‹ Rome et MoscouChapitre 27 sur 51 · Voir l'appendice. n° v · texte numérisé non relu

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sire que Portico se rende lui-même à Moscou après avoir pris les informations nécessaires, qu'il se présente en personne devant le tsar terrible et qu'il lui expose franchement l'état des choses : des ambassades moscovites ont été envoyées à Rome du temps de Paul III * et de Jules III; elles ont témoigné du dévouement d'Ivan IV envers le Saint-Siège et fait de très gracieuses avances; le pape voudrait savoir si elles étaient dûment autorisées à en agir ainsi et si le prince est encore dans les mêmes sentiments; de son côté, il est prêt à envoyer à Moscou des évêques et des prédicateurs pour y propager la foi romaine. Par mesure de prudence, on conseille au nonce de ne parler qu'en général de la religion sans aborder les questions particulières de controverse, à moins que le tsar ne propose lui-même des doutes sur la primauté de saint Pierre, sur le purgatoire, sur la procession du Saint-

I. Il ne reste, que je sache, aucun vesti{;e des relations avec Paul III.

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Esprit, suF la vision immédiate de Dieu après la mort — c'était supposer Ivan beaucoup plus subtil théologien qu^il ne rétait en effet. Mais ce qu^il fallait» au contraire, proposer d'une manière catégorique et circonstanciée, c'était le projet de ligue contre les Turcs : le nonce devait représenter l'imminence du danger, les avantages d'une guerre victorieuse suivie de conquêtes, les bonnes dispositions des princes et leurs préparatifs militaires, et user ensuite de tout son ascendant auprès du tsar pour rengager à mettre sur pied une nombreuse armée, qui attaquerait les Turcs au mois d'avril ou de mai de l'année prochaine. Dans le post'Scriptum chiffré, on ajoutait : « D'après ce que Sa Sainteté a entendu, le Moscovite a désiré obtenir les grâces et privilèges suivants : qu'on lui accorde le titre royal, qu'on lui envoie des prêtres pour instruire ses peuples dans les cérémonies de Rome et certains artistes ainsi que d'autres choses encore; si tout cela est vrai.

Son Altesse pourra bien se le rappeler. »

Une lettre de Pie V à Ivan IV, du 9 août 1570, accompagnait les instructions; les mêmes idées y reviennent sous une autre forme et dans Tordre inverse : c^est la guerre contre les Turcs qui figure sur le premier plan K

En recevant ces dépêches, le nonce de Pologne dut être frappé d'étonnement, pour ne pas dire de stupeur. Mieux renseigné sur les affaires de Moscou qu^on ne pouvait Pêtre à Rome, il ne se dissimulait probablement pas quUl y avait des abîmes entre les hypothèses romaines et la réalité. Si auparavant le tsar n'avait pas eu ce vif désir qu'on lui attribuait gratuitement de s*unir à Téglise romaine, en iSjo il était moins que jamais dans les dispositions requises pour une démarche de ce genre. Loin d'être un phénomène transitoire, Tétrange transformation de i56i avait passé à l'état de mal chronique et persistant. Oubliant qu'il avait juré d'être le père de son peuple, le vain-

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