I. Faber, / c, p. lo et sUiV
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sion extravagante resta toujours à Tétat de projet '.
Mais revenons à Steinberg et suivons-le dans ses démarches. Un meilleur choix n'était guère possible : bien vu à la cour de Vienne, en relations avec le nonce pontifical Pierre Brentano, Steinberg s'intéressait vivement à l'affaire moscovite et son ardeur n'était égalée que par sa bonne foi imperturbable. En homme prudent, il se ménagea, tout d'abord, des ressources financières : le comte Philippe d'Eberstein lui offrit sa bourse et son concours, pourvu que Rome le remît en possession d'une ancienne abbaye, à laquelle il se croyait en droit de prétendre. Le plan d'action fut bientôt combiné; comme il en était convenu avec Schlitte, Steinberg se rendit immédiatement à Rome pour y soumettre l'affaire aux plus hautes autorités ecclésiastiques. Il emportait dans son portefeuille les meilleures recomman-
I. Voir Materialien ^u der Russ. Geschichte, I, p. 43 1 et suiv.
dations, voire une lettre de Charles-Quint au pape Jules III. Le célèbre monarque ne désirait rien tant que de voir s'accomplir sous ses yeux Tunion des Moscovites avec l'Eglise romaine; dans sa pensée, parfaire ce grand œuvre eût été, pour le pape, se couvrir d'une gloire immortelle.
Il y voyait, avant tout, Paccroissement de la chrétienté, un moyen efficace de propager au loin la vraie foi, un gage d'alliance contre les Turcs, à la honte du nom chrétien, maîtres encore des Lieux-Saints, enfin un grand et nouveau pas vers l'accomplissement des oracles qui annoncent pour l'avenir un seul et unique pasteur à la tétc d'un seul troupeau. Telles étaient, sur les destinées de la Moscovie, les vues de Charles-Quint, d'une portée aussi haute que leur base était malheureusement fragile : les allusions aux bonnes dispositions de Vasili III et d'Ivan IV prouvent assez qu'elles reposaient sur les récits de Schlitte \
i. Hormayer's Taschenbuch, i835, p. 3y ; Lanz, Correspondent K. Karl K, Ili, p. 78.
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Encouragé par ces succès, Steinberg dut l'être encore davantage par l'accueil bienveillant qui l'attendait à Rome en i552. Il y retrouve, parmi les cardinaux, l'ancien nonce de Vienne, Pierre Brentano, et, non content de produire la lettre impériale, il ne se lasse pas de rédiger des mémoires \ Le contenu en est invariablement le même : réunion des églises, titre royal pour Ivan, paix rétablie entre les Moscovites, les Livoniens et les Polonais, alliance contre les Turcs entre les ennemis de la veille. A la grande politique se rattache ici une question personnelle : c'est Steinberg lui-même et le comte d'Eberstein qui seront chargés de négocier l'affaire à Moscou. Au point de vue diplomatique , cette dernière clause ne laissait pas d'être singulièrement étrange :
chancelier, de par Schlitte, du grand-duc de Moscou, Steinberg aspirait aux fonc-
I. Mémoire présenté au cardinal Farnèse (3 avril i552), au pape (2 3 mai 1 552), etc., Fiedler, p. Sjetsuiv. M.Zakszewski suppose avec raison qu'il y a erreur dans les dates des deux mémoires mentionnés, Stosunki Stol. Ap., p. i5.
tiens d^ambassadeur pontifical auprès de son propre maître pour faire ratifier à Moscou les articles qu^on aurait adoptés à Rome. Si ses prétentions n'engendraient pas la méfiance, c'est qu^on était ébloui par ses affirmations catégoriques sur les projets d'Ivan et peut-être plus encore par la lettre de Charles-Quint. Quoi qu'il en soit, Taffaire de Steinberg fut, dès le début, traitée comme une affaire d'État : une commission cardinalice en fut saisie. On pouvait se flatter d'aboutir, lorsqu'un nouvel incident vint tout compromettre.
Jusque-là on s'était environné de mystère; au mois de novembre i552, le prétendu secret moscovite est livré, dans tous ses détails, aux Polonais. C'est le cardinal Maffei, vice-protecteur de Pologne, qui en fait officiellement la confidence à Ko narski, représentant de Sigismond-Auguste à Rome, auquel il remet, en même temps, une copie de la lettre de Charles- Quint au pape et d'un mémoire de Steinberg. Dans une lettre adressée directement au roi, le cardinal l'avertit qu'on ne pren-
dra pas de décision sans avoir obtenu son agrément. L^afFaire parut à Konarski de la dernière importance ; il se hâta d'en faire tenir les pièces au roi, qui cependant les reçut assez tard, dans le courant de janvier i553 \
On se fait à peine une idée du trouble qu'elles jetèrent dans son esprit, d'autant plus que les circonstances semblaient inventées à plaisir pour le provoquer. Sigîsmond-Auguste avait eu de vives contestations avec Ivan au sujet du titre de tsar et les visées ambitieuses de celui-ci ne lui étaient pas inconnues; si le désir de se soumettre au pape était peu vraisemblable, cette démarche d'Ivan pouvait n'être qu'un calcul hypocrite ; il n'y avait pas jusqu'à la lettre de Charles-Quint, qui ne parût suspecte : ne serait-ce pas un piège tendu à la Pologne par la maison d'Autriche? Cet enchevêtrement de faits était plus que suffisant pour alarmer un caractère aussi impressionnable que ce-.