AVIS AU LECTEUR
je me propose, et j'autoriserais sur moi-même des jugements que je ne mérite pas. Que ce livre donc garde son cachet de sincérité, même aux dépens de la perfection relative que j'y pourrais mettre, avec un peu plus de métier que j'ai acquis maintenant. Je cherche T approbation des chrétiens avant celle des gens de lettres. Si un seul homme, ayant parcouru ces pages, se sent porté à la prière, je m'en tiendrai plus heureux, incomparablement, que des suffrages de vingt académies.
Toutefois je ne conteste pas , malgré d'assez nombreux exemples, que la langue, le goût, l'art d'écrire, n'aient leurs lois , leurs droits , qu'il faut absolument respecter lorsqu'on écrit ; et si je pouvais désirer l'honneur d'être d'une école quelconque, ce ne serait point de celle oii il est comme sous-entendu que la grammaire et la pensée ne sauraient marcher d'accord. Souhaitant, au contraire, n'offenser jamais grièvement ces vieilles puissances du Parnasse français , contre lesquelles la révolte se prolonge trop, je leur ai fait , par le conseil d'un ami plus versé que moi dans le secret de leurs délicatesses , tous les sacrifices que j'ai pu. Je cède au plaisir de le publier; car ces choses , qui se voient encore , grâce à Dieu , chez les chrétiens, sont rares dans notre république des lettres : un homme de foi , de science et de goût a consacré son temps dévoré de devoirs à réviser, — pour l'amour de Dieu et de son frère, — ces pages, dont la pensée lui a plu , et qu'il aurait voulu ramener aux belles traditions des maîtres, si violemment méprisées. Mainte phrase a été redressée, et dit à présent ce qu'elle voulait dire; plus d'un mot intrus, de fabrique récente et barbare, que j'avais trouvé dans des ouvrages applaudis, et naïvement accepté comme français , a été renvoyé sans misé-
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ricorde h son mauvais lieu ; j'ai efface enfin des passages, des chapitres entiers , qui offraient entre autres défauts celui, certainement assez considérable , de ne pas se rattacher au sujet. C'étaient là des améliorations permises , commandées , et elles ne pouvaient rien ôter à la franchise d'un livre qui doit, je le répète, rester ce qu'il est : une religieuse eftusion de cœur. Mais en quel pays, plus qu'en France, la religion et le cœur ont -ils parlé un noble , simple et correct langage ? Les hauts sentiments de la piété, les vives expansions d'une tendresse légitime, s'accordaient même si bien avec le génie des lettres nationales, qu'ils semblaient en faire seuls la force et l'éclat, et que notre littérature est tombée de toute sa hauteur depuis qu'elle ne leur demande plus ses inspirations. Lors donc que Dieu nous permet de retourner à ces beaux sentiments , ne devons-nous pas nous efforcer de retourner à ce beau style , et soigneusement , dans ce but , écarter les termes bas , les pensées trop communes , et tout ce sans-façon du style d'aujourd'hui, qui est aussi loin d'une honnête négligence que la mauvaise familiarité des théâtres et des cafés ressemble peu au doux abandon du foyer de famille?
Resserrée par des suppressions, cette nouvelle édition présente en revanche un certain nombre de chapitres nouveaux. Une lecture attentive de ces récits a rafraîchi mes souvenirs : des émotions me sont revenues que j'avais négligé de peindre et que je croyais oubliées. J'ai pensé ainsi que je n'aurais pas tort d'imprimer deux ou trois morceaux plus récents, qui sont comme le travail humble et pressé de l'ouvrier de la dixième heure. La vie du chrétien doit n'être qu'un effort continuel de conversion sur lui-même et sur les autres : en se convertissant, il prêche ;