a première partie des instructions se trouve chez
raffalre des annates et chargé aussi de la négociation moscovite. C*est, sans contredit, la pièce la plus importante du débat, où se trouvent réunies en un seul faisceau les données dispersées çà et là dans les autres mémoires. Auguste II y considère la royauté moscovite au triple point de vue des intérêts de la Pologne, de ceux de la chrétienté, de la dignité du Saint- Siège. Pour la Pologne, dont le drapeau flotte déjà sur les murs de Kiev et qui songe à reconquérir les autres provinces usurpées par les Russes, ce serait un grave inconvénient de porter les armes contre un roi couronné par le pape ; la cause générale de la chrétienté n^ gagnerait rien non plus : il n'y a aucune solidarité entre Ivan et les autres princes ; au contraire, si jamais les Polonais se portent sur le Bosphore» c'est lui qui suscitera les plus sérieux obstacles; d'ailleurs, n^étant pas limitrophes avec les Turcs, ne pou-
Fiedler, /. c, p. io8, la seconde dans les Scriptores rer. pol., }f p. 69. Elles ne sont pas datées.
vant les atteindre sans traverser la Pologne, dont Taccès leur sera toujours interdit à cause des vols et des rapines, les Russes n'offrent, en cas de guerre contre les Turcs, que peu de ressources. Enfin, au-dessus des questions d'intérêt planent celles de l'honneur; la dignité du Saint- Siège ne serait-elle pas compromise, si on se laissait jouer par Ivan et séduire par ses vaines promesses? car, sur ce point, Auguste n^admet pas Tombre d'un doute, il est persuadé qu'Ivan ne fera rien pour la réunion des églises dès qu^il aura obtenu son titre royal ; et, croyant de bonne foi aux démarches qui se font dans ce but, il conclut cette partie de ses instructions par un dilemme menaçant : le pape n*a plus qu'à décider s^il veut donner satisfaction a à un peuple barbare, féroce, étranger à toute culture et à la constance dans la religion, dans la foi, dans les serments », ou bien au roi de Pologne et à ses peuples, « qui, après avoir reconnu et embrassé la religion du Christ, n'ont jamais souffert qu'on les séparât du Saint- Siège Apostolique. »
Cependant Auguste II ne s'en remettait pas uniquement à cette première argumentation. Si elle n'arrivait pas à convaincre les esprits, son représentant devait faire observer au pape qu'il ne sert à rien d'acquérir de nouvelles brebis à moins qu'on ne sache les conserver dans le beçcail. Or, les conditions de Steinberg ne corre«;pondent pas à ce but ; pour s'assurer de la constance des Moscovites dans la foi, il importe d'en proposer d'autres plus efHcaces; le roi les énumère avec complaisance : serment de fidélité à l'Église, prêté par le tsar et les boïars, sacrement de confirmation conféré publiquement, évêques rassemblés en concile, construction et dotation d'églises, privilèges accordés au clergé, charges importantes réservées uniquement aux catholiques, etc. Toutes ces conditions doivent être jurées et mises à exécution avant l'envoi de la couronne ; encore le titre accordé à Ivan ne sera-t-il que celui de roi de Moscovie, la Russie ne doit y figurer dans aucun cas. Enfin, dernière précaution, Tenvoyé polonais parlera et
agira dans cette affaire en son propre nom pour réserver au roi sa pleine liberté d'action. A la teneur des instructions rovales correspondent les lettres officielles des sénateurs au pape et au collège des cardinaux. Sans entrer dans les mêmes détails, elles contiennent une' menace beaucoup moins dissimulée de schisme : la terreur mal fondée du roi s'était communiquée à son conseil ^
Ainsi s'incarnait dans les faits le programme adopté dès le début ; le pape était mis en demeure d'offrir à Ivan des conditions qui devaient être nécessairement rejetées. Rassuré de ce côté, Auguste était tourmenté par un autre scrupule : trouverait-il à Rome toute la condescendance voulue, et le chef de l'Eglise se chargerait -il d'un rôle si odieux? Ne devrait-il pas tenir compte au moins de l'empereur, que Ton supposait encore favorable aux Moscovites?
Cette éventualité était trop facile à pré-
!• Scriptores rer. poU, I, pp. 72-74.
3o ROME ET MOSCOU
voir pour qu'on n'y remédiât pas d'avance. Les instructions analysées plus haut avaient été envoyées à Kryski le i8 février; le courrier porteur de la dépêche devait attendre à Rome la réponse pontificale pour la porter immédiatement en Pologne. Trois jours après, ces dispositions sont révoquées : si les négociations échouent, si la couronne est envoyée à Ivan, Kryski n'a plus besoin d'en avertir le roi ; il est autorisé d'avance à produire une protestation solennelle, où libre cours est donné au plus profond dépit. Après avoir énuméré les mérites de ses ancêtres et les siens, Auguste se répand en plaintes amères contre le pape :
accorder le titre royal à Ivan, c'est prendre fait et cause pour ses ennemis, c'est porter atteinte à la sécurité de la Pologne.
Prenant à témoin le pape lui-même et les cardinaux, il déclare qu'il ne garantit plus In soumission traditionnelle de son peuple envers le Saint-Siège, que luimême n'aura plus pour le pape les sentiments dévoués de ses pères. Si Rome
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favorise les projets ambitieux de son rival, c'est à lui de redoubler d'efforts pour les déjouer, ses ancêtres en eussent agi de même; il ne reculera pas, s'il le faut, devant une alliance avec les Turcs qu*il voulait auparavant combattre; d'autres que lui en seront responsables K
Nous voici arrivés au point culminant de la polémique polonaise au sujet de Moscou ; la protestation d'Auguste donne la mesure de son hostilité envers Ivan et révèle le dernier mot de sa politique :
guerre contre Rome et alliance avec les Turcs, telles sont les menaces du roi de Pologne, si la couronne royale est accordée au grand-duc de Moscou. Au fond^ ce qui préoccupe surtout Auguste, ce sont les provinces qu'il veut reconquérir sur les Russes ; le prestige que donnerait à Ivan le titre royal, accordé par le pape, serait une première et grande bataille perdue : c'est ce qu'il s'agit d'éviter à tout prix.