui se rore teueri , Concreto riguit Tincta repente gelu.
Me tibi regali placeas, Cleopaira, sepulcro, Vipera il tumulo nobiliore Jacct.
— ÉpigratntneSj VI, 15. — De formica succino inclusa.
Dam Phafithontea formica vagatur in umbra,
Implicuit tenuem soccina gutta ferani.
Sx modo quae fuerat TiU oontempta manente
Funeribus facu est niine pretiosa suis.
a science. Une attention prolongée, une curioi sérieuse leur aurait préparé d'autres motifs d*adi ntioD. ns ne se seraient pas seulement convain> que cette délicate substance avait été une des p miëres occasions de communications et d'échan entre les peuples ; ils eussent pu remarquer encore < la biiine et la flore révélées par Tambre n^étaient celles de leur temps, mais qu'ils avaient sous les 71 les authentiques témoi^ages d'un Nord priroi digDe objet des scrupuleuses recherches de la scie moderne ^ N'eût été ce rare présent de l'ambre, les océans
« On a sur l'ialéressante hisloire de Tambre toute une séri mémoires ou de livres; je citerai au moins les suivants, qu consultés : Historia swcinorum corpora aliéna itivolventiv natures opère pictorum et cxlatorum ex regiis Àugustorum iUs Dresdx ccnditU œri insculptorum, conscripta a Nath Sendelio, Lipsise, mdccxlii, grand in- folio. — liidrag (il di diike RavhandeU Historié (Pour servir à l'histoire du comw ramure), par E.C. Werlauff. Copenhague, 1H35, iu-4. — Bemstein befindUchen organischen Reste der Vorwelt, ges in Verbindung mit mehreren bearbeiiet und herausgegt D*" G. C. Herendt, 2 vol. in-folio, Berlin, 1845, 1854, 18 succin^ de ses noms divers et de ses variétés suivant le par M. Th.-IIenri Martin, de Renues, dans les Mémoires par divers savants à C Académie des inscriptions et be !»• série, t. VI, 186O. — E. E. Kluge, Jlandbuch de kunde, avec beaucoup de gravures, Leipzig, in-8, if King, Antique Gems, — Du même auteur : Tbe n of Gems or décorative stonesj in-8, 1867. — Du m rai History of precious stones and metals^ W. Runge, Der Bemstein in OUpreussen^ avec t dans la collection des WissenschaftUcher Vorlrt et Holtzeudorff.