‹ Rome et LoretteChapitre 27 sur 50 · SAINT THOMAS I) AQUIN · texte numérisé non relu

SAINT THOMAS I) AQUIN

Justement nous avons près d'ici la belle église Saint- Dominique -le -Majeur, solide, solennelle, grandiose, comme tout ce que tirent les dominicains. Saint Thomas, le Docteur angélique, habita, sous la bure monacale, humble parmi les plus humbles , le couvent qui touche à cette église, où maintenant la piété des fidèles rend un culte public à ses vertus. Héros du monde, dont nous répétions tout à Theure les noms célèbres ; princes , tribuns, rois, conquérants, à genoux! et rougissez de votre gloire. Le moine qui vécut en ces lieux n'eut point de courtisans , quoique gentilhomme ; point de richesses , quoique le plus savant docteur de son temps ; point de pouvoir humain , quoique éloquent à remuer des mondes. Il enseignait, ici et ailleurs, la théologie, avec un traitement de vingt cinq francs par mois ; dans r intervalle de ces cours, il composa des ouvrages sublime*; il mourut, à quarante-huit ans, en demandant pardon à Dieu et à ses frères des péchés qu'il avait commis : c'est sa vie tout entière. Et cependant , depuis six siècles, sa mémoire est vénérée. On a conservé précieusement jusqu'aux moindres vestiges des humbles choses qui furent à lui : un crucifix, un débris de sa chaire, un lambeau de sa robe; son étroite cellule est devenue une chapelle, où nos lèvres pieuses cherchent

la trace de ses pas. Savez-\ous pourquoi? Ce n'est pas parce qu'il fut un orateur puissant, un philosophe prodigieux, un écrivain illustre, un docteur lumineux au sein de l'Église ; d'autres le devancèrent dans la voie qu'il suivit, parlèrent aussi éloquemment peut-être, déployèrent une science aussi vaste , écrivirent avec non moins de sagesse ; mais il fut un ange de pureté , il se montra plein de tendresse et d'amour pour ses frères; mais il se forma toujours à l'école de Celui qui disait : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur; mais il aima et pratiqua constamment la justice. Yoilà pourquoi ses reliques sont honorées sur les autels, et pourquoi nous disons dans nos prières : Saint Thomas, priez pour nous.

L ATELIER DE VIANELLI

A la Magellina, quartier des pêcheurs, dans la via (iel DatterOj laquelle doit son nom au plus beau palmier qu'il y ait dans toute l'Italie ; côté de Naples plus particulièrement chéri du soleil, d'où l'on voit tout le golfe, toute la ville et toute la mer, Yianelli le peintre a placé son nid, avec le double instinct de l'artiste et de l'oiseau. Si l'on veut contempler un des plus splendides spectacles du monde , causer avec un homme des meilleurs et des plus spirituels qu'il y ait, admirer les plus beaux dessins d'architecture qu'on ait faits depuis Piranèse , il faut aller frapper à cette petite maison de la via del Dattero, qui est indiquée au loin par la tête ronde et charmante de ce grand palmier. Ne craignez point d'importuner l'artiste. Premièrement, YianelU, pauvre comme tout homme distingué a toujours droit de l'être, vit de son travail; et, pour vendre ses dessins, il faut qu'il les fasse voir; secondement, il est si désinté^ressé, qu'il lui est égal de ne rien vendre, pourvu que le visiteur ne soit pas un sot, ce que je ne soupçonnerai jamais de vous, mon lecteur. Présentez-vous donc de pied ferme , Yianelli vous recevra bien ; il vous ouvrira avec toute la bonne grâce italienne et tout le sans-façon français trois ou quatre vastes cartons , où sont rangés les merveilles architecturales de l'Italie et ses plus

remarquables points de vue : vastes panoramas où Fœil retrouve un portrait fidèle des montagnes et des villes qu'il a parcourues; monuments grandioses de l'art antique et moderne, qu'on regrettait de n'avoir point assez longtemps admirés , et que l'on revoit avec leurs belles lignes, leurs singularités caractéristiques, leur ensemble imposant ; images tracées par un crayon si fidèle et si intelligent , qu'en se bornant à copier il paraît créateur. J'insiste là-dessus; car là est le mérite éminent et singulier de Yianelli. Ses dessins de monuments ne sont pas des portraits qui posent ; ce sont des portraits qui parlent, qui remuent, qui vivent; il sait mettre ce je ne sais quoi que le copiste le plus exact, lorsqu'il n'est qu'un copiste, oublie toujours; ce je ne sais quoi que le daguerréotype n'a pas le temps de saisir; ce je ne sais quoi qui est une inexactitude enfin plus vraie que l'exactitude même. Les colonnades, les frontons , les grandes rues , les belles places ont le caractère qui leur convient. Au pied de ces portiques, la belle invisible qui accompagne l'artiste et le rêveur dans toutes leurs expéditions, la Pensée est assise; elle se promène là-bas , sous f ombre de ces maisons magnifiques ; elle habite le demi-jour de ces nefs majestueuses où vous avez prié si vous êtes chrétien , où vous avez senti,. comme un doux tourment, le désir de la prière, si votre pauvre cœur ignore encore la foi, c'est-à-dire s'il ignore son besoin, sa consolation, son espérance, sa véritable vie.

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